mardi 13 novembre 2018

UN AMOUR SILICONÉ : LE BLOB PERD SON PÈRE ADOPTIF





L’admirateur numéro 1 de Danger Planétaire (The Blob) s’est éteint durant la nuit du vendredi 10 août 2018 suite à une chute, à l’âge de 72 ans, non sans avoir célébré à l’occasion de la "Blobfest" le soixantième anniversaire de la sortie du film américain sur les écrans.

Wes Shank, né Walter E. Shank à Bryn Mawr dans l’État de Pennsylvanie, assista en 1965 à une projection de ce film de 1958 produit par Jack Harris, habituellement producteur de films religieux et lui-même ministre du culte baptiste mais qui avait besoin d’une œuvre grand public pour engranger des rentrées d’argent, et il découvrit que celui-là avait été tourné non loin de chez lui. Il obtint alors de rencontrer dans le Studio Valley Forge le réalisateur qui avait été capable de convaincre le producteur de la viabilité de son projet, Irvin S. Yeaworth, et il se vit même offrir un échantillon de la masse en silicone qui avait été utilisée dans plusieurs scènes pour figurer dans des décors miniatures la forme de vie informe extraterrestre amenée sur Terre par une météorite et qui ne cesse de grossir au fur et à mesure qu’elle engloutit les habitants des petites villes de Downingtown et de Phoenixville dans l’État de Pennsylvanie. Enthousiaste, Wes supplia ses parents qu’ils lui donnent suffisamment d’argent pour pouvoir acheter la totalité de l’accessoire qui représentait la menace extraterrestre afin de pouvoir le préserver, anticipant qu’il finirait tôt ou tard à la poubelle.

Le jeune homme ne se contenta pas d’en prendre le plus grand soin, il le présenta dans les manifestations de science-fiction telles celles qu’organisait le fameux collectionneur Forrest J. Ackerman ̶ à la Convention duquel il participa la même année à New-York, et devint un des principaux collectionneurs d’objets issus de films de science-fiction avec ce dernier et Bob Burns. Wes donna aussi nombre de conférences sur le sujet à l’occasion de la "BlobFest" qui se tient chaque année depuis 2000 à Phoenixville, commune où certains plans du film furent réalisés, et il écrivit un ouvrage dédié au film en 2009, From Silicone to the Silver Screen-Memoirs of the Blob (1958).



Photo récente de Wes avec son livre et son fameux seau, que certains des visiteurs hésitaient parfois à toucher comme si la menace extraterrestre qu'il présentait n'était pas totalement fictive.

Ce n'est pas un sorbet mais une distinction remise à la Blobfest, qui paraît un peu plus vivante que les statuettes stylisées habituellement remises aux lauréats des cérémonies.


Il avait fondé un atelier de restauration destinés aux films en 16 mm et 32 mm des bibliothèques et studios de télévision, ce qui lui avait valu de recevoir quatre bobines de scènes censurées du King Kong de 1933, qu’il avait sauvegardées en les dupliquant dans les deux formats ; il avait pris sa retraite en 2016. Laissant derrière lui son épouse bien aimée Judith, son fils David et ses deux petites-filles, ce passionné de fantastique dont tout le monde s’accordait à reconnaître la gentillesse était aussi très croyant ; il fut ainsi proposé aux participants à la cérémonie funéraire qu’au lieu d’offrir des fleurs, leurs dons soient au choix remis à l’Église baptiste de la ville de Lower Merion, ou bien versés en son nom au centre de préservation des films de l’institut Historic Yellow Springs à Chester Springs.



Wes Shank et un modèle de la Machine à explorer le temps du film de George Pal.

Danger planétaire avait eu aussi une certaine importance pour l’acteur Steve MacQueen qui y eut son premier rôle principal sur grand écran, lequel ne renia jamais le film initiant sa carrière cinématographique, contrairement à l’actrice Demi Moore et au maquilleur Stan Winston qui ne firent quant à eux jamais figurer dans la filmographie de leurs débuts leur contribution au film Parasite. Il ne tournera cependant jamais dans un autre film de science-fiction.



Steve McQueen incarnant Steve Andrews, un adolescent qui peine à convaincre la police de la réalité d'un péril extraterrestre sous la forme d'une masse phagocytant les habitants.

Chaque année à la Blobfest de Phoenixville, les participants rejouent avec bonne humeur la scène du film dans laquelle les spectateurs d'un cinéma fuient le monstre informe qui a investi la salle (ci-dessus) ; les figurants figurants d’origine affichaient déjà une franche hilarité, peut-être après avoir appris le montant de leur rétribution.

Le film connaîtra un curieux remake semi-parodique en 1972, Attention au Blob ! (Beware the Blob!), seule réalisation de Larry Hagman mondialement connu pour son rôle de J.R. Ewing dans la série Dallas, dans lequel un échantillon de la créature est ramené du Pôle Nord où on l’avait enfouie pour que la glace la paralyse définitivement, puis d’un second plus sérieux en 1988, The Blob de Chuck Russell, avec un monstre polymorphe créé par Lyle Conway (Dreamchild, le remake de La petite boutique des horreurs) et d’époustouflants maquillages de Tony Gardner. Dans celui-là, la créature est moins une forme de vie venue de l’espace qu’une arme biologique développée par l’armée, relâchée accidentellement sur Terre après l’accident du satellite dans lequel elle était placée, prémisse identique à celle de L’invasion des cocons (Deep Space) de Fred Olen Ray sorti quelques mois plus tôt.

