Il y'a exactement deux siècles, le 12 février 1809, naissait Charles DARWIN, qui allait se révéler un esprit brillant; son fameux ouvrage L'ORIGINE DES ESPECES fut quant à lui publié il y'a 150 ans. Inscrit en faculté de médecine conformément aux vœux paternels, le jeune étudiant supporte difficilement la vue du sang et selon son propre aveu, préfère passer tout son temps à chasser les Oiseaux. Pourtant, peu à peu, il se met à éprouver davantage de plaisir à les observer qu'à les tuer. C'est alors qu'un enseignant lui offre l'opportunité qui changera définitivement son destin : embarquer sur un navire d'exploration en tant que jeune naturaliste. Durant les années passées à bord du Beagle ( le titre original, THE SPACE BEAGLE, du roman de science-fiction de A.E. VAN VOGT, LA FAUNE DE L'ESPACE, s'y réfère de manière transparente ), le jeune DARWIN accumulera les observations le long de sa traversée en Amérique du sud, effectuera une étude très complète sur les Crustacés sessiles cirripèdes, étudiera les plantes carnivores, examinera les fossiles de Mammifères disparus comme le Toxodon et le Paresseux géant, mais surtout élaborera à la suite de ses observations sa théorie de l'évolution, notamment en étudiant la variété des becs des pinsons des Iles Galapagos, différant suivant le régime alimentaire, et postulera qu'ils se soient diversifiés à partir des représentants d'une même espèce ayant gagné l'archipel. Certes, l'idée de transformation progressive des êtres vivants au fil du temps n'était pas totalement inédite, puisqu'elle avait été suggérée dès l'Antiquité au temps des présocratiques, par ANAXIMANDRE qui se disait convaincu que l'homme était issu d'un ancêtre aquatique. Jean-Baptiste de LAMARCK l'avait théorisée, en prêtant cependant à tort aux modifications survenant à l'individu au cours de son existence la possibilité d'être transmises aux descendants ( les caractères acquis n'étant pratiquement jamais héréditaires, sauf dans quelques exceptions faisant débat ), et le propre grand-père du naturaliste, Erasmus DARWIN, avait eu quelque pressentiment alors qu'il étudiait la botanique. Ainsi, l'évolution passe-telle par la sélection naturelle, qui élimine à chaque génération les moins aptes. Cette vision, n'en déplaise à des scientifiques qui tentent régulièrement de présenter comme dépassées les conceptions de DARWIN, est tout à fait compatible avec le concept de mutations génétiques se produisant régulièrement à chaque génération, la nature conservant les expérimentations les plus profitables; par sa plasticité, le vivant produit spontanément des transformations, la sélection naturelle les orientant dans un sens profitable à l'espèce.
Aux Etats-Unis, le Musée de la Création propose une version littérale de la Bible : l'Homme et les Dinosaures ont vécu simultanément, au temps où régnait l'harmonie du Paradis terrestre - d'où sans doute l'attitude peu hostile de ces Dinosaures carnivores à l'endroit de la jeune fille. Les créationnistes expliquent que les Dinosaures n'ont pas survécu au Déluge car ils étaient trop gros pour que NOE les prenne à bord de son Arche ; celà n'explique pas pourquoi le personnage biblique a sauvé les Eléphants et pas certains Dinosaures qui n'étaient pas plus gros que des Poulets, comme Compsognathus ( reconstitution ci-dessous )DARWIN au ban des accusés
Par rapport au reportage britannique évoqué, le dit exégète turc ajoute aussi à la liste de la funeste descendance supposée de DARWIN l'engeance islamiste du 11 septembre 2001, sans préciser aucunement sa pensée - si ce n'est que l'on croit comprendre que les affidés d'Al Quaïda seraient eux aussi tout autant gangrenés par cette culture de la violence, alors même que ceux-là rejettent très vraisemblablement l'idée d'évolution en qualité d'islamistes: sans naturellement créditer d'aucune sorte Harun YAHYA d'un penchant pour la violence, il semble cependant que, sur le plan culturel, Ben LADEN ait davantage en commun avec les fondamentalistes turcs, dont l'auteur, qu'avec DARWIN, et que le contempteur de l'évolution affirme le contraire pour se dédouaner lui-même d'une telle proximité apparaît comme un pur exercice réthorique n'apportant rien à la critique de l'oeuvre du "père de l'évolution".
