Screaming Mad George, les arts plastique poussés à l'extrême au cinéma
On n'a appris que cet été par sa famille le décès du maquilleur d'origine japonaise Jōji Tani, mais sa mort est survenue le 10 janvier 2026 à l'âge de 61 ans des suite d'un arrêt cardiaque. Durant ses études, il avait créé des bandes dessinées. A l'âge de 18 ans, il part s'installer seul à New-York et prend part à un groupe de rock, "The Mad", ce qui le conduit à créer des maquillages scéniques. Il prend alors le nom artistique de Screaming Mad George. Allant encore plus loin que Rob Bottin qui cultivait déjà un sens de l'expressionnisme le plus achevé dans le sketch "Kick the Can" de La Quatrième dimension-le-film (The Twilight Zone-the-Movie) s'inspirant des dessins animés, Le jeune Nippon a pour référence les peintures de Hieronymus Bosch et de Salvador Dali - on pourrait trouver cependant quelque équivalent chez Gabe Bartalos qui a notamment créé les monstres invraisemblables de Basket Case 2. Il réalise un court-métrage qu'il envoie au grand maquilleur Rick Baker à qui il dit qu'il est prêt à travailler pour lui gratuitement et il part pour Los Angeles.
Là, le maquilleur lui explique qu'il prend une pause d'une année mais le met en contact avec Greg Cannom (voir hommage) avec lequel son équipe coopère sur Cocoon, effectuant des tâches diverses et apprenant la base du métier. Steve Johnson le recrute pour Poltergeist II : The Other Side. Il a la tâche de concevoir d'après la peinture de H. R. Giger le corps du dernier stade de la métamorphose de la séquence porté par le triple amputé de guerre Noble Craig (voir hommage) tandis que Randall William Cook sculpte la tête, puis plusieurs répliques de la tête vieillie et démoniaque de la Perit Carol-Ann Freeling (Heather O'Rourke) pour la scène dans laquelle le diabolique révérend Kane revenu d'outre-tombe (Julian Beck) prend son apparence pour tromper et effrayer sa famille.
Screaming Mad George au travail sur la première des têtes montrant la transformation de la fausse Carol-Ann incarnée par le personnage diabolique à la fin de Poltergeist 2.
Johnson le reprend pour pour travailler sur Les aventures de Jack Burton (Big Trouble in Little China) participe à l'élaboration ; il conçoit le costume de saurien géant brièvement entrevu dans les égouts, endossé par Noble Craig et contribuer à la création de l'incroyable "tête aux yeux", l'espion volant du sorcier chinois Lo Pan.
Le sculpteur enchaîne ensuite les engagements sur des films fantastiques célèbres tel Predator. Sur Les Griffes du cauchemar (A Nightmare on the Elm Street 3 : The Dream Warriors) de Chuck Russell, assistant le maquilleur Kevin Yagher pour créer un poste de télévision possédé par le croquemitaine qui s'empare d'une jeune fille, puis un jeune homme dont l'odieux personnage tire les veines pour en faire une marionnette macabre. Il se voit confier de nouvelles responsabilités sur la suite, Le cauchemar de Freddy (A Nightmare on the Elm Street 4) notamment de doter une jeune gymnaste soulevant des haltères de pattes d'insectes avec la coopération de divers techniciens spécialistes en mécanique tandis que Brian Wade s'occupe de confectionner la marionnette de cafard en laquelle sa victime finit par être changée intégralement.
L'artiste donne la pleine mesure de sa fantasmagorie avec Society de Brian Yuzna, une satire sociétale à la fin de laquelle les gens de la haute société s'adonnent à une orgie dantesque dans laquelle les corps se mélangent, fondent, s'interpénètrent... On le retrouve sur d'autres petites productions, Arena produit par Charles Band avec ses combats de gladiateurs extragalactiques, puis sur d'autres films de Brian Yuzna, La Morsure (Curse II : The Bite), dans lequel un homme se change progressivement, à commencer par le bras, en abomination ophidienne, la suite de Re-animator, Re-animator 2 (Bride of the Reanimator) avec des hybrides monstrueux, ou encore Douce nuit, sanglante nuit 4 : l'Initiation (Initiation : Silent Night, Deadly Night 4) du même réalisateur, puis sa suite Douce nuit, sanglante nuit 5 : Les jouets de la mort (Silent Night, Deadly Night 5 : The Toy Makers).
