mardi 16 mars 2021

Jerry Goldsmith enfin célébré par les francophones !

    

        Quel est le point commun entre les abeilles tueuses de L'inévitable catastrophe (The Swarm), le gentil mogwaï pelucheux de Gremlins, l'extraterrestre effrayant d'Alien, les brontosaures survivants dans une jungle africaine de Baby, le secret de la légende oubliée (Baby : Secret of the Lost Legend), les créatures cauchemardesques de La Quatrième Dimension (Twilight Zone : The Movie), les incarnations surnaturelles démoniaques de Poltergeist et Poltergeist 2 (Poltergeist 2 : The Other Side), les monstruosités génétiques effroyables de Leviathan ou encore les impressionnants mutants de Total Recall

    Toutes ces manifestations marquantes de l'altérité au cinéma ont été magnifiées par les compositions brillantes et inventives de Jerry Goldsmith.


     Des années après que sa disparition a été honteusement ignorée par les médias audiovisuels, une vidéo francophone (sous-titrée pour nos amis anglo-saxons) lui rend enfin l'hommage qu'il mérite et on ne résiste pas à la satisfaction d'en faire ici état.


     Il faut saluer cet excellent documentaire, même si la partie sur First Blood/Rambo aurait mérité d'être un peu plus développée. Il aurait également été bienvenu d'indiquer parmi les musiques retoquées par les compositeurs, celles d'Alien, Basic Instinct, sans parler de celle de Legend qui figurait parmi ses préférées, totalement supprimée de la version américaine du film - au profit d'une autre partition plus planante confiée au groupe Tangerine Dream, que sur Star Trek, le film (Star Trek: The Motion Picture) le thème principal avait été aussi beaucoup modifié à la demande du réalisateur, la composition originelle étant beaucoup plus subtile que celle très martiale exigée par Robert Wise, dont la poésie sous-jacente cède ainsi le pas à une emphase plus proche de l'atmosphère d'un péplum.

        L'oeuvre de Jerry Goldsmith est d'une incroyable variété et richesse, de la grâce de River is wild, de l'entrain enthousiasmant d'Hoosiers, de la mélancolie imprégnant sa trilogie composée autour du personnage de soldat perdu et trahi de John Rambo ou de l'évocation malaisante de la folie dans Freud et Psychose 2. On a trop tendance à sous-estimer le talent éclatant de ce génie de la musique, dont la subtilité se décline notamment dans les habiles variations du thème principal - d'ailleurs, il fallut attendre la sortie de l'édition spéciale de la bande musicale de L'Aventure intérieure (Innerspace) pour entendre au lieu des chansons des années 1960 sa composition éclectique et parfois surprenante, bien plus riche que la simple musique linéaire et un peu écrasante qui avait jusque-là seule été diffusée. Loin de se cantonner à des musiques "utilitaires" accompagnant l'action ou l'ardeur guerrière des héros, son inventivité exprime une grande profondeur quelque peu mélancolique mais qui n'est pas sans recéler une étincelle qui convoque en nous le Merveilleux comme dans Small Soldiers ou ranime l'instinct de survie dans les moments les plus noirs comme lors de la sortie salutaire de John Rambo de la mine dans First Blood qui illustre la renaissance depuis les catacombes vers la lumière ou après l'éloignement définitif de l'hélicoptère de secours dans A couteaux tirés (The Edge) qui laisse les protagonistes sans ressources et un temps sans espoir, et dont trouve aussi quelque équivalent dans Leviathan après un passage particulièrement violent.

Le maître dans ses œuvres.

            Cela fait déjà un certain nombre d'années que Jerry Goldsmith nous a quittés, mais son œuvre et sa sensibilité perdurent en nous à jamais.

On pourra aussi retrouver l'hommage consacré au compositeur qui lui fut consacré en juillet 2009 pour l'honorer à l'occasion du cinquième anniversaire de sa disparition :
ainsi qu'un petit article sur son héritage musical :


Jerry Goldsmith et sa fille lors d'une soirée

Une seconde vidéo dans la même série est consacrée à un autre grand compositeur disparu, Basil Poledouris, auquel on doit notamment les musiques si riches des deux premières aventures de Conan sur grand écran. 

