lundi 6 juillet 2026

UN PASSÉ LIBREMENT REVISITÉ


 QUAND L'HISTOIRE NATURELLE SE PIQUE DE FANTAISIE, 6ème partie

"Comment, un chameau encore plus petit que ça selon Okamura ?.." (photo extraite du film The Amazing Colossal Man réalisé en 1957 par Bert I. Gordon - voir hommage publié ici en mars 2023).

        Dans les siècles précédents, alors que les fossiles étaient mal connus, les traces de vie préservées dans les roches se prêtèrent à bien des détournements et interprétations approximatives, comme on l’a vu dans deux chapitres précédents. Cependant, le XXème siècle n’a pas nécessairement mis un terme aux évocations saugrenues des temps les plus anciens.

        Une histoire alternative de la vie sous la loupe grossissante

        Un Japonais se livrant à l’étude des roches, Chomosuke Okamura, a révélé au monde avoir trouvé la preuve de l’existence de tout petits vertébrés dans des couches datant d’époques très anciennes. Après avoir étudié des fossiles d’algues et d’"invertébrés" s’étageant de la période ordovicienne au tertiaire, il mit en évidence ce qui lui parut être les restes d’un canard haut de seulement un centimètre. S’ensuivit dans les années 1970 et 1980 la découverte de plantes, poissons, amphibiens, reptiles dont des dragons (baptisés Fightingdraconus miniorientalis), d’autres oiseaux et de mammifères, incluant mini-chameau (Camelus dromedarius miniorientalis), mini-gorille (Gorilla gorilla miniorientalis), chien moderne (Canis familiaris miniorientalis) et finalement des humains microscopiques du Silurien (Homo sapiens miniorientalis) au sujet desquels le paléontologue écrit : « L’homme miniature de Nagaiwa a une stature représentant 1/350ème de l’homme récent, mais avec la même forme » – rappelons au lecteur que le Silurien voit l’apparition des premiers véritables poissons à mâchoire et qu’il n’existe donc à l’époque pas le moindre vertébré terrestre. Chomosuke Okamura interprète un des soi-disant fossiles comme conservant la trace de deux humains nus en train de danser dans un style contemporain, anachronisme plaisant rappelant la batte de cricket de Dawson censée avoir été forgée dans une défense de mammouth par l’éoanthrope de Piltdown évoqué dans l’article précédent de cette série.

Des pierres en forme de visages qu'Okamura n'hésita pas à interpréter littéralement.

        La thèse alternative du paléontologue japonais amateur issue de ses recherches est que les êtres du monde actuel, les humains et les animaux modernes, sont en fait apparus des centaines de millions d’années plus tôt qu’on l’enseigne, sous la forme qu’on leur connaît, mais à l’époque avec une taille infime. Ce n’est donc pas pour des raisons d’organisation tissulaire et de complexification croissante que les organismes anciens auraient vu leur taille augmenter. Le chercheur nippon publia sa propre revue, Original Reports of the Okamura Fossil Laboratory, et en adressa des copies aux bibliothèques universitaires, qui les mirent au rebut.

Chomosuke Okamura.

        Ce qu’il croyait être l’impression conservée dans la roche de "mini-créatures" du Silurien et du Permien n’était que des tracés produits par l’infiltration de composés chimiques, des pseudo-fossiles comme les fameuses dendrites qui rappellent des feuilles de fougère, l’allure de ces traces pouvant ressembler aléatoirement à des êtres vivants, tout comme les masses nuageuses qui se présentent parfois durant quelques instants sous une forme figurative avant que le vent ne les transforme et en lesquelles les enfants aiment bien reconnaître un visage ou des silhouettes animales. Ironiquement, les Anciens ne voyaient dans les authentiques fossiles que des paréidolies, de simples coïncidences entre la forme de roches et de vrais organismes vivants, le paléontologue japonais a au contraire considéré des paréidolies manifestes comme les traces de vrais animaux. La princesse qu’il a cru voir nous renvoie à La fille dans l’atome d’or (The Girl in the Golden Atom) de Ray Cummings, œuvre typique de la science-fiction américaine naïve des débuts imaginant une humanité infinitésimale que seuls les instruments scientifiques permettraient de découvrir.


Cette découpe semblant figurer une silhouette a été interprétée sans hésitation par Okamura comme un être humanoïde portant un bébé.