En 1991, il réalise avec un autre maquilleur d'origine extra-orientale, Steve Wang, Mutronics (Guyver), l'histoire inspirée d'un manga d'un homme, Sean Barker (James Armstrong) qu'un artefact d'origine extraterrestre transforme en super-héros, the "Guyver". Il affronte la société à laquelle il a dérobé le dispositif au travers de monstres qu'elle a créées, les Zoanoides - dont l'un ressemble beaucoup à un Gremlin de taille humaine. La scène la plus mémorable est probablement celle dans laquelle on voit un agent de la CIA joué par Mark Hamill, surtout connu comme Luke Skywalker dans la saga originelle de La guerre des étoiles (Star Wars), qui à la suite d'expériences expire après s'être mué en cafard semi- humanoïde.
Max Reed (Mark Hamill) connaît une fin éprouvante dans Mutronics (Guyver).
Avec La Cité des monstres (Freaked), il contribue en 1993 au sein de l'équipe de Steve Johnson à la création de monstres de foire complètement grotesques à la manière de Basket Case 2, avec notamment un homme lombric et une sorte de Dr Jekyll et Mister Hyde avec le côté droit du visage normal et le côté gauche diabolique. Steve Johnson et Screaming Mad George se voient décerner en 1994 le prix du meilleur maquillage par l'instance de récompense des films de science-fiction des Saturn Awards.
Pour le film à sketchs Necronomicon produit par Brian Yuzna, il conçoit pour la séquence finale montrant le célèbre écrivain américain d'épouvante surnaturelle et de science-fiction Howard Phillips Lovecraft (incarné par Fred Ward) à la recherche du mythique ouvrage éponyme inventé par l'écrivain une créature qui s'apprête à fondre sur lui depuis un couloir inter dimensionnel pour le punir d'avoir voulu consulter l'ouvrage maudit. A une première tentative montrant une créature à tête de chauve-souris munie de pattes griffues est substitué un monstre grotesque sous forme de gigantesque main aux ongles griffus et à dont la paume s'ouvre sur une mâchoire effrayante.
Il conçoit un autre monstre tout aussi extravagant pour la deuxième suite de l'adaptation d'une histoire de Stephen King, Les enfants du maïs 3 : Les moissons de la terreur (Children of the Corn : Urban Harvest) en 1995, dont la réalisation est due par James D. R. Hickox, à la fin de laquelle les influences maléfiques se déchaînent sous la forme d'une abomination végétale géante, le démon du maïs, imaginé et sculpté par Screaming Mad George.
Une autre fantasmagorie encore, mais assez succinctement aperçue, est l'entité extraterrestre révélée à la fin de Progeny : l'enfant du futur (Progeny) de Bruan Yuzna en 1998. Le film s'inspire, à l'instar de nombre d'œuvres qui l'ont précédé, des récits de citoyens américains affirmant avoir été enlevés par des extraterrestres. L'œuvre baigne dans une atmosphère particulièrement inquiétante, avec notamment la participation dans le rôle de médecins peu rassurants de Lindsay Crouse, Brad Dourif et Wilford Brimley (voir hommage à ce dernier en août 2020), alors que la femme qui croit renfermer en son sein une progéniture non humaine Sherry Burton (Jilliam Mc Whirter) et son mari lui-même médecin, le Dr Burton (Arnold Vosloo) ne savent plus que croire ni que faire. Lorsque les ravisseurs apparaissent à la jeune parturiente dans une lumière d'une blancheur étincelante, ils ont vaguement l'allure de ceux que dépeignent les témoins, des êtres graciles et translucides à grosse tête et aux yeux démesurés mais pourvus au lieu de bras de fins tentacules, mais il ne s'agit en réalité que de la vision qu'ils projettent aux humains. Leur vraie morphologie est finalement sommairement dévoilée, entité gigantesque qui tient beaucoup aux peintures de Salvador Dali et encore plus de Hans Rudi Giger.
Le célèbre maquilleur était récemment reparti au Japon pour voir son père malade. Il n'œuvrera plus pour le cinéma hollywoodien, mais il nous lègue certaines des créations les plus hallucinante que le cinéma aura vu naître.
