William BOYETT, un acteur insuffisamment honoré, qui s'investissait pourtant sans hésiter dans son jeu pour mieux entraîner le spectateur dans l'illusion cinématographique, loin des artifices des avatars virtuels.Il existe nombre d'histoires de science-fiction dans lesquelles des formes de vie extraterrestres parviennent à infiltrer l'espèce humaine en prenant notre apparence ou en contrôlant notre esprit. Divers acteurs ont eu la responsabilité d'incarner ces usurpateurs à l'écran. Parmi ces manifestations de créatures non terrestres dont l'altérité est dissimulée par une apparence plus ordinaire, l'interprétation la plus pittoresque est très probablement celle de William BOYETT dans le film THE HIDDEN, un acteur disparu il y' a exactement 5 ans, le 29 décembre 2004, des suites d'une pneumonie et de problèmes rénaux.
Né le 3 janvier 1927, la famille de cet acteur s'installe à Los Angeles dans les années 1940. Après une expérience à la radio, et avoir servi lors de la Seconde guerre mondiale, il se produit sur la scène de théâtres, à Los Angeles comme à New-York. Il tourne par la suite à maintes reprises pour la télévision, obtenant le rôle traditionnel du supérieur autoritaire dans des séries policières comme EMERGENCY! et DRAGNET. Il figura aussi dans des épisodes de PERRY MASON et de STAR TREK : THE NEXT GENERATION. On put encore le découvrir à quelques occasions au cinéma, comme pour un petit rôle dans ROCKETEER.
ENQUÊTE SUR UN MYSTÈRE
William BOYETT aurait tourné en 1956 dans le classique PLANÈTE INTERDITE de Fred Leo McWILCOX. Cependant, il n'apparaît nulle part à l'écran, même à l'arrière plan, et son nom ne figure pas au générique du film. Il est y donc plus invisible que la créature immatérielle du film...
Il peut par contre être vu dans le tout dernier épisode de la série originelle THE OUTER LIMITS ( AU-DELA DU REEL en version française ), tourné en 1965, ENQUÊTE SUR UN MYSTÈRE. Il y apparaît comme le copilote d'un avion qui tombe dans l'océan dans le prologue. Etrangement, il n'est plus jamais vu après l'accident. On suppose donc qu'il a péri, mais aucun des survivants ne fait allusion à sa disparition et il est le seul à être ainsi éclipsé sans explication, se trouvant de la sorte privé de la possibilité de rencontrer l'étrange forme de vie extraterrestre primitive qui se manifeste par la suite.
La science-fiction aurait dû lui sourire enfin lorsqu'il fut engagé pour un des principaux rôles du film THE HIDDEN, qui obtint le grand prix du Festival du film fantastique et de science-fiction d'Avoriaz en 1988. Plusieurs acteurs furent remarqués et primés, notamment Michael NOURI qui interprète le policier dépassé par une série de meurtres inexplicables. Les critiques associèrent aussi aux louanges Kyle McLACHLAN, qui joue le partenaire de celui-ci - en fait une entité extraterrestre qui a pris l'apparence d'un agent décédé afin de traquer la créature meurtrière, les commentaires soulignant la subtilité de son jeu. De manière plus inattendue, des seconds rôles furent aussi mis à l'honneur comme Jim KOUF, qui fut proposé aux Saturn Awards par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et d'horreur, ou Clu GULAGER, dont le nom était mentionné dans les journaux annonçant les diffusions du film tandis que celui de William BOYETT était systématiquement occulté et que sa prestation a été presque unanimement passée sous silence, alors qu'en réalité, c'est lui qui PORTE littéralement le film. Ce désintérêt pour sa participation au film est un nouveau mystère qui confirme les rapports étranges entre l'acteur et la science-fiction fort peu reconnaissante à son endroit ! La commémoration du cinquième anniversaire de sa disparition est une nouvelle fois l'occasion, après l'évocation du grand créateur de monstres du cinéma Rob BOTTIN conduit à une retraite forcée en raison de l'hégémonie des images de synthèse et l'hommage, cet été, au compositeur Jerry GOLDSMITH pour le cinquième anniversaire de sa disparition, de rendre justice à une personnalité marquante mais trop souvent délaissée du monde de l' imaginaire associé aux créatures qui nous occupent.
Le parasite extraterrestre de THE HIDDEN, qui évoque à la fois l'Escargot et l'Araignée, passe du corps agonisant de De Vries à celui de Jonathan Miller ( William BOYETT ), grâce aux effets spéciaux fort convaincants de Kevin YAGHER; malheureusement, le supplément du DVD sur le tournage des effets spéciaux n'est disponible que dans l'édition américaine.Sous l'effet du contrôle extraterrestre, le quinquagénaire Miller recouvre soudain une vitalité inattendue.
Le réalisateur, Jack SHOLDER, sait bien, lui, le crédit qu'il doit porter à William BOYETT pour le succès de THE HIDDEN. En effet, la crédibilité du film repose sur les agissements de la créature extraterrestre avide d'expérimenter de nouvelles sensations au travers de son corps d'emprunt, responsabilité qui incombe à William BOYETT pendant la majeure partie du film. Succédant à Chris MULKEY, qui fait une apparition courte mais efficace, William BOYETT, dans le rôle de Jonathan Miller, incarne le quinquagénaire qui hérite du parasite extraterrestre. Ayant calqué ses attitudes sur celui du chien qui sert à un moment de réceptacle à l'entité conçue par le maquilleur Kevin YAGHER, William BOYETT a su trouver une approche si convaincante et marquante qu'il a servi de modèle pour les autres acteurs amenés à lui succéder lorsque la créature le délaisse à son tour en quête d'un nouvel hôte.


La puissance d'expression de son jeu facial confère à son interprétation une démesure particulièrement réjouissante sans amoindrir pour autant sa capacité à terrifier. Lorsqu'il s'extirpe de son coma, on comprend à la simple intensité de son regard qu'il est possédé. On ne peut non plus oublier la scène dans laquelle l'organisme étranger pâtissant des graves affections stomacales du corps de son hôte, un tentacule tente instinctivement de s'extraire de son bras : les rictus de l'acteur se contorsionnant douloureusement sur le sol dans un spasme évocateur donnent toute son ampleur à cette séquence fort impressionnante. Par le ressort très physique de son interprétation, il apparaît comme un véritable "Louis de FUNES de l'épouvante", poussant au paroxysme son jeu sans pour autant, on l'a déjà remarqué, nuire à la crédibilité du personnage. Chacune des scènes dans lesquelles il apparaît est époustouflante et réjouissante par le décalage saugrenu entre son apparence de quinquagénaire respectable à costume cravate et l'exagération de son comportement, typique d'un jeune délinquant. On pourrait encore citer son incroyable course dans la rue, alors qu'une pulsion le conduit à convoiter une voiture de marque Ferrari; il faut le voir épuiser les capacités de l'organisme à bout de souffle de son personnage, finissant par courir les pieds en dedans comme une mécanique qui tomberait en panne : une prestation parfaitement étudiée, digne de celles très chronométrées des grands interprètes du cinéma muet comme Harold LLOYD ou Buster KEATON, qui ne disposaient que de leur corps pour composer leur personnage et conférer un dynamisme précis aux scènes.



L'organisme affaibli de Jonathan Miller révèle ses limites face aux sollicitations du parasite. Attention, sortie inopinée de tentacule imminente !



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