La dévotion de Wes Shank à l’égard de Danger Planétaire et de sa vraie "vedette" n’a jamais faibli. Il avait déclaré que la chose la plus effrayante au sujet de celle-là était qu’elle lui survivrait. Pour nous, le souvenir du "Gardien du Blob" lui restera à jamais associé.




lundi 1 octobre 2018

ON SE FAIT UNE "PETITE" TOILE



     Un épisode particulièrement terrifiant de la série Aux frontières du réel (The X-Files), Quand vient la nuit (Darkness fallls), mettait aux prises les détectives du FBI en charge des affaires insolites avec des acariens ramenés à la vie par la coupe d’un très vieil arbre, ces animaux minuscules étant capables de soulever les humains pour les monter dans les arbres par l’addition de leur force, dans le dessein de les emprisonner dans un cocon avant de les dévorer.



Les agents Mulder et Scully à la recherche des invisibles tueurs emprisonnant leurs victimes dans un cocon dans l'épisode Quand vient la nuit.

      Les acariens ne tissent cependant pas de toiles, à la différence de leurs lointains parents les araignées. Celles-ci se nourrissent essentiellement d’insectes, aussi, il est fort peu probable que l’on retrouve un être humain ainsi vidé de son sang dans une toile géante comme celle tissée par une araignée mutante contaminée par la radioactivité dans le film d’épouvante allemand Le mort dans le filet (Ein Toter hing in Nezt, en anglais Horrors of the Spider island), aussi connu sous le titre de L’Île du sadique. Les toiles peuvent cependant atteindre une taille impressionnante, lorsque des araignées s’associent comme les acariens de l’épisode d’Aux frontières du réel.


Le mort dans le filet du titre et l'arachnide mutant

    Une scène digne des films d’épouvante, comme le plan du final de L’Horrible invasion (Kingdom of the spiders) dans lequel des araignées investissent une petite ville suite à la disparition des insectes pour cause d’utilisation massive de pesticides, a néanmoins été observée à la fin de l’été sur la plage d’Aitoliko, dans l’Ouest de la Grèce, une gigantesque toile d’araignée s’y déployant sur plus de 300 mètres. L’étonnant réseau est en fait l’addition d’un grand nombre de toiles édifiées au même endroit par des individus du genre Tetragnatha, un type d’araignée notamment caractérisé par ses longues mandibules, dont le corps de la femelle mesure environ un centimètre. Selon certains chercheurs, ce serait l’affluence en cet endroit de moustiques, occasionné par la chaleur et l’humidité, qui aurait massivement attiré ces araignées, venues se nourrir et se reproduire.



William Shatner, bien loin des étoiles de Star Trek se confronte aux toiles de L’Horrible invasion.


 
La plage grecque couverte de toiles, et un représentant du genre Tetragnatha en dessous
     
     Un tel rassemblement ayant engendré une toile si spectaculaire a déjà été observé à plusieurs reprises au Texas, comme une toile s'étendant sur 100 mètres dans la banlieue de Rowlett sur la route de Dallas en octobre 2015, et en août 2017 dans le Parc d’état du Lac Tawakoni. Ce dernier rassemblement incluait des espèces d’araignées appartenant à trois familles différentes, les plus nombreuses étant là aussi des Tétragnathidés – les autres se répartissant entre Salticidés (la famille des araignées sauteuses) et Aranéidés (les grosses araignées du jardin comme l'épeire et l'argiope).



Toiles au Texas en 2015 et 2017

     Les toiles géantes ne sont pas toujours la simple juxtaposition d’individus se rassemblant pour profiter de l’abondance de la nourriture et répondre aux impératifs de la reproduction. Certaines constituent des communautés qu’on peut apparenter à de vraies colonies. Dans les années 1980, des arachnologues ont découvert que les toiles pouvant atteindre huit mètres d’envergure d’une araignée d’Amérique du sud, Anelosimus eximius, abritaient une large majorité de femelles, s’occupant en commun de la progéniture. La nouvelle génération grandit à l’abri des adultes qui participent à leur éducation et, dans les communautés qui tiennent le plus de colonies, les agressions entre individus et même à l’encontre de femelles étrangères de la même espèce sont pratiquement inexistantes. Dans ces véritables colonies, les individus synchronisent leurs mouvements pour tisser la toile de concert


 Une toile édifiée par une araignée coloniale, Anelosimus eximius (au dessous).