Depuis l'hégémonie des images générées par ordinateur, l'animation image par image popularisée notamment par le premier King Kong et à laquelle Ray Harryhausen, auquel a été ici consacré un très long hommage en juin 2013, a conféré ses lettres de noblesse, est tombée dans l'anonymat, à l'exception de productions destinées à la jeunesse comme Chicken Run. Ceux qui ne se sont pas mis au service du cinéma hollywoodien moderne en apportant leur expérience aux infographistes comme Randall William Cook sur la trilogie du Seigneur des anneaux (Lords of Rings) tentent de perpétuer leur art dans de modestes niches, tentant de trouver des mécènes, un financement participatif ou encore des engagements dans la publicité pour de courtes séquences. C'est ainsi le cas de Brett Piper qui poursuit sa carrière avec des budgets modestes et de Peter Montgomery dont on a mentionné en novembre 2011 son projet de longue haleine Dark Earth - on pourrait encore citer le talent de Nick Hilligoss qui avait réalisé un beau documentaire sur l'histoire de la vie préhistorique en Australie, jusqu'à ce que les premiers arrivants en exterminent les derniers extraordinaires représentants il y a 30 000 ans.
Neville Buchanan était de ceux-là. Celui qui état probablement le seul animateur d'origine afro-américaine était connu de la seule communauté des artistes du domaine et d'un petit cercle d'amateurs passionnés au sein desquels je m'honore d'appartenir, que la seule séquence qu'il avait réalisée pour une grande production, Cabal (Nightbreed) a été coupée.
Un maître de l'animation déclare forfait
A l'inverse, Phil Tippett était une vedette de l'animation honorée par tous ceux qui se passionnaient pour le cinéma de l'imaginaire, considéré comme le principal héritier de Ray Harryhausen précité qu'il avait pu rencontrer très jeune. Il avait débuté dans la profession en contribuant à la sculpture du très beau plésiosaure de Crater Lake Monster. Comme les génies des effets spéciaux Stan Winston, Rob Bottin, Rick Baker ou encore Patrick Tatopoulos, il a été semble-t-il victime de l'omniprésence du virtuel. Comme Richard Edlund des années plus tôt, après avoir été déprimé par sa quasi éviction de Jurassic Park au profit de modèle informatiques au point qu'il avait songé à aller faire de l'animation dans les Pays de l'Est ou mettre fin à ses jours, il avait cru trouver le salut en se rapprochant de l'animation par ordinateur. Il fait scanner ses modèles et les anime ensuite au travers d'algorithmes. Le résultat en était des mouvements moins naturels que lorsqu'il animait lui-même avec expertise ses créations, comme dans Evolution, ou pire Straship Troopers dont la seule créature convaincante est la portion de la "créature-cerveau" créée grandeur nature par l'équipe d'ADI qui n'apparaît qu'à la toute fin du film. Ces concessions n'ont pas empêché le Studio Tippett d'être mis en difficulté au point qu'il vient de vendre son studio. Comme Stan Winston avec ses cinq "Creatures Features" sans trucages virtuels, il avait pour son propre compte créé un film d'animation traditionnelle Mad God dans un univers apocalyptique.
Sur Le dragon du lac de feu (Dragonslayer), Phil Tippett perfectionne la technique d'animation avec l'utilisation d'un flou créé par les vibrations d'un micro-ordinateur, de telle sorte que la projection des images filmées séparément perde tout caractère saccadé, donnant l'impression d'un mouvement parfaitement continu conférant au dragon un incroyablement réaliste. Il réitère ensuite l'expérience avec deux projets personnels sur les reptiles géants de l'époque mésozoïque, le court-métrage Prehistoric Beast et Dinosaur ! Suivirent l'extraterrestre impressionnant de la comédie Howard the Duck, le "Sombre Seigneur de l'Univers", le robot bipède menaçant ED-209 de Robocop, le dragon à deux têtes appelé l'Eborsisk dans Willow dont l'apparence extraordinaire n'est malheureusement qu'imparfaitement dévoilée, seule la partie antérieure apparaissant dans le montage final (le blog en traitera ultérieurement) puis participe à Chérie, j'ai rétréci les gosses (Honey, I shrunk the Kids) et Robocop 2.

Après s'être résolu à cette solution de facilité en scannant ses propres modèles, son entreprise concurrencée par les producteurs sevrés de virtuels, il doit mettre un terme à son entreprise comme des décennies plus tôt Richard Edlund avec Boss Film. Comme Stan Winston qui avait lui aussi mené à bien un projet avec des effets traditionnels, "Creatures Features" avant d'accepter de ne devenir plus qu'un fournisseur de concepts comme pour Avatar "créés" par des programmateurs informatiques, Phil Tippett après avoir mené à bien Mad God, semble lui aussi se résigner à travers son projet Sentinel à faire la part belle au virtuel et aux créations au travers de l'Intelligence artificielle...