le célèbre exemple de la différenciation du bec des espèces de Pinsons des Iles Galapagos à partir d'une souche commune, fondant la théorie darwinienne.Autre raccourci plutôt abusif, l'auteur se réclame, à l'appui de son propos, des écrits de Stephen J. GOULD, universitaire américain qui s'étonnait à juste de titre de "l'explosion cambrienne" - apparition assez soudaine, à l'échelle géologique, de types d'animaux modernes, sans qu'on trouve trace de leurs ancêtres - au début de l'ère paléozoïque ( ancienne "ère primaire" ) ; GOULD en tirait la conclusion que le rythme de l'évolution n'était pas constant, pouvant connaître de brusques accélérations, mais défendait néanmoins vigoureusement l'idée d'évolution, étant, de surcroît, en tant que virulent détracteur des créationnistes et des spiritualistes, sans doute plus irréligieux que DARWIN ne l'a jamais été, lui qui n'avait admis qu'avec embarras, et non sans réticence de son propre aveu, les inflexions qu'entraînaient sur les conceptions bibliques ses découvertes.. Il est vrai que GOULD étant récemment décédé, l'intéressé n'est plus là pour protester, mais il aurait vraisemblablement été partagé entre la colère et l'ironie devant cet enrôlement.
Il faut cependant convenir qu'on voit effectivement assez soudainement apparaître dans la série géologique un grand nombre d'animaux constitués plus ou moins sur le même modèle que les espèces marines actuelles ( Crustacés, Vers annelés, etc.. ), ainsi que d'autres plus difficilement classables, comme le prédateur Anomalocaris, au début de la période cambrienne - même s'il ne faut pas perdre de vue que la fossilisation est par nature très aléatoire et qu'il est déjà miraculeux de trouver autant de restes d'animaux mous et parfois même presque immatériels comme les Méduses composées principalement d'eau, ce qui rend incertaine la perspective de disposer un jour de séries complètes, comme c'est à présent par contre de plus en plus le cas pour les Vertébrés dont le squelette est davantage susceptible de fossilisation; il faut aussi remarquer par ailleurs que dans le foisonnement des espèces ( le "buissonnement" écrivait GOULD pour faire comprendre qu'à partir d'une forme initiale pouvaient rayonner de multiples espèces dérivées ), la probabilité est plus grande de trouver les fossiles d'espèces émanant de rameaux parallèles que de découvrir l'ancêtre direct ( le "chaînon manquant" ) d'un animal actuel permettant la reconstitution intégrale de la lignée.

Parallèlement à ce maintien dans le temps de ces formes ancestrales, des traces remontant à la même époque que celle à laquelle ont régné les êtres énigmatiques du Précambrien paraissent déjà indiquer l'existence conjointe d'animaux fouisseurs, probablement plus complexes sur le plan organisationnel, et des pièces dures ( épines et tubes en forme de petites défenses d'Eléphant ) de la faune dite "tommotienne", à peu près contemporaine, mettent à bas l'idée ( préconçue ) selon laquelle les animaux pourvus de pièces dures ( carapace des Animaux à pattes articulées, coquille des Mollusques, test des premiers Oursins et même squelettes coralliens ) ne seraient pas apparus avant le Cambrien. De toute manière, même si la faune précambrienne était une tentative évolutive tout à fait isolée, un règne à part de créatures, ni végétales ni animales, ( comme l'ont imaginé les paléontologues SEILACHER et PFLUG ), homologues des Zoomorphes martiens du beau roman de ROSNY AINE de l'Académie Goncourt, LES NAVIGATEURS DE L'INFINI, il n'en resterait pas moins que cette prétendue "expérience sans lendemain", tout comme l'épisode ultérieur des Dinosaures, n'est pas aussi propice aux vues des créationnistes qu'ils feignent de le croire, car l'idée d'un Créateur s'amusant à concevoir des "culs-de-sac évolutifs" comme ils l'imaginent est assez loin aussi de la Genèse, dans laquelle tout se met en place uniquement dans la perspective de l'avènement du genre humain.