      Il est intéressant de rapporter ces communautés d’araignées aux insectes sociaux que sont d’une part les termites, représentant l’ordre des Isoptères, et d’autre part diverses lignées d’Hyménoptères sociaux se recrutant parmi les guêpes, abeilles, bourdons, frelons et fourmis. Aussi peu apparentés les uns aux autres que soient ces insectes, ils ont adopté un modèle commun, constitué de castes avec une femelle pondeuse et des individus asexués dévolus à différentes fonctions, notamment la collecte de nourritures (les ouvrières) et la défense de la collectivité (les soldats, avec un développement similaire des mandibules chez les termites et certaines fourmis). A leur différence, les araignées de différentes familles formant des colonies unissent des individus égaux, se partageant naturellement les tâches, représentant en quelque sorte une société égalitaire, qu’on pourrait dire utopique, tandis que les insectes sociaux sont organisés en sociétés hiérarchisées, dans lesquelles les individus n’ont guère d’existence propre, la plupart étant stériles et ayant vocation à se sacrifier pour protéger la colonie. Ainsi, ces deux modèles se sont déclinés un certain nombre de fois indépendamment dans l’histoire des animaux à pattes articulés, mais chacun demeurant semble-t-il propre à une classe d’Arthropodes pour des raisons qui mériteraient d’être précisées ; le cinéma, avec L'invasion des araignées géantes (The Giant spiders invasion) de Bill Rebane en 1975, et ses arachnides censés être extraterrestres, et Arachnophobia de Frank Marshall en 1990, demeure pour l'instant seul à suggérer l'existence d'une reine araignée qui commanderait à sa colonie. 

       Ces découvertes récentes ne pourront qu’enrichir encore l’ancienne fascination pour les Arthropodes s’attachant à retrouver dans leurs groupes sociaux des analogies avec les sociétés humaines, à l’instar de l’étude que Natacha Vas-Deyres a consacrée à l’image de la fourmi dans la fiction, dont le titre montre bien l’ambivalence du regard, Le monde des fourmis dans l’imaginaire de la science-fiction, entre l’utopie exogène et la dystopie phobique  dans l’ouvrage collectif (Bé)vues du futur :

(https://books.openedition.org/septentrion/16550?lang=fr)


Disparition  

Un producteur merveilleux :


       Les amateurs de mondes extraordinaires et de leurs créatures exubérantes auront une petite pensée pour le producteur Gary Kurtz, qui vient de s’éteindre le dimanche 23 septembre 2018 à North London en Angleterre des suites d’un cancer à l’âge de 78 ans. Ami de George Lucas qu’il avait rencontré à l’Université de Californie du Sud, dont il avait produit son American graffiti, il approuva son idée de réalisation d’un film de science-fiction dans la lignée de Flash Gordon, riche en rebondissements, La Guerre des étoiles. Il soutint le projet avec constance en dépit de la réticence des studios – la mise en image de l’univers visuel du film par le brillant peintre Ralph McQuarrie, à qui on a rendu hommage lors de sa disparition, sera finalement déterminante – qui verra le jour en 1977 et il y trouvera la possibilité d’y concrétiser son intérêt pour les religions au travers du développement du concept de la Force, cette énergie issue de la spiritualité qui évoque notamment le bouddhisme et dans une certaine mesure l’animisme. Gary Kurtz poursuivra l’aventure en 1980 avec L’Empire contre-attaque, second volet dans lequel la Force est réellement au cœur du film, à la fois au travers de son enseignement par le Maître jedi Yoda et par le conflit du héros Luke Skywalker (Mark Hamill) avec son père, Dark Vador (incarné par Dave Prowse, avec la voix de James Earl Jones), qui l’utilise de manière maléfique pour imposer son pouvoir ainsi que celui de son mentor l’Empereur, Maître jedi dévoyé.


Gary Kurtz en haut avec George Lucas, et en bas en sa compagnie sur le tournage de L'Empire contre-attaque dans la base souterraine de la Planète glacée Hoth aux côtés du réalisateur Irvin Kershner (à gauche sur la photo).

     Gary Kurtz ne suivra pas George Lucas sur le dernier film de la trilogie, Le retour du Jedi, sans doute lassé par les difficultés financières engendrées par les deux premiers films de la saga et visiblement peu emballé par l’aspect qu’il jugeait trop commercial de la conclusion ; s’il est vrai que les petits personnages pelucheux, les Ewoks, ont alimenté un fructueux merchandising, on peut néanmoins reconnaître que l’affrontement final entre Skywalker et Vador devant le cynique Empereur est aussi intense que celui clôturant L’Empire contre-attaque et que culmine à cette occasion la thématique de la Force écartelée entre le Bien et le Mal, avec l’Empereur (Ian mcDiarmid) en symétrique maléfique de Yoda.
      
       C’est en animant ce dernier personnage, créé par le maquilleur Stuart Freeborn, que Frank Oz, appelé sur le tournage à l'animer à la place de son ami Jim Henson non disponible, eut la certitude que le projet que concevait ce dernier, un film uniquement peuplé de marionnettes réalistes, était viable. Gary Kurtz se déclara partant et produisit ainsi ce film unique, reposant sur l’imagination très riche de l’illustrateur Brian Froud féru du monde celtique, The Dark Crystal, tourné sur des plateaux surélevés pour permettre à une foule parfois très dense de manipulateurs d’opérer hors-champ comme dans Le Muppet Show qui a assuré la renommée de Jim Henson.

Gary Kurtz en compagnie d'un Skeskès dans le château de The Dark Crystal.
 
   Gary Kurtz produira un dernier film dans le domaine avec Oz, un monde extraordinaire (Return to Oz) en 1985, adaptation d'une nouvelle aventure de Dorothy avec une tonalité beaucoup plus sombre que Le magicien d’Oz, et des personnages plus effrayants, notamment le Roi de Nome incarné par Nicol Williamson (Merlin l'Enchanteur dans Excalibur), un être minéral inquiétant.