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Encore d'autres acteurs disparus
Revenons sur d'autres disparitions liées au monde du cinéma que nous aimons. Un des derniers acteurs encore en vie du classique Alien de 1979, Tom Skeritt, s'est éteint à l'âge de 93 ans le 21 octobre 2026 à Seattle.
L'acteur s'était notamment fait remarquer dans le film militaro-humoristique M.A.S.H. en 1970 auprès de Donald Sutherland. En 1975, il combat un gourou sataniste incarné par Ernest Borgnine dont la face prend des traits d'un bouc lors d'une séance d'incarnation satanique dans La pluie du diable (Devil's Rain), œuvre à laquelle prit par le réel sataniste Anton LaVey. L'horrible personnage est finalement défait et se liquéfie conformément au titre du film au travers d'effets spéciaux de Tom Burman, mais l'épilogue suggère fortement qu'au travers de la possession, son esprit diabolique a survécu. L'échec commercial du film aura raison de la carrière cinématographique de Robert Fuest, mais il réalisera en 1980 un honorable téléfilm, Les envoûtées de Stepford (Revenge of the Stepford Wives) inspiré d'un roman Ira Levin adapté par David Wiltse, qui livra une mouture non retenue pour le scénario de The Thing.
Face au prédateur extraterrestre iconique
Dans Alien, il endosse le rôle du capitaine de l'expédition spatiale avec une apparente autorité, jusqu'à ce que, parti en investigation dans une épave extraterrestre, il revienne au Nostromo avec Kane (John Hurt) inanimé dont le visage est couvert par un organisme extraterrestre parvenu à ronger le casque. C'est alors que le Lieutenant Ripley (Sigourney Weaver) s'oppose ouvertement au retour des explorateurs, préférant conformément au règlement sacrifier le téméraire astronaute que de risquer d'introduire un inquiétant organisme étranger dans le navire, jusqu'à ce qu'elle soit court-circuitée par l'officier scientifique Ash (Ian Holm), en fait un androïde programmé par la compagnie pour protéger l'entité et sa progéniture comme possible arme biologique à breveté. L'embryon incubé par le malheureux s'extrait dans une scène horrifiante de son hôte et atteint une taille respectable. Le Capitaine Dallas se sacrifiera pour aller traquer le monstre qui s'est réfugié dans le système d'aération. Dallas aurait dû réapparaître, emmailloté dans un cocon et suppliant Ripley qu'elle l'achève avant qu'il ne subisse le sort funeste de Kane, mais Ridley Scott a préféré couper la scène en estimant qu'elle venait altérer le rythme très étudié de la fin.
C'est une entité plus paisible que retrouve Tom Skeritt dans le rôle d'Alex Mattigly dans l'épisode What are friends for ? de la série La cinquième dimension (The Twilight Zone) en 1986. Il s'inquiète de voir son fils sympathiser avec un ami invisible, jusqu'à ce qu'il lui soit rappelé que l'entité spectrale lui tenait compagnie à lui-même lorsqu'il était aussi un enfant solitaire, un épisode en demi-teinte et tout en délicatesse. Au cinéma, il avait retrouvé des fantômes dans Poltergeist 3, le mins intéressant volet de la trilogie, aux côtés de Nancy Allen qui aurait dû être bien moins critique envers le film précédent.
D'extraterrestre, il n'est que vaguement question dans Contact de Robert Zemeckis en 1997. Dans le rôle du Docteur David Drumlin où il e montre sous un jour cassant et peu sympathique, il s'oppose au nom du gouvernement des Etats-Unis a financement du programme SETI de recherche de civilisations extraterrestres, jusqu'à ce que le Dr Arroway (Jodie Foster), obsédée par sa mission au nom de sa passion transmise par son père décédé, décode un apparent signal extraterrestre donnant le plan d'un engin spatial spécifique. Le Docteur Drumlin s'accapare la mission, mais l'attentat d'un fanatique religieux détruit l'engin et son occupant, laissant libre le Dr Arroway d'embarquer sur un second engin, et d'y avoir un échange avec ce qu'elle prend pour son père, à moins qu'il s'agisse d'un extraterrestre se présentant à elle sous une apparence familière.