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    Quelques acteurs ayant côtoyé des êtres surnaturels à l'écran nous ont récemment quittés. Barbara Shelley, disparue le 4 janvier 2021 à l’âge de 88 ans, fut l’élève du réalisateur britannique Terence Fisher, son professeur d’art dramatique qui la mit en scène à plusieurs reprises. Elle le retrouve après avoir tourné quelques films en Italie et avoir été en 1957 l'interprète principale de Cat Girl inspiré par La Féline (Cat People) et qui tient aussi de The Living Idol sorti un peu plus tôt avec l'esprit d'une jeune femme connecté à un félin, en l'occurence à travers une malédiction familiale dans une ambiance qui évoque celle de The Undiying Monster. Elle faisait partie de ces visages féminins qui apportaient un peu de douceur, au moins apparente, dans les univers tourmentés, sombres et horrifiques des productions Hammer. Elle apparaîtra ainsi dans Dracula, prince des ténèbres (Dracula, Prince of Darkness) en 1965, subvertie par l’emprise irrépressible sur la gent féminine du vampire Dracula interprété par l’iconique Christopher Lee. L’année précédente, le cinéaste lui avait confié le rôle-titre de La Gorgone (The Gorgon) en 1964, Carla Hoffman, épouse réservée et délaissée repoussant néanmoins les avances d’un soupirant pressant, s’avérant finalement possédée par une terrible créature mythique, une parente de Méduse nommée Megaera susceptible de changer les hommes en pierre par un simple regard, comme la traduction de l’expression métaphorique d’une frustration trop refoulée, et sur le compte de laquelle s’interroge un professeur incarné par Christopher Lee, le Professeur Meister, tandis que son célèbre partenaire au cinéma Peter Cushing s’efforce de protéger celle qui semble n’agir que sous un état second. L’actrice s’était déclarée prête à porter une coiffe dans laquelle auraient été enchevêtrés de vrais serpents, mais la production a opté pour une prothèse et le réalisateur a préféré recourir à l’actrice Prudence Hyman pour concrétiser sa part sombre afin de ménager la révélation finale quant à son identité humaine. L'actrice apparaît aussi dans le troisième volet de la série de films de science-fiction de la Hammer, Les monstres de l’espace (Quatermass and the Pit) de Roy Ward Baker en 1967 dans lequel elle assiste le Professeur Quatermass – dont le rôle précédemment confié à Brian Donlevy échoit cette fois à Andrew Keir, qui incarnait le prêtre vigoureux tentant de soustraire les femmes à l’influence maléfique dans Dracula, prince des ténèbres – découvrant que l’humanité fut un jour soumise par des extraterrestres insectoïdes qui pourraient bien recouvrer leur domination sur notre espèce. Une interprétation particulièrement marquante de Barbara Shelley fut celle d’Andrea Zellaby dans Le village des damnés (Village of the Damned) de Wolf Rilla en 1960, ayant le rôle d’une des femmes ayant donné naissance à des enfants mystérieux aux pouvoirs surnaturels après que le village a été provisoirement coupé du monde, et dont le mari est un enseignant joué avec force par George Sanders qui sera seul capable de tenir tête à la menace.



En haut, Barbara Shelley dans le rôle d'une femme dont l'instinct maternel est mis à rude épreuve dans  Le village des damnés (Village of the Damned) de Wolf Rilla en 1960 ; en desous, le Docteur Namaroff (Peter Cushing) confronté à une série de morts éprouvantes dans La Gorgone (The Gorgon), dont en dépit de son allure réservée la responsable involontaire se trouve à l'arrière-plan ; en dessous, confronté à une menace extraterrestre dans Les monstres de l'espace (Quatermass and the Pit/Five Millions Years to Earth).

Hal Holbrook, disparu le 21 janvier 2021 à l’âge de 95 ans, était notamment connu aux Etats-Unis pour avoir incarné le fameux écrivain Mark Twain en 1967 grâce à un maquillage de Dick Smith. Après avoir été en 1978 le cynique Docteur Nick Kelloway de Capricorn One, sacrifiant la vie de ses amis pour couvrir une fausse exploration de Mars dont l’imposture état finalement dévoilée, John Carpenter lui avait confié le rôle du Père Malone de The Fog en 1980 – au côté du réalisateur dans le rôle de son bedeau - pressentant la malédiction avec ses spectres vengeurs et il était aussi apparu en 1982 dans la séquence The Crate du film Creepshow de George Romero et Stephen King sous les traits du Professeur Northrup ayant ramené d’une expédition un être monstrueux et féroce aux allures de yéti carnassier.