    Le producteur, qui était apparu à l’écran dans le rôle du photographe dans Le parrain 2 en 1972 ne fera ensuite pratiquement plus parler de lui, mais les amateurs lui conserveront leur reconnaissance pour avoir permis à quelques-uns des grandes productions empreintes de féerie de voir le jour.


Hommages aux personnalités évoqués :
RalphMcQuarrie :
http://creatures-imagination.blogspot.com/2012/04/il-agence-lunivers-de-la-guerre-des.html
Stuart Freeborn :
http://creatures-imagination.blogspot.com/2013/02/the-thing-le-chef-duvre-mal-aime.html
Jim Henson :
http://creatures-imagination.blogspot.com/2010/05/le-maitre-des-marionnettes.html


jeudi 10 mai 2018

NOBLE A PLUS D'UN TITRE



                 La famille de Noble Craig a fait part de sa disparition, survenue le 26 avril 2018. L’homme n’était pas connu du grand public mais a incarné plusieurs créatures marquantes au cinéma, en mettant à profit sa tragique condition.

              Encore très jeune, il fait partie des Américains dont la vie fut broyée lors de l’intervention au Vietnam. Au cours de l’année 1969, après seulement douze jours de présence sur le front, il saute sur une mine enfouie et perd ses jambes, un bras et la vision de son œil droit.

          En 1973, il apparaît une première fois à l’écran dans le film Sssnake le cobra (Sssssss) de Bernard L. Kowalski, incarnant un phénomène présenté dans un cirque, lequel s’avère être le résultat d’une effroyable expérience perpétrée par un savant fou, le Docteur Carl Stoner (Strother Martin), herpétologiste qui transforme ses étudiants en cobra. Noble Craig représente un stade inachevé de l’expérience, et le nouvel assistant du scientifique, David Blake (Dirk Benedict, future vedette des séries télévisée L’Agence tous risques (The A-Team) etGalactica), ne réalise pas à temps qu’il est le nouveau cobaye de son mentor – on retrouvera d’ailleurs un sujet très similaire l’année suivante dans Mutations de Jack Cardiff, à ceci près que l’attraction foraine dans laquelle est présentée l’expérience ratée du Docteur Nolter (Donald Pleasence) sur une étudiante qu’il a tenté d’hybrider avec un végétal, là encore dans la finalité de créer une « humanité nouvelle » plus adaptée aux périls de l’avenir, comporte cette fois l’utilisation de phénomènes humains réels, comme dans The Sentinel, et aussi bien sûr précédemment dans La monstrueuse parade (Freaks) de Tod Browning, à ceci près que dans ce dernier, il leur a été rendu leur dignité par le cinéaste.



                Il faut attendre 1985 pour que le cinéma fasse de nouveau appel aux services de Noble Craig à l’occasion d’une séquence saisissante, quintessence de la grande époque des effets spéciaux, dans le film Poltergeist II de Brian Gibson, où il endosse le costume d’un stade de «la Créature du vomi». Dans la suite du film de Tobe Hooper supervisé par Spielberg, basé sur un scénario de Michael Grais et Mark Victor – dont la contribution au premier film n’avait alors pas été reconnue – l’âme damnée d’un pasteur diabolique (incarné avec courage par Julian Beck, rongé par un cancer fatal) s’incarne en un ver dans une bouteille de tequila qu’ingurgite Steve Freeling (Craig T. Nelson), qu’il tente de posséder, avant d’en ressortir et de se transformer en une créature terrifiante, passant par un stade d’allure fœtal aux côtes encore non refermées, processus détaillé par l’artiste suisse H.R. Giger célèbre pour son travail sur Alien, et auquel l’équipe de Steve Johnson a conféré toute son étrangeté organique. Le moment où l’être s’arrête quelques instants et que l’écran s’attarde sur son regard d’un autre monde est vraiment impressionnant. 


                Son apparition dans Les aventures de Jack Burton (Big trouble in little China) réalisé en 1986 par John Carpenter est plus incidente. Glissé dans la peau d’un saurien géant aux yeux rouges hypertrophiés et aux membres grêle, il surgit d’une canalisation pour menacer un bref instant la petite troupe de Jack Burton (Kurt Russell) partie en quête du repaire de Lo Pan (James Hong). 



             Avec le remake de The Blob réalisé en 1988 par Chuck Russell, Noble Craig revient à un personnage plus pathétique. Apparaissant à visage découvert, il incarne un soldat victime de l’arme biologique créée par l’armée, qui a dissout ses membres, avec lequel l’héroïne Meg Penny (Shawnee Smith) a un bref échange.  



               Il arbore ensuite brièvement les traits du croquemitaine revenu du monde des morts, Freddy Krueger, dans Freddy 5 - l'enfant du cauchemar (Elm Street 5 : the Dream Child), alors que l’effroyable personnage tente de posséder un enfant à naître, surgissant sur la poitrine d’Alice interprétée par Lisa Wilcox, Noble Craig était fixé sur elle grâce à des câbles. 



           Enfin, en 1989, dans la suite de ReanimatorBride of the Reanimator, réalisée par Brian Yuzna, il apparaît dans l’épilogue au milieu d’aberrations auxquelles Herbert West, l’expérimentateur pervers joué par Jeffrey Combs, a donné naissance en couplant des morceaux disparates de corps humains (jeu macabre qu’on retrouve aussi dans les films Frankenhooker de Frank Henenlotter l’année suivante et The Resurrected de Dan O’Bannon en 1990), étant affublé d’une poitrine féminine sur le dos et d’un pied à la place d’une main.