        Il est dommage que les études fantaisistes d’Okamura aient contribué à ostraciser davantage les amateurs en conduisant à leur proscription de l’instance internationale, on a évoqué dans un chapitre précédent des naturalistes qui s’étaient avérés brillants alors qu’ils étaient dépourvus de diplômes scientifiques, du jeune Henri-Marie Ducrotay de Blainville à Charles Walcott, des primatologues Dian Fossey et Jane Godall jusqu’à Gaël de Ploëgg, et Stephen Czekas était généralement considéré pour son sérieux et ses talents de sculpteur apprécié des musées jusqu’à ce qu’il soit la victime d’un faussaire chinois comme évoqué dans son hommage et qu’on va rappeler un peu plus loin. L’auteur du blog Pterosaurs heresies (http://pterosaurheresies.wordpress.com/) est un amateur éclairé dont les vues sont contestées mais qui étudie de manière intéressante l’anatomie comparative des fossiles avec les animaux actuels, même si en finissant par s’intéresser à la classification des animaux non vertébrés, il a finalement versé dans la biologie moléculaire dont il s’était jusqu’alors défié à juste titre, un reproche d’approximation qu’on a aussi formulé ici à l’encontre des systématiciens modernes dans une longue démonstration étayée en deux parties.


          Un nouveau Permien fantasmagorique

        Un chasseur de fossile, Mark J. Zamoyski, par ailleurs spécialiste de la biologie moléculaire à usage thérapeutique, a mis en ligne ce qu’il a exhumé dans un site qu’il attribue lui aussi à l’époque permienne et a fait appel à un artiste pour figurer l’aspect des êtres dont il dit avoir trouvé les restes tels qu’ils devaient se présenter de leur vivant. Le découvreur du site est incontestablement un passionné de fossiles et d’animaux préhistoriques, mais il est manifeste que, sans être désobligeant, son désir d’émerveillement l’emporte là aussi sur le souci d’exactitude paléontologique. Il est vrai que les périodes du Permien, et encore plus le Trias qui lui a succédé, ne sont pas avares d’animaux singuliers, mais on ne trouvera nulle part ailleurs les espèces reconstituées qui sont présentées et qui rappellent davantage les êtres figurés dans les manuels du jeu de rôles Donjon et dragons. L’auteur donne en effet manifestement à son tour dans la paréidolie, inférant à partir d’une vague silhouette pierreuse et avec beaucoup de liberté d’interprétation les contours d’un être qui serait préservé en son sein. Les scans censés en montrer la constitution interne laissent tout autant dubitatifs lorsqu’au sein d’une forme ronde qui pour lui fait plus que rappeler très approximativement une baleine, il perçoit une synapse de belle taille, c’est-à-dire la connexion entre des cellules microscopiques du cerveau qui a peu de chance de se fossiliser, à fortiori à l’extérieur du crâne. Là encore, le paléontologue se préoccupe peu de taphonomie, c’est-à-dire des conditions selon lesquelles les fossiles se forment, pour examiner si la nature de la substance minérale est bien compatible avec la conservation de parties externes non ossifiées. 

Reconstitution d'un supposé cyclope reptilien marin au-dessus du blog pierreux censé représenter ses restes.

Autre créature quelque peu exubérante issue des très libres interprétations de Mark Zamoyski.

        L’auteur se situe d’ailleurs résolument en dehors de la méthode scientifique reconnue en rejetant la perspective d’un réchauffement climatique, confondant à dessein les courtes fluctuations du Moyen Âge et les tendances à long terme – à l’époque médiévale, le petit âge glaciaire n’a pas été jusqu’à transformer la Manche et l’Océan Arctique en glaciers géants qu’on pouvait traverser à pied. On ne s’interdit pas ici d’être à l’occasion à contre-courant de la science officielle comme en témoigne la parution de la grande démonstration en deux parties précitée à l’encontre de la méthode actuelle de classement des groupes animaux, mais cet anticonformisme se base sur une étude critique rigoureuse de faits, renouant avec une tradition classique, empirique, et en matière de changement climatique, il paraît difficile de ne pas tenir compte notamment des analyses glaciologiques des carottes polaires, du recul des glaciers, et du changement de la distribution des espèces en réponse au changement des températures. On peut d’ailleurs noter que l’auteur ne donne aucun lien susceptible de permettre de le contacter, évitant ainsi de pouvoir lui présenter un contre-argumentaire sur quelque point que ce soit. Le Musée du Permien, en dépit de la présentation de l’Histoire de la vie qui l’accompagne, doit être considéré comme émanant d’une vision poétique, voire ressortissant au domaine de la science spéculative, mais qui n’a que de lointains rapports avec la vraie paléontologie, bien que l’ouvrage que l’auteur a consacré aux résultats de ses fouilles soit apparemment pris très au sérieux par ses lecteurs si on en juge par les commentaires de ceux qui en ont fait l’acquisition sur les grands sites de vente en ligne.


Le jeu des 77 erreurs : en haut un dragon supposé, en bas un canard aquatique, figurés au-dessus de la pièce d'origine censée avoir gardé la trace de l'organisme - sans être désobligeant, on doit bien admettre que ces restitution des animaux in vivo ne vont pas sans un gros effort d'interprétation empruntant essentiellement à l'imagination.

