lundi 18 mai 2009

DISPARITION DE JACK CARDIFF


Jack CARDIFF, disparu à l'âge de 94 ans le 22 avril 2009, était un directeur de la photographi
e, qui était aussi passé à la mise en scène et avait même été quelquefois acteur, polyvalence qui ne l'aurait pas empêché de remettre en place Sylvester STALLONE, la vedette du film RAMBO 2, lequel, désirant déplacer un projecteur, s'ingérait ainsi dans son art. Il avait reçu en 2001 un Oscar pour l'ensemble de sa carrière.

Né de parents artistes de music hall, il débute enfant dans des films muets anglais, puis devient cadreur lors de l'avènement du cinéma parlant. Il a participé en 1936 au tournage de LA VIE FUTURE, qui bénéficiait de la contribution active du grand écrivain de science-fiction Herbert George WELLS, celui-ci écrivant lui-même le scénario du film d'après son roman utopique. Jack CARDIFF se voit confier l'année suivante la responsabilité de la lumière du premier film britannique en Technicolor. Il a travaillé avec Alfred HITCHCOCK et également assuré la photographie du célèbre THE AFRICAN QUEEN. Il fut l'orchestrateur de l'ambiance irréelle de PANDORA, variation librement inspirée de la légende du navire fantôme dite du Hollandais volant dirigée par Albert LEWIN. Dans le genre fantastique, il avait illustré d'autres histoires de femmes inquiétantes se défiant de la mort avec LA MALEDICTION DE LA VALLEE DES ROIS ( THE AWAKENING ) bénéficiant de l'interprétation de Charlton HESTON et LE FANTOME DE MILBURN ( GHOST STORY ) où l'esthétisme soigné voisinait avec des maquillages réalistes particulièrement morbides agencés par Dick SMITH qui retranscrivaient toutes les étapes de décomposition de la protagoniste vengeresse.

Jack CARDIFF a entre autres œuvré sur plusieurs réalisations de Richard FLEISCHER, notamment LES VIKINGS, film d'aventures historiques avec Kirk DOUGLAS, Tony CURTIS et Ernest BORGNINE, et sur deux de ses derniers films, des films fantastiques.

Le premier, CONAN LE DESTRUCTEUR, suite de CONAN LE BARBARE de John MILLIUS, baigne dans une atmosphère de mystère et de sorcellerie, grâce également à la belle partition, grave et gracieuse à la fois, de Basil POLEDOURIS. Le héros Conan y
affronte un démon païen qu'une reine maléfique assoiffée de pouvoir, incarnée par Sarah DOUGLAS, cherche à faire venir sur Terre en lui sacrifiant sa propre fille. On peut d'ailleurs se demander s'il ne faut pas imputer à l'absence de Jack CARDIFF sur la resucée de CONAN LE DESTRUCTEUR réalisée peu après par Richard FLEISCHER, KALIDOR, LA LEGENDE DU TALISMAN, le peu de magie qui s'en dégage cette fois.

CONAN LE DESTRUCTEUR, une épopée fabuleuse dans des lieux fantastiques
( ici l'arrivée au château de cristal d'un mage )

Dagoth, vaincu dans un fracassement d'éclairs par CONAN qui lui arrache sa corne magique, dont il tire sa force à l'image de la chevelure de Samson. L'illustrateur William STOUT avait au départ imaginé une sorte de Limace à tête d'insecte, aux bras griffus et malingres et au corps terminé par trois éperons, comme les extraterrestres du film DREAMCATCHER, mais la version finale élaborée par Carlo RAMBALDI ( voir l'article d'octobre 2008 sur cet artiste) qui n'en conserve que la corne est un humanoïde aux extrémités palmées, évoquant quelque peu un croisement entre les Profonds dépeints par LOVECRAFT dans la nouvelle LE CAUCHEMAR D'INNSMOUTH et la future MOUCHE du film de CRONENBERG.

Le second film, AMITYVILLE 3, qui comme le premier POLTERGEIST, convoque une équipe spécialisée dans l'enregistrement de phénomènes surnaturels, s'achève sur l'irruption d'un démon digne de Jérôme BOSCH, déjà entrevu fugitivement à la fin du volet précédent à l'issue d'une horrible possession. CARDIFF y fait régner une luminosité colorée et surnaturelle assez envôutante.