une iconographie créationniste audacieuse
L'ouvrage d'Harun YAHYA, essentiellement constitué de très belles photos de fossiles, les met en vis-à-vis de l'équivalent vivant, le commentaire, réitéré à chaque page, concluant immanquablement que la similitude entre le fossile et l'animal actuel prouve qu'il n'y aucune évolution, comme si l'auteur feignait d'ignorer que son rythme n'est pas constant pour toutes les espèces, que les groupes les premiers apparus demeurent ainsi souvent sans grand changement tant qu'ils sont adaptés à leur niche écologique ( Méduses, Eponges, Scorpions, Requins, Esturgeons, Coelacanthe,.. ) tandis que les espèces les plus récentes et plus complexes n'existent que depuis quelques millions d'années comme certains Mammifères modernes ou comme les espèces insulaires qui se sont récemment singularisées, permettant de constater des changements perceptibles au cours de la lignée, comme l'accroissement régulier de la taille chez les Chevaux ( Equidés ) ainsi que des modifications morphologiques et anatomiques, alors que l'apparition des Méduses à l'organisation plus sommaire est bien plus ancienne, remontant vraisemblablement à au moins 700 millions d'années, ce qui conduit à rechercher leurs ancêtres dans les terrains beaucoup plus âgés. D'ailleurs, c'est l'exégète musulman, et non le chercheur évolutionniste, qui postule pour sa démonstration que l'évolution est un phénomène invariant et quelque peu abstrait, tandis que le naturaliste se borne à constater l'existence de "fossiles vivants" suivant tranquillement leur route sur d'innombrables générations car parfaitement adaptés à leur niche écologique alors même qu'on s'affronte sans ménagement au sommet de la chaîne alimentaire pour occuper la place de prédateurs - les Requins eux-mêmes semblent avoir dû un temps céder leur place de prédateurs dominants lorsque de nombreuses espèces de Reptiles marins géants régnaient dans les océans, au temps des Dinosaures.


De la même manière, des créationnistes américains se sont intéressés à un groupe éteint d'Ongulés sud-américains dépourvu de tout lien de parenté avec des espèces modernes, les Litopternes, qui comportent des formes rappelant le Cheval, comme Thoatherium ou Diadiaphorus. On observe chez ces Litopternes une tendance très nette à la réduction du nombre de sabots en rapport avec les adaptations à la course, comme chez les Equidés originellement pourvus de cinq doigts tel l'Eohippus, mais les créationnistes s'appuient sur un autre genre très différent de Litopterne contemporain des précédents, Macrauchenia, un animal aux allures de Lama pourvu d'un crâne très particulier, en concluant que, puisque celui-ci ne s'inscrit pas dans le même processus évolutif, on ne peut poursuivre le parallèle avec les Chevaux et que donc l'idée même d'évolution est infondée. Il s'agit là d'une erreur d'appréciation procédant d'un mésusage de la classification zoologique : les Litopternes représentent un ordre, rassemblant en son sein plusieurs schémas évolutifs séparés suivant les familles : une lignée hippomorphe avec notamment Thoatherium et Diadiaphorus, et une seconde avec des adaptations spécifiques différentes chez Macrauchenia. De la même manière, les Equidés adaptés à la course ne constituent qu'une tendance au sein des Périssodactyles, végétariens actuels à nombre impair de doigts, au sein desquels les Rhinocéros sont à l'inverse devenus au fil du temps, à partir d'ancêtres analogues à l'Eohippus, des animaux massifs peu adaptés à la vélocité sur grande distance - dans l'autre groupe actuel, les Artiodactyles ( à nombre pair de doigts ), on retrouve là encore les deux modèles avec des coureurs, comme les Antilopes, et des pachydermes, comme l'Hippopotame - à noter d'ailleurs que le groupe des Ruminants, au sein desquels se rangent les Antilopes et les Cervidés, a commencé à supplanter dans le monde entier celui des Equidés, tout comme les Litopternes avaient sans doute jadis été concurrencés par les Equidés jusqu'à extinction complète, preuve d'une compétition sans cesse renouvelée au sein du monde vivant ( sans d'ailleurs, il faut dire, que les raisons amenant à la suprématie d'un groupe sur un autre soient nécessairement évidentes ).