Le responsable de la Nasa interprété Hal Holbrook demande au nom de l'amitié au pilote incarné par James Brolin de cacher la vérité dans Capricorn One réalisé par Peter Hyams, avant de décider de sa mort pour couvrir le mensonge de l'institution (en haut), mais ce dernier réchappera de cette terrible décision et, seul survivant du programme, se présentera à son propre enterrement, le Dr Kalloway réalisant à la fois la fin du secret et que le crime effroyable auquel il a concédé a finalement été vain lors de l'épilogue rendu bouleversant grâce à l'émotion suscitée par l'envolée empreinte de sentimentalité de la partition de Jerry Goldsmith concrétisant les retrouvailles du mort allégué avec sa famille (en bas).

Photo de plateau de The Fog figurant le maquilleur Rob Bottin dont a évoqué la carrière abrégée par la mainmise des images de synthèse sur le cinéma, grimé en Blake, le chef des pirates revenus se venger des descendants des villageois qui les ont attirés vers les récifs pour causer leur mort afin de s'accaparer leur or, au côté d'Hal Hoolbrok dans le costume du Père Malone, qui est amené à réaliser la terrible vérité d'une effrayante légende.

Avec sa haute stature et sa prestance, l’acteur américain Christopher Plummer évoquait quelque peu le style de Christopher Lee même si sa physionomie le rapprochait aussi de Max Von Sydow, mais avec une expression plus sévère – on l’aurait d’ailleurs très bien imaginé s’il avait fallu remplacer ce dernier dans le rôle de l’antiquaire à la fois sirupeux et diabolique du Bazaar de l’épouvante (Needful Things). Décédé à l'âge de 91 ans le 21 février 2021 des suites d’une chute, il était apparu dans plusieurs films oniriques. Dans Quelque part dans le temps (Somewhere in Time) de Jeannot Szwarc , il interprétait l’agent intransigeant d’une actrice (Jane Seymour) s’attachant à l’éloigner d’un soupirant ayant voyagé dans le temps pour la retrouver, incarné par Christopher Reeves. Dans Dreamscape de Joseph Ruben qui fut remarqué lors de sa sortie en 1984, il incarne Bob Blair, défavorable à la politique de dénucléarisation, qui tente de faire assassiner le président des États-Unis (Eddie Albert) au travers d’une invention permettant de contrôler les songes et il sera victime de son adversaire Alex Gardner (DennisQuaid) convoquant l’image d’un terrifiant homme-cobra issu du cauchemar d’un enfant. Il endosse la fonction d'un chasseur de vampires dans le rôle du Professeur Paris Catalano dans Nosferatu à Venise (Nosferatu a Venezia) en 1988 puis d’Abraham Van Helsing dans Dracula 2001 il joue dans Wolf de Mike Nichols Raymond Alden, un financier méprisant auquel se heurte l’éditeur incarné par Jack Nicholson se changeant en loup-garou et il est un archevêque dans L’Ange des ténèbres (The Unholy), un film efficace et très sous-estimé de 1988 réalisé par Camilo Vila, dans lequel se manifeste un démon terrifiant, oeuvre déjà évoquée suite à la disparition récente de l’acteur principal Ben Cross. Il avait encore prêté ses traits au général Chang dans Star Trek VI : the Undiscovered Country de Nicholas Meyer en 1991 et à un scientifique, le Docteur Leland Goines dans L’Armée des douze singes (Twelve Monkeys) de Terry Gilliam en 1995. Parmi les personnages historiques, il avait figuré le Roi Hérode dans le Jésus de Nazareth de Franco Zefirelli, Leon Tolstoï et l’Empereur Guillaume II. Sa fille Amanda Plummer est également actrice et a notamment prêté son visage assez austère à une vengeresse usant d’une machine à voyager dans le temps dans un épisode d’Au-delà du réel, l’aventure continue (The New Outer Limits), Un saut dans le temps (A Sitch in Time), qui lui a valu une récompense télévisuelle, un Emmy Award.