Indubitablement, il y'a une certaine humidité dans la cave de la maison maléfique d'AMITYVILE 3 : l'invitation au bain vue par les auteurs du film; plutôt réfrigérant ! La créature a été conçue par John CAGLIONE, déjà auteur de celle d'AMITYVILLE 2; le célèbre maquilleur Dick SMITH avait initialement tenté de décourager CAGLIONE de percer dans le domaine, doutant de ses capacités, mais il accepta nonobstant de lui prodiguer ses conseils, ce qui lui réussit plutôt bien puisque le maquilleur contribua avec Christopher TUCKER - ELEPHANT MAN, LA COMPAGNIE DES LOUPS - au maquillage des acteurs interprétant nos ancêtres dans LA GUERRE DU FEU, lequel valut au film un Oscar pour ses effets spéciaux de maquillage.

Parmi les quelques films dirigés par Jack CARDIFF en personne , l'un d'eux relève pleinement de notre domaine. Il s'agit de MUTATIONS, réalisé en 1
973. Donald PLEASANCE, barbu - en dépit de la jaquette de la vidéo, exécutée par un artiste qui a dû travailler sur une photo de l'acteur, mais sans s'être renseigné sur le film* - incarne le docteur Nolter, un universitaire et chercheur qui aspire à créer une forme de vie supérieure associant la mobilité de l'animal à l'autosuffisance photosynthétique du végétal. Il n'hésite pas à expérimenter ses théories sur des humains, de jeunes adultes enlevés par son acolyte Lunch ( Tom BAKER, l'un des interprètes du DOCTEUR WHO dans la série du même nom ), qui ne parvient pas à accepter son faciès contrefait et à qui Nolter a promis une reconstruction chirurgicale de la face en échange de sa collaboration.

Un chercheur et son curieux végétal; mieux vaut ne se fier à aucun des deux.

Le film débute de manière assez saugrenue, tout en annonçant le annonçant le caractère assez trouble et malsain du film. Une jeune fille qui se promène dans un parc réalise qu'elle est suivie avec insistance par un nain. Elle presse le pas, mais le poursuivant accélère son allure. Un second nain apparaît et se met aussi à la pourchasser, jusqu'à ce qu'elle soit capturée avec l'aide de Lunch et livrée aux expérimentations de Nolter.

Comme
FREAKS, MUTATIONS fait appel à de véritables phénomènes humains, les résultats ratés de Nolter, grotesques préfigurations des avatars du transgénisme, étant présentés parmi d'autres "aberrations de la nature" dans le cirque de Lunch; cependant, contrairement au réalisateur Tod BROWNING qui voulait faire partager aux spectateurs son empathie pour les disgraciés, montrant leurs sentiment et leur fraternité, MUTATIONS les emploie de manière plus contestable, comme élément participant du climat d'étrangeté du film. Aussi, le spectateur assiste-t-il à leur défilé avec une certaine distance; plus poignant est le bref dévoilement de la victime méconnaissable de Nolter sous l'œil goguenard de quelques étudiants qui sont bien loin d'imaginer que ce qu'ils prennent pour un canular n'est autre que leur amie disparue pour laquelle ils se font tant de souci.

Tandis qu'une jeune fille s'effeuille pour prendre son bain, son fiancé, cobaye malgrè lui des terribles errements du savant fou, s'effeuille pour de vrai en s'introduisant par la fenêtre de sa dulcinée, l'infortuné produit d'expérience ayant les bras recouverts d'un feuillage transgénique - créé par le maquilleur Charles E. PARKER, engagé d'ordinaire sur des films plus traditionnels; dans la grande tradition de FRANKENSTEIN, le monstre engendré par la vanité scientifique viendra finalement demander des comptes à son créateur.

La réalisation n'est peut-être pas particulièrement remarquable mais le film baigne dans un climat de malaise persistant, agrémenté de quelques scènes fort angoissantes, comme la découverte sous un chapiteau par un étudiant soupçonneux du corps hideux et suffocant de la créature à l'agonie son ancienne condisciple, bientôt suivie d'une éprouvante poursuite nocturne dans le cirque désert.

Jack CARDIFF, directeur de la photographie reconnu, et aussi auteur d'un petit film d'épouvante empli de créatures effroyables.

(* l'éditeur français de la vidéo avait toutefois prévenu sur la jaquette en annonçant : illustration non contractuelle !.. )

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