Le paragraphe d'Harun YAHYA sur les Cétacés est, il faut en convenir, assez léger : après avoir affirmé qu'il est absurde - à priori guère scientifique - d'envisager que les Baleines puissent descendre d'un ancêtre terrestre quadrupède ( ARISTOTE - premier à avoir classé les Eponges au sein du règne animal - avait pourtant déjà noté, entre autre, que le procédé de respiration aérienne des Baleines et Dauphins les apparentaient plus aux Mammifères qu'aux Poissons pourvus de branchies, et il les en avait rapprochés ), l'auteur assure qu'il n'en existe aucun indice. Un nombre croissant de fossiles de Cétacés aussi bien que de Siréniens ("vaches marines") primitifs traduisent leur origine terrestre, notamment par les membres postérieurs rudimentaires encore présents à cette époque. Il en va de même pour les Serpents, également descendants d'animaux quadrupèdes; on peut même en trouver encore des traces chez des représentants actuels, ainsi la naissance quelquefois d' un individu né avec des pattes vestigielles, signifiant que même de nos jours le programme génétique ancestral n'a pas tout à fait disparu, ou bien le rudiment de membre griffu subsistant naturellement chez le Boa près du cloaque, jouant un rôle dans la posture de l'accouplement pour s'agripper à la femelle.
Dorudon, un Cétacé disparu, qui possédait encore deux pattes postérieures réduites, héritées des ancêtres quadrupèdes.Un site créationniste américain tire quant à lui argument de la plus grande ressemblance de la main humaine avec la patte de la Grenouille qu'avec celle du Cheval pour contredire l'idée d'évolution, dans la mesure où le Cheval est pourtant effectivement davantage proche de l'Homme, en tant que Mammifère placentaire; évoquant alors l'idée que les spécificités de la patte du Cheval puissent être simplement dues à son adaptation progressive à la course à partir d'un modèle de base à cinq doigts commun à tous les Vertébrés terrestres, le rédacteur rejette simplement cet argument logique comme relevant d'une fable délirante; là encore, le procédé de la réfutation est un peu court et apparaît plus léger que les approximations scientifiques que l'on s'ingénie à combattre..