         Noble Craig ne fut cependant pas le seul disgracié auquel le cinéma eut recours pour incarner des personnages hors-normes à l’insu du spectateur, qu’on pense aux personnes de petite taille glissées dans la peau de E.T. L’Extraterrestre du film de Steven Spielberg en complément de versions mécaniques, à celle qui faisait bouger la queue de Jabba the Hutt dans Le retour du Jedi avant les tripatouillages infographiques demandés par George Lucas pour sa ressortie, aux trois culs-de-jattes qui ont donné vie aux drones de Silent Running de Douglas Trumbull, devenus les seuls compagnons de l’agronome désabusé interprété par Bruce Dern. De la même manière, Joe Carone qui perdit les deux membres supérieurs dans un accident industriel fut recruté pour doubler Richard Dysart, dont il arbore le masque dans la séquence de The Thing de John Carpenter au cours de laquelle le simulacre du corps de Norris arrache les bras du Docteur Copper alors qu’il lui applique un défibrillateur suite à un arrêt cardiaque.

          En dépit de son terrible sort, Noble Craig a témoigné d’une volonté de vivre qui force l’admiration, père attentionné de cinq enfants, conducteur émérite, s’adonnant à la réparation de tout véhicule à moteur, pratiquant le ski nautique, la plongée sous-marine, la natation dans l’océan, le chaut en parachute, il s’est efforcé de vivre plus intensément qu’un valide, donnant un exemple de volonté presque surhumain. Une cérémonie d’hommage au Cimetière commémoratif des anciens combattants du Nevada du sud a été rendu le 24 mai 2018 à cet estropié de guerre qui vécut debout jusqu’à la fin de son existence remarquable. 

(source de la photo personnelle : http://bloody-disgusting.com/news/3497462/r-p-creature-performer-noble-craig-unsung-horror-icon/)

dimanche 17 septembre 2017

UNE CARRIÈRE SOUS LE SIGNE DU MASSACRE


Après Wes Craven, puis tout récemment George Romero évoqué le mois dernier, c’est la troisième figure du cinéma américain spécifiquement associée à l’horreur, Tobe Hooper, qui vient de s’éteindre, le 26 août 2017, laissant seuls subsister les deux grands maîtres du cinéma fantastique récent, John Carpenter et David Cronenberg.

Le cinéaste américain né le 25 janvier 1943 à Austin, au Texas, restera principalement dans la mémoire collective comme le réalisateur d’un seul film, Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chain Saw Massacre), parfois classé à tort dans les films fantastiques, puisqu’il ne comporte aucun élément de nature surnaturelle. Il s’inspire au contraire lointainement d’un sinistre fait divers, le parcours d’un tueur en série de femmes nommé Ed Gein, qui se constitua un costume à partir de morceaux prélevés sur les corps de ses victimes, et on rapporte qu’il inspira aussi deux autres films célèbres, Psychose (Psycho) d’Alfred Hitchcock et, au travers de l’adaptation du roman de Thomas Harris, Le Silence des agneaux (The Silence of the lambs) de Jonathan Demme. Son intérêt pour le sinistre personnage avait été initiée par un médecin qui lui confia qu’étudiant, il s’était confectionné un masque d’Halloween à partir de la peau du visage d’un pensionnaire de la morgue. Il mit donc en scène en 1974 les exactions d’un groupe d’individus dégénérés, anciens ouvriers d’abattoir, qui décident d’appliquer leur savoir-faire de la découpe sur des congénères vivants, et dont l’un des membres surnommé "Leatherface" ("Face de cuir") revêt un masque fait de peau humaine. Le film fut interdit aux moins de 18 ans non pas en raison d’un contenu sanglant explicite, le film ne relevant pas du "gore" auquel on l’associe parfois, mais du caractère insoutenable sourdant des scènes de terreur. À l’occasion de la sortie d’un remake, les producteurs cultivèrent d’ailleurs le caractère scandaleux du film jusqu’à indiquer un peu fallacieusement sur l’affiche « tiré d’une histoire vraie », l’allégation que les cruautés sur lesquelles repose le spectacle étant censée le rendre encore plus excitant. Il est intéressant de relever qu’alors que certains metteurs en scène considérés comme "réactionnaires" se sont attachés à dépeindre, même s’ils n’en ont pas le monopole, la violence dans les grandes villes, comme Michael Winner dans sa série Le Justicier dans la Ville (The Vigilant) mettant en vedette Charles Bronson en supplétif d’une police impuissante ou George Pan Cosmatos dans Cobra, dans lequel Sylvester Stallone, préfigurant le personnage analogue qu’il interprétera dans Demolition Man de Marco Brambilla, incarne un policier qui affirme qu’il ne peut mettre hors d’état de nuire les pires criminels qui y font régner leur loi qu’en recourant à des méthodes radicales, des réalisateurs considérés comme « progressistes » ont au contraire choisi de représenter le monde rural comme le foyer du crime, où sévissent des êtres frustres, déculturés, issus de la consanguinité, dans la lignée de Délivrance de John Boorman, tels Tobe Hooper (avec aussi dans une certaine mesure Les Vampires de Salem) et Wes Craven avec des films comme La dernière maison sur la gauche (The Last House on the left) et son dyptique La colline a des yeux (Hills have eyes) et sa suite.