Christophe Plummer incarne l'intransigeant imprésario de Quelque part dans le temps (Somewhere in Time) qui veut imposer une vie monastique à l'actrice dont il est l'agent, en haut ; en dessous, l'agent gouvernemental Bob Blair entrevoit une utilisation machiavélique de l'invention du Professeur Novotny (Max Von Sydow, à droite sur la photo), qui matérialise les pires cauchemars, comme ce terrifiant homme-cobra, en dessous - Stephen Czerkas à qui on a rendu hommage avait contribué aux séquences d'animation image par image ; en bas, Raymond Alden est un homme d'affaire méprisant qui pense que l'éditeur Will Randall (au dessous) a fait son temps, mais une morsure par un loup peu ordinaire va bientôt lui rendre toute sa combativité.


PROCHAINEMENT : dans le cadre de la vulgarisation, un long article en plusieurs parties mettra en question l'orientation actuelle de classement des espèces animales, en montrant ce qu'elle comporte de discutable, afin de contribuer au regard anticonformiste que propose ce site concernant son vaste domaine envisageant les formes de vie les plus diverses dans la science comme dans la fiction. Une autre longue série d'articles à venir devrait quand à elle attirer tout particulièrement l'attention des amateurs du cinéma de science-fiction. Restons prudents pour que la pandémie ne vienne pas interrompre prématurément notre passion pour les créatures sous toutes leurs formes.

lundi 21 décembre 2020

RICHARD CORBEN, L'ART POPULAIRE PAR EXCELLENCE


Peu après Ron Cobb (voir hommage précédent), c’est un autre nom célèbre du monde des illustrateurs américains qui s’est éteint, le 2 décembre 2020 des suites d’une opération du cœur à l’âge de 80 ans. À l’instar du réalisateur Stuart Gordon disparu il y a quelques mois qui avait adapté Howard Phillips Lovecraft de manière exubérante en y mêlant l’érotisme et le grotesque, notamment dans Re-animator et Aux portes de l’au-delà (From Beyond) même si sa troisième incursion dans l’univers de l’écrivain, Dagon, demeurait durant une majeure partie du film dans une sobriété imprégnée d’une sourde angoisse (voir l’hommage au cinéaste au mois d'aôut : https://creatures-imagination.blogspot.com/2020/08/cetait-un-des-maitres-de-lempire.html), Richard Corben a notamment livré des œuvres célèbres inspirées d’un autre auteur renommé contemporain de Lovecraft, Robert E Howard, en y associant son propre penchant pour une nudité assez crue, avec ses femmes aux seins opulents similaires à des globes et ses héros masculins au crâne souvent chauve, au corps musculeux et totalement glabre tel celui des culturistes et ne dissimulant pas leurs attributs virils (même si l’auteur a toujours récusé tout lien avec la pornographie, contrairement à Gillon qui était parfois audacieux en la matière). Le dessinateur avait lui-même pratiqué cet entraînement physique destiné à accroître de manière spectaculaire la masse musculaire avant d’en abandonner la pratique par manque de temps.

Né le 1er janvier 1940 dans le Missouri, Richard Corben avait fait des études d’art, après s'être initié en autodidacte, réalisant un court-métrage inspiré des douze travaux d'Hercule en utilisant la caméra Super 8 de son père. Débutant sa carrière dans le domaine de l’animation, il avait été le responsable de l’animation du film Siegfried saves Metropolis récompensé dans le cadre d’un concours organisé en 1964 par le magazine Famous Monsters, réalisé par Madonna Marchant qu’il épousa l’année suivante et qui demeura sa femme durant toute sa vie.

Son univers à la sauvagerie inhérente servait à Richard Corben à évoquer aussi bien le monde barbare antique fictif imaginé par l’auteur du personnage de Conan le Cimmérien que celui décadent d’un futur post-apocalyptique comme celui de Den, au service duquel il livra aussi les adaptations en bande dessinées d’Un garçon et son chien (Vic and Bloodd’après la vision très sombre d’Harlan Ellison. Les bandes dessinées de Richard Corben sont aussi caractérisées par des couleurs vives, outrées, presque baveuses, résultat obtenu au travers de la superposition de plusieurs films, même s’il arriva comme pour son album Bloodstar que l’auteur délègue à d’autres la colorisation.