Deux célèbres naturalistes du XIXème siècle qui n'adhéraient pas à la théorie évolutionniste : le baron Georges CUVIER ( en haut ) et son irrévérencieux élève Henri de BLAINVILLE, venu étudier la peinture à Paris, à qui le célèbre paléontologiste donna sa chance, à une époque à laquelle les scientifiques étaient plus ouverts d'esprit à l'endroit de ceux qui n'étaient pas issus du cursus imposé. CUVIER ne croyait pas que les animaux à pattes articulées comme les Mille-pattes étaient issus des Vers annelés comme le Lombric, mais il pensait qu'ils procédaient d'un même modèle, ce qui n'est finalement pas si loin de l'idée que ces deux groupes puissent avoir pris naissance sur un même rameau de l'évolution de la vie.La problématique de l'histoire de la vie est suffisamment captivante et complexe pour qu'on ne s'égare pas dans des à priori - les paléontologues eux-mêmes ont d'abord eu tendance à rapporter systématiquement à des espèces connues toutes les découvertes problématiques et leurs successeurs sont à présent à l'inverse enclins à considérer toute forme un tant soit peu inhabituelle comme étant nécessairement représentative d'un rameau tout à fait nouveau du règne animal ( tendance lourde à la diversité taxonomique, puisque pour les Poissons et Oiseaux actuels les classificateurs modernes ont éclaté la douzaine d'ordres des années 1950 - comme les Echassiers ou les Palmipèdes - en environ une soixantaine pour chacune des deux classes! ), de fait qu'il est un peu difficile de trouver soi-même le juste milieu entre ces interprétations conventionnelles ou bien à l'inverse plus audacieuses, singularisantes, des premières formes de vie animales fossiles. J'aurais moi-même tendance à trouver quelque séduction à l'idée d'épisodes de l'histoire de la vie originaux et distincts dans le temps, faciles à catégoriser, comme celui caractérisé par les curieuses créatures plates des collines d'Ediacara, ou, encore plus anciennement, celui recélant d'énigmatiques êtres mi-animaux mi-végétaux trouvés en Namibie, comme autant d'épisodes traduisant des ébauches étranges et sans lendemain, des expérimentations de la nature, représentant des mondes spécifiques, presque extraterrestres - même si je m'interroge quant à savoir si les créatures sessiles de Namibie sont vraiment l'expression d'un règne vivant totalement inédit ou si celles-ci ne sont que de lointains équivalents de nos Eponges et Anémones de mer. Mais, même en Namibie, on aurait trouvé au milieu des formes végétatives mystérieuses quelques restes d'animaux plats semblant s'apparenter d'assez près à ceux d'Ediacara, preuve que les créatures vivantes ne se succèdent pas simplement dans le temps, mais que les nouvelles coexistent durant une certaine période avec des formes plus anciennes, dont elles peuvent dériver ( Harun YAYAH signale ainsi que l'Archæoptéryx, Oiseau considéré comme le plus primitif, aurait été, selon ce qu'il en rapporte, trouvé dans le même site fossilifère qu'un Oiseau d'allure plus moderne ), indiquant effectivement selon moi que de nouvelles espèces apparaissent continûment et qu' une partie des précédentes avec lesquelles elles entrent directement en concurrence finissent par être supplantées, sur un terme plus ou moins long - je pense qu'on observe aussi un processus en partie analogue dans l'histoire, une partie de la culture d' Empires vaincus ne disparaissant pas immédiatement, comme la culture grecque recyclée par l'Empire romain par exemple, ou la Révolution française n'ayant pas empêché que trois rois règnent à nouveau sur la France au XIXème siècle; les choses ne sont pas aussi immédiates qu'on veut se les représenter, les transitions aussi linéaires et ordonnées que dans les conceptions schématiques qu'on invente; la nature crée de la nouveauté puis, à la manière du processus continu de la marée, les "moins aptes" finissent sur un terme plus ou moins lointain ( en fonction notamment de la plus ou moins grande âpreté de la concurrence inter-spécifique corrélée aux ressources disponibles ) par être emportés dans le grand cimetière des espèces "réformées" définitivement.


