mardi 13 janvier 2009

UN ILLUSTRATEUR DE L'AGE D'OR DE LA SCIENCE-FICTION DISPARAIT


L'âge d'or de la science-fiction américaine a débuté au milieu des années 1920 avec la revue Amazing stories, puis s'est développé dans de nouveaux périodiques, le papier de texture assez grossière valant à ces différents magazines le surnom de "pulps" - papier ressemblant à de la pulpe. Rompant avec une science-fiction plus naïve d'auteurs comme Ray CUMMINGS ( LA FILLE DANS L'ATOME D'OR ) et Edgard Rice BURROUGHS ( le cycle JOHN CARTER SUR MARS ), ces titres accueillirent principalement des auteurs s'inspirant des œuvres d'inspiration plus scientifique d'Herbert George WELLS que ces magazines popularisaient, tels Murray LEINSTER ou Jack WILLIAMSON, lequel était un grand admirateur de l'écrivain britannique.

Il arrivait que les auteurs ne soient pas très prolixes dans leurs descriptions de mondes inconnus et de créatures étranges; il revenait alors aux illustrateurs de puiser dans leur propre imagination pour concrétiser leurs fabuleuses visions. Nombre de ces artistes, dont certains critiques ont parfois évoqué avec condescendance des œuvres selon eux trop outrées et raccoleuses, mais qui continuent à exercer une véritable fascination de nos jours, ont disparu il y'a plusieurs décennies, comme Frank Rudolph PAUL, Leo MOREY, Hans WESSOLOWSKI dit WESSO, ou encore Virgil FINLAY. L'un d'eux, pourtant, vient de s'éteindre ce 25 décembre 2008, à l'âge de 94 ans.

Edward Daniel CARTIER, plus connu sous son diminutif d'Edd CARTIER, était né dans le New Jersey en 1914. Il est sans doute un peu moins connu que les autres dessinateurs précités, car il réalisait beaucoup plus d'illustrations intérieures que de couvertures. Il commença notamment par illustrer la série THE SHADOW, contant les agissements d'un justicier, qui donna lieu à plusieurs adaptations cinématographiques. C'est John CAMPBELL, depuis peu rédacteur en chef de la revue Astounding science fiction, qui le recrute pour un nouveau magazine, Unknown, davantage axé sur le fantastique, à la manière de l'illustre Weird tales qui avait révélé des auteurs comme H.P. LOVECRAFT et Robert HOWARD. Unknown permet à Edd CARTIER de donner vie à bien des personnages inquiétants, gnomes, démiurges, mauvais génies, etc... Edd CARTIER concevait une admiration toute particulière pour Ron L. HUBBARD, dont il illustra 32 nouvelles, et qu'il tenait pour un auteur inventif capable d'insuffler une forte présence aux personnages qu'il inventait - les best-sellers du cycle TERRE CHAMP DE BATAILLE et sa création du mouvement controversé de la scientologie ont quelque peu occulté depuis la période durant laquelle l'écrivain alimentait les pulps en nouvelles traitant du destin. L'artiste avait aussi illustré des récits d'Isaac ASIMOV et de Robert HEINLEIN.

Edd CARTIER a illustré également des nouvelles de
Theodore STURGEON, comme TINY ET LE MONSTRE et ÇA ( IT ) et son mort-vivant ressemblant à un Golem fait de boue.

La créature meurtrière de ÇA de Theodore STURGEON
au sommaire d'un numéro d'Unknown,
scanné par notre ami Jacques HAMON du site de science-fiction très complet Collectors showcase : http://www.collectorshowcase.fr/


Autre représentation d'une créature de Theodore STURGEON, en l'occurence l'extraterrestre de TINY ET LE MONSTRE figurant dans Astounding science fiction

Après la fin de la seconde guerre mondiale durant laquelle il a été blessé à Bastogne, en Belgique, au cours de la Bataille des Ardennes, Edd CARTIER a repris sa collaboration aux pulps, tels qu'Astounding science fiction et Planet stories.