Le choc créé par le film incite le studio Universal, qui a fait signer au réalisateur et à son scénariste Kim Henkel un partenariat, à lui confier un projet ambitieux dont le producteur Ned Tannen vient d’acquérir les droits, une nouvelle adaptation, plus fidèle que La Chose d’un autre monde, de la novella de John Campbell, La Bête d’un autre monde (Who goes here?). Les deux hommes se consacrent au sujet pendant 18 mois, désireux d’appliquer la méthode éprouvée de Massacre à la tronçonneuse à l’histoire, en la faisant reposer sur des poursuites, des scènes spectaculaires dans la neige avec des avalanches, des explosions, et instaurant l’entité extraterrestre comme une bête puissante et féroce à la manière du cachalot de Moby Dick auquel doit se mesurer le héros. Leur traitement n’emporte finalement pas l’adhésion, et le producteur Stuart Cohen indiquera des années plus tard que la version des deux hommes s’éloignait vraiment trop pour lui du texte originel qu’avec son partenaire David Foster ils souhaitaient voir transposé à l’écran. Le réalisateur et le scénariste se montrent pour leur part peu empressés à reprendre leur travail, estimant y avoir consacré suffisamment de leur temps. Les parties se séparent d’un commun accord.

Les films suivants de Tobe Hooper se situent dans la même veine de l’atroce avec Le crocodile de la mort (Eaten Alive) en 1977, dans lequel un aubergiste sadique livre ses clients à un crocodile vivant dans sa cave, réunissant une partie de la distribution du film qui l’a fait connaître, et Massacre dans le train fantôme (The Funhouse), en 1981, pour Universal. Il a aussi l’occasion d’adapter pour la télévision sous forme d’une mini-série de deux épisodes totalisant une durée de trois heures Les Vampires de Salem (Salem’s Lot) de Stephen King, dans lequel Ben Mears interprété par David Soul (célèbre pour son personnage de policier de la série Starsky et Hutch) revenu dans le village de son enfance avec son fils, découvre qu’un antiquaire, Straker (James Mason), établi dans la vieille demeure Marsten, y a fait venir dans son cercueil un vampire, Barlow (dont l’apparence à la peau fine et bleutée, créée par le maquilleur qui œuvra aussi sur Chromosome 3 (The Brood) de David Cronenberg, s’apparente à celle de son homologue du remake de Nosferatu réalisé la même année par Werner Herzog). Le personnage maléfique ne tarde pas à convertir les habitants en ses affidés, capables de léviter, et Ben est contraint de planter un pieu dans le cœur de sa bien-aimée interprétée par Bonnie Bedelia. L’œuvre, qui pâtit peut-être d’une durée un peu trop longue, a été raccourcie pour être remontée sous forme de film pour le grand écran.







La demeure des Vampires de Salem, son propriétaire qui commence par inquiéter Ben Mars, son terrifiant locataire et un de ses affidés interprété par Geoffroy Lewis.

        C’est par contre pour le cinéma qu’il réalise une autre œuvre d’épouvante faisant appel au surnaturel, Poltergeist (1982), sous l’égide du producteur Steven Spielberg. Deux scénaristes, Michael Grais  et Mark Victor, accusent ce dernier de les avoir spoliés d’un scénario qu’ils lui avaient envoyé, comportant notamment la séquence dans laquelle un arbre soudain possédé enlève le jeune fils de la famille au travers de la fenêtre ; on peut supposer qu’ils ont pu avoir en partie gain de cause puisque, s’ils ne furent pas crédités, c’est à eux qu’il fut fait appel pour l’écriture de la suite, Poltergeist 2 : The Other side. Le film qui raconte les épreuves de la famille Freeling en proie aux attaques de forces occultes maléfiques, culminant lorsque la mère (Jobeth Williams) arrache sa petite fille Carol Ann (Heaher O’Rourke) d’un conduit organique menant vers l’au-delà, connut le succès, mais les critiques spéculèrent sur la part réelle du travail de Tobe Hooper, étant enclins à penser que Steven Spielberg avait en réalité largement supervisé le film, ou estimant plus précisément que ce dernier avait traité la vie de cette famille confrontée à des évènements extraordinaires avec la même patte que celle dont il avait fait preuve avec E.T. L’extraterrestre, déléguant au réalisateur officiel de diriger essentiellement les scènes plus horrifiques. La scène la plus crue, dans laquelle un enquêteur du surnaturel se voit s’arracher lui-même la peau de son visage dans le reflet d’une glace, est cependant une contribution du maquilleur Michael McCracken au scénario, qui l’a proposée pour faire suite à une séquence dans laquelle un beefsteak est ravagé par des asticots – celui-là devait initialement se muer en une masse informe inspirée d’un globule blanc, mais Spielberg a estimé que cette transformation pourrait déconcerter le spectateur. Plus macabre encore, des squelettes humains furent importés d’Inde pour la séquence dans la piscine dans laquelle les morts du cimetière amérindien surgissent pour se saisir de la mère de famille au cours de la tempête.


tournage de la scène du spectre dans Poltergeist.