En dépit de l’allure quelque peu paillarde de ses dessins, loin des canons habituels de l’art consacré par le bon goût, Richard Corben recherchait fréquemment son inspiration dans des sources littéraires, adaptant des œuvres d’Edgar Allan Poe, d’Edgar Rice Burroughs, de William Hope Hodgson et d’Howard Phillips Lovecraft. Il avait fondé sa société Fantagor pour éditer ses oeuvres, mais ses revenus étant insuffisants, il avait aussi loué ses talents à de plus grandes compagnies telles que Marvel, D C Comics et Dark Horse, livrant quelques histoires de super-héros et ayant aussi à l'occasion repris le personnage maudit et ombrageux créé par Bernie Wrightson de la Créature du marais (voir hommage consacré à ce dernier en mars 2017 : https://creatures-imagination.blogspot.com/2017/03/il-avait-imagine-la-creature-du-marais.html ).

Le sombre héros et son complice canin d'Un garçon et son chien (Vic and Blood). 

Deux évocations lointaines des dinosaures sauropodes, en haut, une créature qui s'apparente à ce qu'aurait pu être un reptile mammalien à long cou, en dessous, les rangées de petits yeux de ces monstres rosâtres conférent à leur extrémité antérieure un petit aspect de Némertien (vers rubannés, évoqués sommairement dans l'article de septembre 2008 : http://creatures-imagination.blogspot.com/2008/09/le-tentacule-dabyss-existe-reellement.html).







Quelques créatures façonnées par Richard Corben pour illustrer des récits littéraires : en haut, plantes carnivores vigoureuses pour la couverture du monde de la mort (Deathworldd'Harry Harrison et de la flore martienne apparaissant dans les aventures de John Carter sur Mars inventées par Edgard Rice Burroughs, en dessous, créatures porcines inquiétantes de l'adapatation en bande dessinée de La maison au bord du monde (The House on the Borderland) de William Hope Hodgson, et en bas la créature que son apparence molle ne rend pas moins terrifiante de la bande dessinée Bloodstar inspirée de La vallée du ver (Valley of the Worm) de Robert E Howard.

    
Cette créature de taille plus modeste mais à l'apparence tout aussi remarquable apparaît dans la saga Den.

Autoportrait de l'artiste

Ces éléments, les personnages au physique stéréotypé, la nudité, la cruauté qui transparaissait régulièrement au sein de ces aventures baroques, les couleurs plutôt criardes des planches, faisaient par excellence de Richard Corben un représentant de l’art populaire. Il était devenu la figure emblématique du magazine de bandes dessinées Métal Hurlant et de sa version américaine Heavy Metal et il avait contribué au dessin animé réalisé en 1981 sous forme de long métrage composé de plusieurs séquences inspirées par l’univers des auteurs de la revue.


Ce personnage humanoïde sur la couverture d'un numéro de la version américaine de Métal hurlant ne semble pas particulièrement intimidé par le discours féministe omniprésent.

Après avoir apporté sa contribution au long métrage d’animation Métal Hurlant en 1981, Richard Corben s’aventura en 1989 à réaliser son propre film, Dark Planet, directement pour le marché de la vidéo. L’auteur ne se plaindra pas du peu de notoriété de l’œuvre, convenant qu’elle n’était pas très concluante. Force est de constater que cette tentative expérimentale est loin d’être réussie, suite assez décousue alignant des séquences fastidieuses sans réellement de signification. Quant à la créature de l’affiche, animée image par image, la texture et la couleur terne d’argile qui sont conférées à ses formes molles ne lui donne pas d’autre allure que celle d’une figurine en glaise s’agitant vainement, loin du titan effrayant et inébranlable qu’elle est censée représenter. 


La créature de Dark Planet pour le poster du film et son apparition à l'écran en dessous.


Poster réalisé par Richard Corben pour le film de série B Spookies.

Le surréalisme assez outrancier de Richard Corben dont le penchant pour les femmes charnues le rapproche de Frazetta, illustre avec le style hyperréaliste de Paul Gillon ou le trait d’allure un peu fantaisiste et onirique de Moebius la variété de l’esthétique de la bande dessinée, au sein du du Panthéon du neuvième art dans lequel il demeurera sûrement.


Richard Corben s'était vu attribuer de nombreuses récompenses pour sa carrière artistique.