Une figure récurrente de shérif
Apparu plusieurs fois dans la série policière Cannom avec William Conrad dans le rôle principal, Tom Skeritt a endossé le costume du Shérif Pat Andrews dans l'épisode The Conspirators. David Cronenberg lui permet d'enfiler de nouveau le costume dans la première partie de Dead Zone (The Dead Zone) d'après un roman de Stephen King dans le rôle du Shérif Bannerman, qui fait appel aux capacités médiumniques que Johnny Smith (Christopher Walken) a développées à la suite d'un accident de voiture afin de l'aider à identifier un tueur sadique de femmes, grâce aux visions duquel il comprendra les facilités avec lesquelles les indices incriminants disparaissaient.
Tom Skeritt a joué nombre de rôles pour la télévision et a même fait un passage dans la série Dead Zone. Dans la série High Secret City : la ville du Grand Secret (Picket Fences), il tint tout au long des 88 épisodes le rôle principal, celui du Shérif Jimmy Brock, confronté à des situations insolites, particulièrement dans le pilote qui révèle qu'un savant fou s'est servi d'une vache comme mère porteuse pour un bébé humain. La distribution le fait côtoyer nombre d'autres acteurs reconnus, Kathy Baker qui joue son épouse (Edward aux mains d'argent/Edward Scissorhands), Zelda Rubinstein, la parapsychologue et voyante de la saga cinématographique Poltergeist, Ray Walston (La galaxie de la terreur/Galaxy of Terror) dans le rôle d'un juge sévère, Richard Masur (le maître des chiens dans The Thing et une victime d'Il est revenu/It), Roy Brocksmith (personnage d'une séquence-clé de Total Recall dans laquelle il tente de faire accroire au héros qu'il n'est qu'un implant injecté par la société Rekall) ou encore Robet Cornthwaite, le scientifique trop bienveillant à l'égard de l'extraterrestre hématophage de La Chose d'un autre monde/The Thing from another World) dont l'âge avancé lui permet de composer un personnage vulnérable qui suscite la compassion. Nombre des acteurs se sont vus décerner en 1993 un Grammy Award (récompense télévisuelle américaine) notamment Tom Skeritt comme "meilleur acteur pour une série télévisée dramatique". L'acteur est décédé à 93 ans de causes naturelles.
La saga Star Trek doublement endeuillée
Il en va de même pour Walter Koenig, décédé à 90 ans le 25 octobre 2026. Il était un des derniers membres encore en vie de la série originelle Star Trek, qu'il avait intégré à partie de la deuxième saison, de 1967 à 1969. Fils d'immigrants juifs russes ayant vécu en Lituanie, dont le père avait conservé des convictions communistes de l'univers communiste ce qui lui avait valu la surveillance du FBI durant le maccarthisme, Gene Roddenberry lui confia le rôle du Russe Chekov à bord de l'Enterprise dans sa série. Il reprend son personnage pour les sept premières adaptations de la série sur grand écran de 1979 à 1994. On le voit ensuite dans une autre série de science-fiction, Babylon V. Il était aussi apparu en 1995 dans le film de série B, Péril sur la Lune (Moontrap) qui préfigurait le film Virus de John Bruno avec ces robots extraterrestres qui réalisait des cyborgs avec leurs victimes humaines.
La figure centrale de la mouture suivante de Star Trek, Patrick Stewart, s'est éteint le 28 octobre 2026 à l'âge de 86 ans des suites de la maladie d'Alzheimer. Le jeune homme qui avait perdu sa chevelure brune fournie dès ses 19 ans avait débuté sa carrière dans le monde théâtral, fasciné par Shakespeare, et dans les années 1970 avait commencé à percer à la télévision. En 1982, il quitte la Royal Shakespeare Company au profit de l'audiovisuel. On le voit alors dans Excalibur, puis dans deux courts rôles, celui du Dr Armstrong qui se révèle possédé par le vampire extraterrestre femelle qui s'extrait de son corps dans une scène spectaculaire dans Lifeforce, et dans celui de Gurney Halleck dans Dune, notamment dans une courte scène de retrouvailles mais magnifié par la musique de Toto. Il devient à la télévision le Capitaine Picard de la nouvelle série Star Trek nommée La nouvelle génération (Star Trek : The Next Generation) de 1987 à 1994, année où le nouvel équipage intègre la saga sur grand écran avec le film Star Trek : Générations, dans lequel on assiste pour sauver l'Univers du fou Soran (Malcolm McDowell) à un émouvant passage de relai entre l'ancien Capitaine Kirk (William Shatner) qui accepte de sacrifier sa vie dans son univers mélancolique virtuel et le nouveau héros qui est ainsi sacré symboliquement son successeur. Entre 2020 et 2023, il aura même une série intitulée d'après son personnage de space opera, Star Trek : Picard. Il sera aussi cinq fois le chef des super-héros bienveillants en lutte contre d'autres mutants aspirant à détruire l'Humanité, le Professeur Xavier, dans les films de la saga X-Men, qui décide des contre-attaques depuis un fauteuil roulant.
