jeudi 15 octobre 2009

LA "PEOPLISATION" DU MONDE VIVANT

Un Lichen quelconque, sans "personnalité" ? Pas vraiment... Auparavant, seules les effigies de présidents américains sculptées dans la pierre au mont Rushmore pouvaient induire un rapprochement entre le responsable suprême de l'exécutif américain et un Lichen, susceptible de coloniser les fameuses statues à leur image, jusqu'à ce que, très récemment, un chercheur décide de conférer à l'une de ces modestes formes de vie le nom du détenteur actuel du titre, au lendemain de son élection. Yes, he did !

UNE NOMENCLATURE DE PLUS EN PLUS BOUSCULÉE

L'attribution toute récente du Prix Nobel de la paix au nouveau président américain au nom de ses "bonnes intentions" - ce que l'intéressé a estimé, non sans raison, comme prématuré - rappelle ainsi que dès son élection, un spécialiste des Cryptogames tout aussi empressé avait baptisé une nouvelle espèce de Lichen du nom du nouveau maître de Washington, Caloplaca obamae, "au nom du soutien" supposé de celui-ci à la science, ce qui ne peut effectivement pas nuire lorsqu'on requiert des crédits publiques pour financer sa recherche.

Et cependant, il semblerait que le procédé ait déjà été usité, puisque son prédécesseur, George BUSH junior, dont l'intérêt pour la préservation du monde vivant n'était pas plus frappant que celui de son devancier Bill CLINTON ( lequel avait tout autant refusé de ratifier la Convention sur les espèces menacées ), avait eu également l'honneur de voir son patronyme accolé à celui d'une nouvelle espèce de Scarabée, de même que Donald RUMSFELD et Dick CHENEY, l'ancien vice-président dont la passion pour les sciences naturelles est circonscrite à la géologie prospectant les hydrocarbures...

Cette obséquiosité n'est pas la seule dérive que l'on observe au sein de la nomenclature, destinée à attribuer un nom scientifique aux dernières espèces vivantes découvertes.

Le show-business fait en effet une irruption croissante dans la taxonomie. Déjà, un célèbre Australopithèque de sexe féminin avait été surnommé Lucy parce que les paléontologues écoutaient en boucle cette chanson des Beatles lorsqu'ils mirent à jour les restes de ce pré-hominien dans la savane africaine.

Depuis quelques années, les noms scientifiques formés à partir de patronymes d'artistes de variété se multiplient. Le procédé pourrait être éventuellement admis lorsque les vedettes versent une somme importante pour soutenir des programmes de recherche, comme cela se pratiquait parfois dans les siècles précédents pour remercier les mécènes qui avaient financé d'importants chantiers de fouilles, en particulier ceux visant à découvrir des squelettes de Dinosaures en Amérique du Nord; ainsi, le Diplodocus carnegii, nommé d'après Andrew CARNEGIE, qui a financé notamment des institutions culturelles ( ci-dessous ).

Un Lapin s'est ainsi vu attribuer le nom du fondateur de Playboy en reconnaissance du financement accordé par le groupe à la protection de ces animaux emblématiques de la marque. Le sympathique acteur John CLEESE des Monty Python ( par ailleurs interprète d'un scientifique dans le FRANKENSTEIN de Kenneth BRANAGH ) qui, depuis sa désopilante comédie sur les difficultés financières d'un parc zoologique ( CRÉATURES FÉROCES ), s'investit avec constance pour la protection des Lémuriens, s'est vu justement remercié, par la formation à partir de son patronyme du nom d'une de ces espèces au pelage laineux.

Un exemple de nom de célébrité donné à bon escient à une nouvelle espèce : le Lémurien Avahi cleesei nommé d'après le comique John CLEESE, qui soutient la fondation protégeant les Lémuriens : http://www.savethelemur.org/
L'argent rapporté par la première du film CREATURES FEROCES ( les deux photos du haut ) a été grâce à son initiative reversé à la fondation.