Site officiel : http://www.corbencomicart.com/

Site dédié très complet : https://muuta.net/wp/sitemap/

Pour les lecteurs qui voudraient tenter l'expérience de visionner Dark Planet :

https://www.youtube.com/watch?v=KkfoeGfS63A


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Ce serviteur de l'Empire se fiait à son Etoile noire


Dave Prowse sous l'armure impériale de Dark Vador

Le 28 novembre 2020 a disparu à l'âge de 85 ans un autre ancien adepte du culturisme. Né le 1er juillet 1935, l’acteur Dave Prowse a connu une fin de vie difficile, des problèmes d'arthrose lui ayant laissé les bras paralysés, il était également affecté par la maladie d'Alzheimer et avait eu le cancer de la prostate. Il assurait la vice-présidence d'une association pour l'insertion des handicapés. Un de ses trois enfants, Rachel, a indiqué qu'il avait succombé à la terrible épidémie du coronavirus chinois qui déferle depuis un an sur le monde. Il était surtout connu pour avoir endossé la costume de Dark Vador (Darth Vader en version originale) dans la saga de La Guerre des étoiles (Star Wars) créée par George Lucas, même si sa voix était doublée en version originale par l’acteur James Earl Jones (Thulsa Doom dans Conan le barbare de John Milius), et qu’il n’avait pas prêté ses traits au personnage démasqué à la fin du Retour du Jedi (Return of the Jedi), lequel avait été interprété par Sebastian Shaw. La frustration d'être ainsi limité dans son expression l'avait amené à critiquer George Lucas, lequel en rétorsion l'avait finalement interdit de toute participation aux manifestations officielles de la franchise. Il avait choisi ce rôle iconique de préférence à celui de Chewbacca, le comparse velu d’Han Solo, pour lequel Lucas avait à défaut engagé un infirmier en raison de sa grande taille, Peter Mayhew, disparu un peu plus tôt. Il avait aussi incarné, en 1971, le majordome à l’impressionnante musculature qui contraignait l’odieux Alex d’Orange mécanique (A clockwork Orange) dorénavant rendu inoffensif à déjeuner chez un écrivain dont il avait causé le décès de la femme, joué par Patrick McGee, alors qu’il commençait à réaliser chez qui il avait trouvé refuge, lequel, bien que libertaire, exerçait sur lui la plus machiavélique vengeance. Il avait aussi à deux reprises interprété pour la compagnie anglaise Hammer la Créature de Frankenstein, en 1971 dans Les Horreurs de Frankenstein (The Horror of Frankenstein) dans lequel il a le crâne rasé et en 1974 dans Frankenstein et le monstre de l’enfer (Frankenstein and the Monster from Hell), le dernier film de Terence Fisher dans lequel il joue Schneider, une brute simiesque que le baron Frankenstein incarné par Peter Cushing utilise comme cobaye de ses expérimentations démentes – les financiers avaient exigé qu’une figure monstrueuse figure dans le film, d’où les traits bestiaux et la pilosité hirsute dont fut gratifié le personnage. Parmi les autres apparitions de Dave Prowse figurent un minotaure dans la série Dr Who (The Time Monster) en 1971, un extraterrestre dans l’épisode The Beta Cloud de la série Cosmos 1999 (Space 1999) et le bourreau du Continent oublié (The People that Time forgot).

Dave Prowe dans le costume de l'hideux Schneider devenu le sujet des fort douteuses expériences du Docteur Frankenstein dans Frankenstein et le monstre de l’enfer, jouant de son physique imposant dans son incarnation tacite du domestique d'Orange mécanique et un autre rôle dans lequel il n'utilisait pas davantage sa voix mais qui lui a valu des admirateurs dans le monde entier pour s'être identifié au ténébreux Dark Vador maléfique de la trilogie originelle de La Guerre des étoiles.