Pour l'anecdote, les médias s'étaient amusés que la reconstitution d'un crâne amérindien datant de près de 7000 ans et ayant quelques traits évoquant la physionomie européenne ressemble assez fortement au portrait de l'acteur. A l'inverse de Sean Connery, Patrick Stewart était fermement partisan du maintien de l'Ecosse dans la Grande-Bretagne et opposé au Brexit. Choqué par les violences de son père traumatisé par la guerre à l'encontre de sa mère, il s'est investi dans la lutte contre les violences familiales ainsi que contre la cruauté animale. La vie passe vite, j'ai l'impression que c'était presque avant-hier que le Capitaine Picard reprenait la place du Capitaine Kirk. Nous vous rendons les derniers hommages, Capitaine.
D'autres talents encore qui nous ont quittés
Le compositeur George Fenton s'est lui éteint à 76 ans le 5 octobre 2026 à Londres. Ayant débuté à la télévisé, il avait été un des deux compositeurs de la musique du film Gandhi de Richard Attenborough en 1982. En matière de Fantastique, il avait livré la partition envoûtante de La compagnie des loups (Company of Wolves) en 1984, puis de High Spirits, The Fisher King, Un jour sans fin (Groundhog Day), Mary Reilly, ou encore Mes doubles, ma femme et moi (Multiplicity). Il avait aussi illustré deux ambitieux documentaires sur la nature, La planète bleue (Deep Blue) en 2003 à laquelle avait participé le fameux naturaliste David Attenborough, incluant des séquences montrant les étranges créatures des abysses, et Un jour sur Terre (Earth) en 2007 suivant des ours polaires, des éléphants africains et des baleines à bosse, s'efforçant de protéger leur progéniture au cours des saisons.
Achevons ce triste tour des disparitions de l'été et du début de l'automne avec deux illustrateurs très différents. L'Espagnol Manuel Pérez, né à Barcelone en 1941 et qui s'est éteint à Sitges le 14 octobre 2026, était connu sur le pseudonyme de Sanjulián. Après avoir réalisé quelques affiches pour des studios, il envisage de s'engager dans la marine marchande quand un restaurateur de tableaux l'incite à s'inscrire à l'école nationale des Beaux-Arts à Barcelone. Alternant publicités pour le Studio Twenty Century Fox et bandes dessinées, il se spécialise finalement dans les couvertures de magazines d'épouvante des éditions Warren, Vampirella, Eerie et Creepy.
Autre grand illustrateur avec un style également réaliste, mais mis au service d'un autre domaine, Alain Bénéteau s'est éteint le 14 janvier 2026 à seulement 56 ans, mais sa disparition a été peu médiatisée, aussi, on se permet pour conclure de saluer à présent sa mémoire. Son illustration en noir et blanc d'une tortue fossile à laquelle a été associé le nom de Gaël de Ploëg, initialement un brillant autodidacte ayant découvert abritant nombre d'insectes primitifs préservés dans l'ambre, avait été publiée dans l'article "la peoplisation du monde vivant" en novembre 2009. L'artiste s'ingéniait à recréer avec exactitude les mondes disparus bien antérieurs à l'apparition de l'Homme, en usant de couleurs vives. A l'instar de nombreux créateurs évoqués ici, notamment la totalité des animateurs, sa passion avait pris naissance à la vision du King Kong de 1933, confortée ensuite par L'Encyclopédie de la Préhistoire, illustrée par l'extraordinaire artiste tchèque Zdenek Burian. Parmi ses propres chefs-d'œuvre, La Terre avant les dinosaures, qui reconstitue les premières faunes de vertébrés terrestres qui ont peuplé les espaces émergés et La mer au temps des dinosaures qui nous entraîne dans une plongée au milieu des monstres marins tandis que les célèbres titans arpentaient les continents.

































































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