C'est bien légitimement qu'un Dinosaure a reçu un nom formé à partir de celui de Michael CRICHTON , écrivain qui a largement contribué au regain d'intérêt du public au sujet des Dinosaures au travers de sa trilogie JURASSIC PARK, adaptée au cinéma ( Créatures et imagination lui avait rendu hommage à l'annonce de sa disparition en novembre 2008 ): ci-dessus, squelette du Crichtonsaurus, Dinosaure cuirassé, et sa reconstitution. Il est probable qu'une nouvelle espèce de Fourmi recevra un jour un nom en rapport avec Bernard WERBER, auteur de plusieurs romans popularisant leurs mœurs. D'autres noms basés sur des célébrités paraissent en revanche plus contestables.

C'est également un appel au mécénat qui a conduit une institution, the Australian Marine Conservation Society, à offrir au meilleur enchérisseur qui se manifesterait sur le site Ebay le droit de donner l'appellation de son choix à cette nouvelle espèce de crevette du genre Lebbeus aux étranges coloris (ci-dessous).



DES CHANTEURS PRÉFÉRÉS AUX NATURALISTES MÉRITANTS ?

Mais bien souvent, des espèces nouvelles se voient attribuer des noms de chanteurs principalement en raison de leur notoriété. Ainsi, un nouveau genre de Pogonophore, animal vermiforme tubicole sans tube digestif, à la position systématique quelque peu contestée, a reçu le nom du chanteur Bob MARLEY : cette discrète créature des profondeurs à la teinte écarlate, Bobmarleya, est ainsi malgré elle chargée de propager la mémoire d'un promoteur de la toxicomanie "douce" et de l'inventeur d'une musique préfigurant la "techno"- on pourrait malgré tout supputer une intention ludique à travers une vague analogie entre le paquet de tentacules de l'animal et les tresses "rasta" du chanteur jamaïquain. Si le Dinosaure Cryolophosaurus a été surnommé "Elvisaurus" en raison de sa crête, assimilée à la coiffure "en banane" du chanteur Elvis PRESLEY, un Dinosaure a réellement été baptisé du nom d'un autre "rocker" appelé Mark KNOPFLER, dont la musique de sa chanson la plus populaire n'aurait pourtant pas de quoi réveiller un Brontosaure ( ou plutôt en l'occurrence un Masiakasaurus ) endormi. Récemment, une Mygale ( grosse Araignée velue ) fouisseuse a reçu comme nom d'espèce celui d'un rocker canadien du nom de Neil YOUNG. Une espèce de Trilobite a hérité du patronyme du Beatle Paul McCARTNEY tandis que le chanteur Freddie MERCURY a inspiré le nom d'une espèce de Crustacé isopode ( parent du Cloporte ) ainsi que celle d''un Insecte. Diverses créatures brillent ainsi des feux un peu artificiels et quelque peu éphémères du show business, comme si les sciences naturelles voulaient pasticher le Hollywood Boulevard. Un autre nom de genre a été directement emprunté à un artiste de variété, un Poisson de la famille des Gobiidés ayant été baptisé Zappa en référence à un guitariste célèbre; le nom d'espèce d'une Méduse a aussi été forgé sur son patronyme, son découvreur ayant utilisé ce procédé comme biais pour rencontrer le musicien... ( ajoutons pour faire bonne mesure qu'une Araignée a également été gratifiée de son nom en raison d'une ressemblance entre les moustaches de la vedette et le dessin de la marque qu'elle présente sur son abdomen ).

Si les paléontologues se sont contentés de surnommer "Elvisaurus" ce Dinosaure carnivore à la crête un peu incongrue, d'autres géants du mésozoïque ont réellement reçu une dénomination inspirée de "stars du rock" !

Bobmarleya n'est pas l'épouse d'un chanteur jamaïquain, mais un animal vermiforme de l'embranchement des Pogonophores.


Si le nom d'espèce de ce Crustacé, Cirolana mercuryi, fait référence au chanteur du group Queen, Freddy MERCURY, celà ne se rapporte guère à la contribution de ce dernier à la zoologie...

Nous sommes loin de l'image un peu stéréotypée, mais aussi glorieuse, du chercheur totalement absorbé par ses recherches au point d'être un peu en retrait de la réalité quotidienne. On éprouve quelque difficulté à s'imaginer les célèbres naturalistes de l'ancien temps, de Georges CUVIER à Théodore MONOD en passant par Jean-Henri FABRE, l'œil rivé au "top 50" afin de savoir quel nom de chanteur à la mode conférerait le plus de faste à leur découverte - en attendant peut-être de célébrer de nouveaux sportifs ( il y'a quelques précédents ) ou encore les tristes "héros" de la "télé réalité" - même si le lectorat concerné se limite aux quelques abonnés d'une publication à l'accès souvent restreint aux seuls membres dûment enregistrés des institutions de recherche.