Mark Zamoyski

Les lecteurs qui, en dépit des préventions exprimées sur son caractère scientifique, souhaiteraient commander l'ouvrage de Mark Zamouysk illustré par Nicholas J. Lee : 


        Quand le faux se mêle au vrai

       Parmi les spécimens étonnants mais véritables qui sont découverts à l’occasion de fouilles paléontologiques figurent les dinosaures à plumes qu’on a commencé à exhumer depuis les années 1990, et les premiers d’entre eux furent trouvés dans des couches crétacées en Chine. Stephen Czerkas, célèbre paléontologue amateur et sculpteur auquel il fut rendu hommage suite à sa disparition*, fut un des premiers à s’enthousiasmer pour cette nouvelle branche de la gent dinosaurienne et il décrivit un fossile d’Archeoraptor. Le fossile présentait la région antérieure d’un oiseau contemporains des dinosaures, Jeholornis, et la longue queue du dinosaure Microraptor, il représentait donc le chaînon manquant idéal pour illustrer de quelle manière la gent aviaire s’était différenciée d’ancêtres dinosauriens du groupe des Dromaeosaures. Un paysan chinois affirma qu’il l’avait trouvé dans son champ et le vendit à un marchand local en 1997. Le fossile acquit une grande notoriété, de sorte que les éditeurs du magazine National geographic en firent l’acquisition pour 80 000 dollars, avec une assurance d’un montant de 1,6 millions de dollars. La revue rendit finalement le fossile à la Chine après qu’il apparut qu’il avait été importé illégalement, mais non sans avoir auparavant procédé à une analyse du spécimen, qui fut baptisé Archaeoraptor liaoningansis. L’étude fut refusée par les revues Science ainsi que Nature, mais National geographic consacra néanmoins un article à la découverte. Quelques mois plus tard, les doutes sur l’authenticité du fossile furent confirmés par le chercheur Xu Xing ; le fermier avait trouvé à deux emplacements différents les pièces essentielles du fossile et les avait collées l’une à l’autre de manière à pouvoir présenter un bel exemplaire afin d’en tirer un bon prix – un examen plus détaillé recensa même pas moins de 88 pièces assemblées ! La vérité porta atteinte à la réputation de tous ceux qui avaient accordé crédit à cette chimère paléontologique. Le montage était toutefois habile puisque depuis ont été exhumé nombre de fossiles de dinosaures pourvus de plumes, certains remontant même à la fin du Trias, soit au moment de l’apparition des dinosaures, n’étant pas tous nécessairement associés à la lignée des ancêtres directs des oiseaux.

Reconstitution du supposé Archeoraptor;

      Un autre paléontologue, l’Indien Wisha Gupta de l’université du Penjab, a par cotre manipulé sciemment de réelles découvertes, tentant de faire accroire qu’il avait mis à jour nombre de fossiles au Népal et dans l’Himalaya, jusqu’au jour où d’autres chercheurs s’aperçurent qu’il n’y avait aucune trace de fossiles sur les sites indiqués, que les roches sédimentaires ne correspondaient pas à la datation indiquée, et que les photographies des fossiles figurant dans ses publications provenaient de spécimens de collections rassemblées à New-York.

             Dans le prochain article de cette série, nous verrons que d'autres faux paléontologiques s'inscrivent quant à eux dans une vision très orientée.

*Hommage à Stephen Czerkas : http://creatures-imagination.blogspot.com/2015/03/le-3eme-type-de-rencontres.html

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Décédé le 13 avril 2026 à Gijon en Espagne à l’âge de 82 ans, Ian Watson était un écrivain américain de science-fiction. Il est connu pour ses romans de science-fiction comme L’enchâssement et L’inca de Mars, lesquels mettent au premier plan des théories sur un langage dont les phrases sont imbriquées comme des poupées gigognes ainsi que l’évocation de cultures non européennes, le tout mâtiné de l’expérience psychédélique de la drogue que l’auteur a consommée. Dans ce deuxième roman, les masses extraterrestres informes du Grex se regroupent pour symboliser les transformations des structures linguistiques et sociales tandis que la poussière tombée de Mars transforme un Amérindien en l’Inca du titre. Ian Watson a aussi écrit des romans d’horreur ayant été jugés trop radicaux et subversifs pour paraître aux États-Unis. Très volubile, il pouvait dans une conférence passer sans transition de théories psycholinguistiques à la technique de chasse des orques épaulards. Il a écrit une trilogie de romans pour l’univers des jeux Warhammer 40.000 et est crédité du scénario du film de Steven Spielberg A. I.


Entre Dune et SolarisLa voix de Wormwood (A Speaker for the Wooden Sea) en 2002 : une planète recouverte d'un océan de bois, peuplée de vers géants et avec une intelligence extraterrestre dans ses profondeurs.

Un roman d'horreur, The Fire Worm, qui évoque le thème du SIDA.

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