On doit à Edd CARTIER des extraterrestres assez pittoresques. Il avait lui-même écrit un essai témoignant de son intérêt pour le sujet, "Life in other worlds", publié dans l'anthologie TRAVELLERS OF SPACE, agrémenté de ses représentations de la vie extraterrestre. Ses créatures sont très différentes de celles que proposent les illustrateurs contemporains, avec leurs formes épurées et fuselées qui évoquent parfois les lignes des derniers modèles de l'aéronautique. Les courbes renflées des extraterrestres d'Edd CARTIER s'apparenteraient plutôt aux formes lâches que le peintre espagnol Salvador DALI prêtait aux objets, notamment sa série dite "des montres molles". Les créatures de CARTIER sont grotesques sans être ridicules, expriment une vraie étrangeté sans être improbables et évoquent aussi quelque peu des formes de vie terrestre sans en être la décalque. Le célèbre astronome passionné de spiritisme du XIXème siècle, Camille FLAMMARION, aurait sûrement dit qu'à présent affranchi de son corps terrestre, l'esprit d'Edd CARTIER pouvait désormais s'élancer vers les mondes extraterrestres pour y découvrir les formes de vie étrangères qui avaient stimulé son imagination.

Une créature d'Edd CARTIER que le célèbre astrophyscien Carl SAGAN, auteur du roman CONTACT qui fut adapté au cinéma, avait choisie pour illustrer son chapitre sur la vie extraterrestre dans son célèbre ouvrage COSMOS, devenu une série télévisée.



Cette espèce évoquant une "limace de mer" quelque peu mâtinée de bovin est particulièrement marquante.

la série complète, ainsi que des couvertures pour Unknown, peut être vue sur ce site :

Signalons au passage deux autres décès récents qui méritent d'être cités. Forrest J. ACKERMAN, âgé de 92 ans, qui s'est éteint le 4 décembre 2008, était connu comme le plus ancien et le plus représentatif des amateurs de fantastique et de science-fiction. Il avait été un des premiers à obtenir la musique de la première version de KING KONG et n'avait depuis cessé de collecter maquettes et costumes originaux des films fantastiques. Il avait aussi créé une revue de cinéma célèbre, Famous monsters, qui, même si elle n'accordait guère de place à l'aspect analytique des oeuvres, a su fédérer un public de passionnés et ouvrir la voie à d'autres magazines. Il avait par ailleurs fait quelques apparitions dans des films de série B. Souhaitons de toujours conserver à son exemple un peu de l'émerveillement de l'enfance.

Deux couvertures de la revue Famous monsters, mettant à l'honneur le Martien de LA GUERRE DES MONDE de Byron HASKINS et le cyclope cornu créé par Ray HARRYHAUSEN pour LE SEPTIEME VOYAGE DE SINBAD, représentant deux classiques du cinéma des années 1950.

L'acteur Patrick McGOOHAN, disparu à l'âge de 80 ans le 3 janvier 2009, était surtout connu pour son rôle dans deux séries, DESTINATION DANGER, une série d'espionnage, et LE PRISONNIER, qu'il avait lui-même conçue, série surréaliste tournée dans le petit village de Portmeirion, dans laquelle il prêtait ses traits volontaires à l'obstiné "Numéro 6", ancien agent des services secrets à qui une mystérieuse organisation tentait par tous les moyens d'extirper des renseignements. Il avait aussi tourné dans quelques films fantastiques. Dans SCANNERS (1981) de David CRONENBERG, il incarnait un scientifique dont la substance chimique prescrite à des femmes enceintes, l'éphémérol, avait engendré la naissance de mutants aux pouvoirs parapsychiques, susceptibles de mettre en péril l'humanité. Dans BABY, LE SECRET DE LA LEGENDE OUBLIEE ( 1985) de Bill NORTON, basé sur la légende du Mokélé-mbembé, il découvrait dans une jungle africaine reculée un petit groupe de Brontosaures ayant survécu à l'extinction des Dinosaures, qu'il voulait présenter comme attraction, s'opposant à un couple de naturalistes interprétés par William KATT (HOUSE) et Sean YOUNG (BLADE RUNNER, DUNE), qui désirait les maintenir dans leur milieu naturel. Le regard perçant et ténébreux de Patrick McGOOHAN, devenu symbole de la lutte archétypale du Numéro 6 contre toutes les formes de manipulation mentale, continuera encore longtemps de nous marquer.

La première adaptation livresque de la série LE PRISONNIER
par l'écrivain de science-fiction Thomas DISCH
,
qui a mis fin à ses jours récemment, le 4 juillet 2008
( hommage à
l'auteur de science-fiction: http://www.cafardcosmique.com/DISCH-Thomas ).

L'acteur, barbu dans BABY, LE SECRET DE LA LEGENDE OUBLIEE.

1 commentaire:

Mario Giguère a dit…

Bel hommage et belles illustrations de Cartier, effectivement moins connu, mais très apprécié. Une larme aussi pour le regretté Ackerman et le grand Patrick McGoohan - I am not a number, i am a free man !