Le père de famille de Poltergeist éprouve les liens de la famille et prend un coup de pied occulte en découvrant la monstrueuse apparition qui se tient derrière la porte.

Le passage très organique qui s'ouvre dans la chambre de Carl-Ann pour l'aspirer dans l'autre monde.

Tobe Hopper a porté à l’écran en 1985 le roman de Colin Wilson Les vampires de l’espace sous le titre de Lifeforce. Le début du film est assez mystérieux avec l’exploration d’un gigantesque et étrange vaisseau spatial, puis le retour sur Terre de la navette spatiale Churchill remplie des cadavres de l’équipage. Les extraterrestres vident leurs victimes de leur énergie vitale et de leur essence spirituelle, et Londres est bientôt ravagée par des hordes de morts-vivants sans âme. Les créatures, qui reviennent périodiquement avec la comète de Halley, ont donné naissance à la légende des vampires. Le seul astronaute survivant, Carlson (Steve Railsback) est obsédé par l’un des vampires qui a pris l’apparence de la femme de ses rêves (Mathilda May). Dans l’épilogue, il fera échec, pour cette fois, aux envahisseurs, s’accouplant avec sa partenaire idéale dans un abandon mutuel tout en la mettant à mort avec une épée le transperçant conjointement dans une symbolique morbide de l’orgasme. Lifeforce paraît de prime abord bien hétéroclite, mais une seconde vision permet d’apprécier toute sa richesse thématique, alliant l’effroi de la révélation de l’existence d’êtres cosmiques auprès desquels l’homme n’est qu’une créature pitoyable et totalement sans défense, le vertige métaphysique, avec la colonne bleutée des âmes s’élevant vers le ciel jusqu’au vaisseau des vampires qui s’en repaissent au-dessus d’une ville livrée à la destruction, et la peinture intimiste du tourment incoercible qui s’est emparé de l’esprit de Carlson et dont la musique d’Henry Mancini traduit fort bien la progression.





L'exploration de l'inquiétant vaisseau de Lifeforce, et ses occupants en animation suspendue, qui ne sont humains qu'en apparence, et auxquels Carlson tente de faire échec en affrontant au plus près l'ennemi intime.

L’invasion vient de Mars (Invaders from Mars) réalisé l'année suivante est le remake des Envahisseurs de la planète rouge de William Cameron Menzies. Le jeune David Gardner (Hunter Carson) a vu atterrir une soucoupe volante, mais personne ne le croit, et bientôt son entourage lui paraît étranger. Les Martiens, qui ont installé leur société sous la surface de la planète rouge, ont implanté dans la nuque de leurs victimes une sonde électronique qui contrôle leurs pensées et leurs actes, en faisant de parfaits esclaves. Le film n'est pas totalement exempt de défauts : L'invasion vient de Mars comporte parfois quelques longueurs et les éclairages outranciers et multicolores du repère extraterrestre rappellent davantage ceux d'une discothèque qu'ils ne suscitent l'étrangeté. Pourtant le film ne manque pas de moments forts ; lorsque David Garner voit partir sa mère en sachant qu’elle ne reviendra pas avec la même personnalité, lorsqu’il se retrouve face à ses parents qui complotent contre lui pour le livrer aux envahisseurs, ou que son institutrice autoritaire jouée par Louise Fletcher, qui avale des grenouilles vivantes, le rattrape par surprise, on ne peut réprimer un frisson. De plus, les extraterrestres créés par l’équipe de Stan Winston ont beaucoup d’allure : l’Intelligence martienne au cerveau hypertrophié est particulièrement inquiétante, tandis que les troupes sur lesquelles elles règnent partagent le spectateur entre le rire et l’effroi ; ces dernières ont été animées par un animateur de petite taille attaché à l'envers sur un interprète très grand, le premier faisant mouvoir les petits membres en forme de pince tandis que le second assurait le mouvement du monstre. L’amateur de créatures pourrait être tenté de dire que ces êtres monstrueux à la texture très organique justifient presque à eux seuls l’existence de ce remake.

 Tobe Hooper face à un des menaçants guerriers de L'Invasion vient de Mars.

Le professeur de sciences naturelles a intérêt très particulier pour les grenouilles.