On pourrait presque en sourire si tant de naturalistes méritants et dévoués ne demeuraient pas dans une ignorance proche du mépris de la part des institutionnels ( ce qui d'ailleurs n'incite plus les amateurs de fossiles à faire part de leurs découvertes importantes aux musées comme par le passé et à contribuer ainsi à l'avancée des connaissances ), alors que la désignation d'espèces en leur honneur serait l'occasion de leur accorder un peu de reconnaissance.

L'apport de certains amateurs est pourtant parfois considérable : on connaît l'exemple de Gaël de PLOËG, ce jeune Français qui, à la manière du prologue du film JURASSIC PARK tiré du roman de Michael CRICHTON, a découvert en 1996, en étudiant de vieux ouvrages de géologie, un site exceptionnel dans le département de l'Oise, contenant 20 000 Insectes conservés dans l'ambre, représentant environ 300 espèces, dont une Mante religieuse présentant certains caractères rappelant les Blattes, confirmation que les ordre des Blattoptères et des Mantoptères sont bien apparentés, comme celà était supposé jusque là; des entomologistes du muséum de Paris se forgèrent une belle notoriété dans leur discipline en publiant des articles sur ces découvertes inespérées, ces reliques parfaitement préservées, tandis que le jeune chômeur les approvisionnait chaque samedi en matériau en prenant le train à ses frais - l'aumône, pour une durée limitée, d'un "emploi-jeune", en tant que guide pour scolaires au sein de l'établissement, lui fut finalement accordée tardivement, avant, quand même, d'être intégré à une équipe de chercheurs après ces années d'incertitude et de précarité et que, exception suffisamment rare pour être mentionnée, une Tortue fossile découverte sur le site dont il est l'inventeur porte son nom depuis 2006.

Un des Insectes conservés dans l'ambre d'un site du département de l'Oise en France découvert par Gaël de PLOËG; en dessous, cette Tortue fossile, Merovemys ploegi, représentée par Alain BÉNÉTEAU, a été nommée d'après le jeune homme, cas rarissime de naturaliste amateur finalement reconnu par les institutions.

Un autre amateur a cartographié en Amérique du sud l'aire de distribution d'une espèce de Singe en voie de disparition, le Tamarin lion, recensement qui a entraîné la mise en place d'une zone de protection ayant permis de sauver de l'extinction la petite créature au pelage roux ( ci-dessous ).

Il existe d'autres exemples célèbres d'amateurs dont on reconnut jadis les mérites, comme ce fut le cas pour Charles WALCOTT, paléontologue réputé à qui on doit notamment la découverte du fameux schiste de Burgess, après celle de nombre de Trilobites fossiles - un groupe prolifique d'animaux marins disparus à pattes articulées - qui n'eut jamais de diplôme universitaire, ce qui ne l'empêcha pas de devenir le président de la prestigieuse Smithonian Institution au début du XXème siècle. On a aussi déjà évoqué dans l'article sur "DARWIN et la controverse sur l'évolution" en février 2009, le Français Henri Marie DUCROTAY de BLAINVILLE, étudiant en musique à qui le paléontologiste et anatomiste renommé CUVIER a donné sa chance en le choisissant rapidement comme collaborateur attitré puis en en faisant son égal. Rappelons par ailleurs que l'Allemand WEGENER, qui a révolutionné la géologie en découvrant la dérive des continents, était un géographe, et a toujours pour cette raison enduré l'opprobre des pontes de la discipline - son alter-égo en biologie, DARWIN, était lui-même dans une situation universitaire assez peu établie lorsqu'il effectua ses grandes découvertes à la suite à son embarquement sur le Beagle.