Mentionnons aussi le décès subit le 9 novembre 2020 à Paris de Joseph Altairac, grande perte à la fois sur le plan intellectuel et humain. Après avoir écrit une biographie d'H.G. Wells en 1998 puis d'un autre auteur célèbre de science-fiction, A. E. Van Vogt, en 2000, ce passionné de Lovecraft avait en association avec Guy Costes livré en 2006 une somme sur les mondes imaginaires souterrains. Le duo s'était ensuite consacré dans le sillage de Pierre Versins à réaliser une encyclopédie recensant les oeuvres préfigurant la science-fiction dans la littérature francophone, "de Rabelais à Barjavel", Rétrofictions. En présentant son monumental ouvrage avec son co-auteur, il avait indiqué qu'il avait inclus au sein de cette proto-science-fiction Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne parce qu'un Chinois y évoquait un genre de télévision, et Michel Strogoff du même auteur car on y trouvait un épisode de révolte des Tartares qui était fictif, ce qui le rapprochait de l'uchronie. Il avait par contre reconnu suite à ma demande de précision avoir ajouté Le passe-muraille de Marcel Aymé guidé par une certaine subjectivité, motivée par son intérêt pour la nouvelle bien qu'aucun élément explicatif de nature scientifique n'y figure effectivement. J'avais eu longuement le plaisir de discuter avec lui quatre ans plus tard, nous accordant notamment sur le paradoxe de l'origine de la science-fiction américaine qui s'est d'abord annoncée sous des atours fantaisistes mêlés de merveilleux avec un auteur comme E. R. Burroughs et son cycle de John Carter sur Mars, avant de s'ancrer davantage dans l'imaginaire scientifique à l'imitation des auteurs européens sous l'égide notamment de Jack Williamson. Personnage attachant trop tôt disparu, Joseph Altairac nous manquera. Sa disparition suit avec quelques mois celle de Jean-Pierre Moumon, un des fondateurs des conventions françaises de science-fiction, polyglotte et traducteur de romans de science-fiction scandinaves.

https://www.actusf.com/detail-d-un-article/joseph-altairac-nous-a-quitt%C3%A9s?fbclid=IwAR0m4ihva11LqJPu31hewVAOF6HJVS-URJzpvNSa3TUjPV2vqigRGvVn5DU

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/dmitry-glukhovsky-le-printemps-russe



Il y a exactement un an, le 26 décembre 2019, s'éteignait le producteur de cinéma David Foster qui, avec Laurence Turman et sa compagnie Turman-Foster, avait joué un rôle déterminant dans la production du film de science-fiction et d'épouvante The Thing puisque, grand admirateur de la novella de John W. Campbell, Who goes there ?, il avait soutenu l'initiative d'adaptation de son ami le producteur Stuart Cohen, à défaut de son autre proposition relative à une invasion d'insectes. Son rôle fut déterminant puisqu'il lui permet d'obtenir le soutien financier fort utile à un projet aussi ambitieux du Studio Universal au nom de son président Ned Tanen, même si ce dernier préfera initialement confier la mise en scène au réalisateur de Massacre à la tronçonneuse (Texas Chainsaw Massacre) qu'à John Carpenter proposé par Cohen, qui n'avait pas encore été consacré par le succès d'Halloween puis l'excellente réception d'Assault (Assault on Precinct 13en Europe. David Foster recommanda également à l'instar du créateur d'effets spéciaux mécaniques Roy Arbogast le choix de l' artiste Dale Kuipers avec lequel ils avaient travaillé sur la comédie préhistorique Caveman comme concepteur artistique pour imaginer la "Chose" mais un accident totalement inattendu eut pour effet de le faire quitter le projet comme évoqué en ces pages dans l'hommage qui lui a été rendu, ainsi que dans le grand dossier en trois parties consacré au film, sur lequel on aura à nouveau prochainement l'attention de revenir, à la fois sur la version de Kuipers puis sur la conception du film en général.

David Foster au milieu prête ses traits à un des infortunés Norvégiens fuhitivement entrevus dans The Thing, autour du bloc de glace contenant la découverte qui causera leur malheur.

    Il avait envisagé de produitre la suite, The Thing 2, qui aurait vu la Chose parvenir jusqu'à l'océan, s'emparant de manchots et d'un cachalot, comme illustré à la fin du troisième volet du long hommage consacré en ces pages au film de John Carpenter.

Un manchot encore plus effrayant que ceux des Montagnes hallucinées d'Howard Philip Lovecraft, dessin de John Jagusak d'après un scénario de Todd Robinson pour The Thing 2.


David Foster sur la production de Short Circuit avec la co-vedete Johnny 5, le robot sentimental.


Prenez soin de vous, on espère retrouver les lecteurs encore plus nombreux à la prochaine parution.