Les deux films de science-fiction de Tobe Hooper produits par la société Cannon fondée par les cousins Menahem Golan et Yoran Globus n’ont pas été épargnés par les critiques, qui ont considéré que le réalisateur avait perdu sa capacité à terrifier le spectateur. Le cinéaste revient à ce qui a fondé sa notoriété, en réalisant en 1986, toujours pour la Cannon, une suite à Massacre à la tronçonneuse, dans lequel il fait tourner son quasi homophone Dennis Hopper, puis signera en 2000 Crocodile dans lequel sévit un nouveau reptile affamé. Cependant, à la différence de Wes Craven qui parvint à renouer avec le succès avec Scream, Tobe Hooper demeurera un metteur en scène révéré principalement pour ses tous premiers films, plus particulièrement Massacre à la tronçonneuse. La critique se montre plutôt peu convaincue par ses films de la décennie suivante, comme Spontaneous combustion en 1990, qui s’intéresse comme son titre l’indique aux cas inexpliqués de cadavres retrouvés partiellement calcinés sans explication apparemment compatible avec les lois de la thermodynamique, ici connectés aux radiations nucléaires, dans lequel le réalisateur interprète un technicien de radio qui se consume devant la caméra, ou The Mangler en 1995 dans lequel l’interprète du croquemitaine de la série de film initiés par Les Griffes de la nuit, Robert Englund, immole des victimes à la presse d’une blanchisserie sous influence démoniaque. Il tourne à l’occasion quelque épisode de diverses séries fantastiques, contribuant ainsi aux Contes de la Crypte (Tales from The Crypt), à Amazing stories, Freddy’s Nightmares), met en scène le pilote en deux épisodes de la série Dark Skies : l'impossible vérité, réalise la séquence Oeil pour œil avec l’acteur Mark Hamill recevant les visions de meurtre du criminel à qui ont a greffé un œil dans le téléfilm à sketch de John Carpenter Petits cauchemars avant la nuit (Body Bags) en 1993 avant d’être sollicité au même titre que ses autres collègues fameux pour l’anthologie télévisuelle en 2005-2006 Masters of Horror. Alors qu’il vient de disparaître, la presse rend hommage à celui qui n’aura pratiquement été pour elle que le réalisateur de son premier film, comme si sa carrière honorable s’était achevée dans les années 1970.



J.T. Walsh, prématurément disparu, incarne l'inquiétant responsable des services secrets Frank Bach (en haut), combattant l'invasion de parasites extraterrestres, les "ganglions" qui infiltrent l'humanité comme dans Marionnettes humaines de Robert Heinlein, dans Dark Skies : l'impossible vérité, dont Tobe Hooper a lancé la série en filmant le long épisode initial qui pose les bases de l'intrigue.



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Un écrivain britannique renommé de science-fiction Brian Aldiss, a quant à lui disparu le 19 août 2017 à l’âge de 92 ans. Il était un des plus célèbres représentants du courant de la science-fiction anglaise ayant émergé dans les années 1960 sous le nom de « Nouvelle vague » avec Jim Ballard et John Brunner, et a abordé nombre de thèmes au travers de ses créations. Parmi ses romans les plus connus figurent Croisière sans escale (Non-stop) en 1959, sur le monde en réduction qui se constitue dans un vaisseau spatial interstellaire, Le monde vert (Hothouse : The long afternoon on Earth) en 1961, dans lequel le réchauffement climatique a stimulé la croissance des végétaux et en conséquence poussé les insectes à devenir gigantesque, de telle sorte que les humains font figures de lilliputiens dans cette jungle démesurée, et le cycle volumineux d’Helliconia, dans lequel des Terriens rapportent leurs observations des querelles monarchiques chez des extraterrestres humains vivant parmi des bisons humanoïdes sur une planète soumise à de très longues saisons, dont on peut s’autoriser à dire en dépit de la très bonne critique qu’il a obtenu, que l’intérêt n’est pas nécessairement corrélé au nombre de pages. Il avait aussi écrit un certain nombre de nouvelles, dont certaines peuvent parfois sembler obscures, et s’adonnait aussi à la peinture moderne.

Il a décrit à l’occasion des créatures imaginaires, comme l'envahisseur de nature végétale de sa novella L’Arbre à salive, et les Nuls, extraterrestres à la symétrie triradiaire qui dominent la Terre dans L’Interprète (The Intrepreter), roman inspiré des relations coloniales qu’il a eu à connaître quand il était conscrit dans l’armée britannique en Birmanie.

Brian Aldiss a été adapté deux fois au cinéma, par Roger Corman pour sa dernière réalisation, avec Frankenstein Unbound, dans lequel une arme du futur propulse un scientifique dans le passé, l’amenant à rencontrer le Docteur Frankenstein et à prendre conscience de sa propre irresponsabilité, et Supertoys, projet de Kubrick mené à terme par Steven Spielberg sous le titre A.I. Intelligence artificielle, sur la solitude éprouvée par un androïde conçu à l’image d’un garçonnet pour servir de complément aux couples en mal d’enfant.

Il était aussi un anthologiste qui estimait avec raison que le roman Frankenstein de Mary Shelley signait le point d’origine de la science-fiction, en faisant pour la première fois reposer sur un cadre conjecturel rationnel les éléments fantastiques.


"L'Arbre à salive", le monstre du court roman inspiré de La Guerre des Mondes d'H.G. Wells.

 Le Wutra, le ver géant de la célèbre trilogie Helliconia.

 Les "Nuls" dans L'interprète qui régissent la Terre du futur, vus respectivement par un illustrateur américain et français.

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              L'acteur Harry Dean Stanton est décédé à l'âge de 91 ans le 15 septembre 2017.  Il était apparu dans de nombreux films comme New-York 1997 (Escape from New-York) et Christine dans lequel il incarnait un détective, tous deux mis en scène par John Carpenter, avait figuré dans une autre adaptation d'après Stephen King, La Ligne verte (The Green Mile), et avait été dirigé par David Lynch dans son adaptation cinématographique de sa série Twin Peaks et dans sa mélancolique Une Histoire vraie (The straight story). Pour les amateurs de créatures, il restera aussi la première victime du monstre adulte d'Alien de Ridley Scott, saisi et dévoré sous le regard du chat qui par son indocilité avait causé la mort du technicien de l'espace taciturne.