Charles Doolittle WALCOTT, paléontologue américain autodidacte devenu un membre éminent de la communauté scientifique ( et un conseiller du philanthrope Andrew CARNAGIE déjà évoqué ). Un parcours pratiquement inenvisageable en France de nos jours, avec le manque d'ouverture d'esprit manifesté par l'establishment scientifique actuel. Les sciences naturelles auraient été privées d'un nombre important d'hommes de valeur si elles avaient recouru au recrutement fermé qu'elles pratiquent à présent de plus en plus. Si l'on veut sincèrement familiariser davantage le public avec les sciences, comme le besoin s'en fait grandement sentir, il conviendrait de rompre avec les pratiques de caste qui engendrent le conformisme et renforcent la coupure entre citoyens et institutions, dont les passionnés ont vocation à être les intermédiaires.

Ci-dessus, comme un certain nombre de fossiles de Burgess Shale, le curieux animal aux allures de larve de Crustacé, Marria walcotti, baptisé quatre ans après sa disparition, porte un nom d'espèce faisant référence au célèbre inventeur du site.

Nonobstant, ces exemples éclairants sont loin d'avoir fait école. Une véritable ségrégation persiste entre les chercheurs rémunérés, zoologistes professionnels nimbés du prestige de leur statut et bien peu désireux d'avoir le plus petit échange avec ceux qui ne sont pas de leur rang, et les passionnés œuvrant bénévolement, maintenus obstinément à l'écart de toute possibilité d'évolution de leur statut - comme en témoigne la fermeture d'autorité, en France il y'a une quinzaine d'années, de la section des sciences de l'évolution à l'Ecole pratique des hautes études, institution établie qui avait auparavant accueilli nombre de futurs scientifiques qui n'avaient pas transité par le "cursus officiel" et qui, par exemple, sont pourtant aujourd'hui, pour certains, des spécialistes reconnus des Coraux de l'Outre-mer, puisque l’Institut des récifs coralliens du Pacifique y a été créé par arrêté ministériel du 21 janvier 2009, intégrant les chercheurs en place; on pourrait aussi évoquer la véritable nature de certains concours nationaux dont le recrutement prétendument "ouvert" masque pauvrement la cooptation ; l'éloge de "la diversité" vantée par les pouvoirs publics ne vaut pas pour tout le monde...

Il se trouve pourtant quelques esprits libres pour contester la sélection basée exclusivement - particulièrement dans les pays francophones - sur les sciences exactes et les mathématiques, comme le grand paléontologue Stephen J. GOULD, et jusqu'au prix Nobel de physique Pierre-Gilles de GENNES qui estimait exagérée cette polarisation des sciences sur sa composante mathématique. Mais ils ne sont guère entendus et c'est peu dire que les médias ne mettent pas particulièrement en valeur cette position, tant et si bien que ni le quotidien "Le Monde" ni la radio "France info" n'y firent allusion suite au décès du premier, à la différence de d'autres précisions biographiques plus anecdotiques comme ses équipes sportives préférées...

Les naturalistes amateurs méconnus aux mérites avérés mériteraient au moins autant de considération, de la part de ceux qui ont eu l'opportunité de pouvoir faire de l'étude du monde vivant leur profession, que ceux qui se déhanchent sur une scène sur un rythme saccadé... S'il n'est pas interdit à un scientifique de se passionner pour le travail pour lequel il est payé, on peut être assuré que l'amateur qui investit de son temps sans aucune rémunération est, lui, nécessairement un passionné*.

AU TEMPS DES PIONNIERS

Dans le passé, depuis la création du standard binominal ( un nom de genre accolé à un nom d'espèce, tous deux en latin ) par le Suédois Karl Von LINNE, la dénomination d'un nouveau genre ou d'une nouvelle espèce correspondait à certaines règles.

Il arrivait certes qu'un naturaliste confère à sa trouvaille le prénom de son épouse, mais on pouvait y consentir au nom du soutien matériel que celle-ci lui apportait ( les génériques des films ne mentionnent-ils d'ailleurs pas tous les salariés assurant la maintenance et la logistique même s'ils n'ont pas pris part directement à l'œuvre cinématographique ) - et aussi comme hommage au sentiment et au dévouement, témoignage d'une époque révolue au cours de laquelle l'attachement entre deux personnes était plus durable que de nos jours.


D'autres noms ont été inspirés par la mythologie, de l'Hydre aux Gorgones.