Les naturalistes de l'ancien temps avaient tendance, en s'appuyant sur ce qu'ils connaissaient, à rapprocher systématiquement les espèces disparues d'équivalents vivants. Charles DARWIN suggérait ainsi que le Toxodon (en haut, squelette, et dessin d'un crâne ) aux allure d'Hippopotame, pouvait être un genre de Rongeur gigantesque évoquant le Capybara ( représentation en dessous ), le plus grand Rongeur actuel, et, de la même manière, le naturaliste décelait une lointaine parenté entre le Litopterne Macrauchenia probablement pourvu d'une courte trompe, et le Lama; ces deux Ongulés sud-américains ont depuis été rangés dans des ordres de Mammifères complètement éteints - les deux dessins sont des illustrations issues du livre consacré par le naturaliste à l'expédition du Beagle, qui peut être lu dans sa langue d'origine sur le site http://darwin-online.org.uk.Enjeux philosophiques
Il est selon moi un peu curieux que ceux qui contestent la vision matérialiste du monde moderne fassent de l'évolution leur cible prioritaire - alors même que les sciences naturelles étudiées par des scientifiques souvent assez outrecuidants intéressent de moins en moins le grand public, particulièrement ignare en la matière ( qui peut seulement énumérer, sur plus de trente embranchements encore existants, les dix types zoologiques les plus courants, qui sont pourtant tous représentés par des animaux connus du grand public ? On n'imagine pas semblable inculture dans tout autre domaine de la culture générale "classique"). D'ailleurs, ce n'est pas tant la notion d'évolution elle-même qui contredit toute vision un tant soit peu transcendante de l'homme que le réductionnisme moderne de biochimistes du comportement anglo-saxons poussant le concept à son extrême, en expliquant que le moindre sentiment, la plus petite de nos actions, est totalement réductible à des signaux chimiques et aux manoeuvres insidieuses de nos gènes, conception qui aboutit à dépeindre l'être humain comme n'étant rien d'autre qu'une simple addition de cellules dépourvue du moindre libre arbitre ( même s'il est vrai que nombre d'espèces comme les Poulpes, les Calmars et des Crustacés parasites meurent dès qu'ils ont engendré la génération suivante, comme si le rôle de l'individu n'était effectivement que de transmettre son modèle génétique au fil du temps ); mais cependant, dire, avec la distanciation un peu goguenarde de l'entomologiste averti, que l'homme n'est rien d'autre qu'une "marionnette" manipulée par ses gènes est faire fi de sa complexité comportementale et de la variabilité interindividuelle de celle-ci - à l'instar d'ailleurs des partisans du transgénisme qui ne voient la vie que comme un Mécano géant !
La théorie de l'évolution ne procède cependant pas, comme on s'est efforcé à le montrer ici, d'une conviction préétablie mais résulte d'un raisonnement de type hypothétique basé sur un certain nombre de faits et de déductions.

La perspective que l'homme soit issu d'une espèce de singe préhistorique n'est pas en soit contraire à l'idée d'un dessein divin comme l'indiquait le père THEILARD de CHARDIN - même si celui-ci voulait déceler dans l'évolution une téléologie, un mouvement ordonné et progressif témoignant d'un plan divin, alors que son mouvement apparaît à présent plus complexe voire aléatoire, certains défendant l'idée que les Vertébrés seraient issus d'animaux disparus singuliers, les Calcicordés, les Poissons dérivant selon cette théorie d'animaux ayant changé à plusieurs reprises d'axe de symétrie, accréditant l'idée d'un caractère très hasardeux du cheminement évolutif. Une perspective par contre bien plus dérangeante résulte du fait que la naissance de chaque individu, très loin d'être voulue par le Créateur, dépend elle-même totalement du hasard, soumise à tant d'aléas de la vie et à la loterie des innombrables spermatozoïdes, comme même l'Eglise ne le nie pas - ce qui est peut-être à rapprocher de sa conception nataliste, visant à donner une chance à davantage d'individus de pouvoir être engendrés et donc d'exister, à l'inverse des Bouddhistes qui croient que l'âme est préexistante à toute incarnation et que les avatars de ses vies successives sont accessoires. Un chrétien serait ainsi en droit de s'effrayer davantage, rétrospectivement, de l'évidence qu'il aurait très bien pu ne jamais exister ( qu'il y'avait même de forte chance qu'un frère ou une sœur fut engendrée à sa place, si un autre spermatozoïde était parvenu le premier à s'unir à l'ovule maternel ) plutôt que de déplorer que ses lointains ancêtres soient issus du monde animal. Car si le problème de l'évolution concerne finalement la question un peu technique des modalités de l'origine de l'humanité, le hasard de la naissance, lui, touche de la manière la plus directe au problème de l'ontologie même de l'individu humain, chacun s'apercevant qu'il sort miraculeusement du Néant, et que son existence est donc parfaitement accidentelle..




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