Plus fréquemment, les nouvelles espèces portaient le nom de grands naturalistes que ceux-là avaient été les premiers à décrire, tels LAMARCK, OWEN ou PALLAS, ou bien parce que des confrères avaient voulu leur rendre hommage par ce biais.

On retrouve ainsi dans le nom d'espèce le patronyme de naturalistes célèbres, comme celui du scientifique et religieux italien Lazzaro SPALLANZANI, accolé au Spirographe, célèbre ver annelé tubicole de nos plages, ou celui du Français Felix DUJARDIN, découvreur des Kinorhynques, un petit groupe d'animaux marins microscopiques revêtus d'une cuirasse articulée, à travers leur espèce-type, Echinoderes dujardini, forme qu'il avait à l'époque considérée comme "intermédiaire entre les Crustacés et les Vers".

Le Spirographe de SPALLANZANI; en dessous, portrait du célèbre expérimentateur.


Felix DUJARDIN et le Kinorhynque Echinoderes dujardini (une vidéo en ligne permet de voir un Echinodère in vivo, créature discrète qu'on n'a guère de probabilité de voir dans les documentaires télévisés: http://www.youtube.com/watch?v=6adgt3wA9so )

Un certain nombre d'espèces portent le nom d'HUXLEY, en référence à Thomas HUXLEY, célèbre disciple de DARWIN, comme le petit Dinosaure pourvu d'une aile à chaque membre, Anchiornis huxleyi découvert tout récemment en Chine ; un genre de Mammifère ongulé disparu parent du Toxodon ( ce dernier a été évoqué dans l'article "DARWIN et la controverse sur l'évolution" ) est même désigné de manière transparente sous le nom générique de Thomashusleyia.

Décrit en 2009, un Lémurien fossile ( reconstitution ci-dessus ) a été nommé Darwinius en hommage au célèbre naturaliste anglais dont l'article de février 2009 a commémoré le 200 ème anniversaire ( en haut, célèbre caricature le représentant en Chimpanzé pour tourner en dérision la parenté entre l'Homme et les grands singes qu'il a été le premier à postuler, au grand effroi d'une partie de la bonne société anglaise ).

Quand à un autre naturaliste italien, spécialiste des parasites, Francisco REDI, son patronyme est devenu un nom commun, servant à désigner, sous le terme de "rédie", l'une des générations participant du cycle vital complexe de la Douve du foie. Il en va de même pour certains termes utilisés dans l'anatomie animale, qui sont suivis du patronyme de leur descripteur, comme en médecine.

Francisco REDI et le stade de développement asexué de la Douve du foie dénommé rédie en référence à ses travaux.

A l'inverse, on est en droit de se demander ce que des célébrités actuelles sans rapport avec la zoologie, tels que des chanteurs, ont apporté à la discipline.

Cette "peoplisation", cette trivialisation, comme dirait le philosophe Alain FINKIELKRAUT, n'est malheureusement pas le seul facteur qui contribue à dénaturer le latin scientifique permettant de nommer précisément les espèces.


D'AUTRES ÉCARTS D'AVEC LA TERMINOLOGIE SCIENTIFIQUE HABITUELLE

Alors qu'il avait été établi lors de conférences internationales fondatrices que les nouvelles espèces conserveraient définitivement le nom qui leur avait été attribué par ceux qui les avaient découvertes, la règle semble de plus en plus remise en cause, au point de brouiller les repères. La plupart des genres de "concombres de mer", des parents des Oursins au corps allongé, vivant dans les grandes profondeurs ont été rebaptisés assez récemment. Si certains animaux disparaissent, l'absence de certains autres d'internet s'explique simplement par le changement de nom... De même, la Douve du foie a vu son type éclaté en un nombre important de nouveaux genres. Seul un spécialiste des familles concernées peut encore s'y retrouver. Créer de nouveaux genres et de nouvelles espèces est naturellement bien légitime lorsqu'on peut établir qu'un type regroupe en fait plusieurs animaux auparavant confondus et qui doivent être distingués les uns des autres. Cependant, pourquoi ne pas conserver le nom établi pour celui qui est le mieux connu, en se contentant de créer de nouvelles appellations pour les formes apparentées qui s'avèrent présenter des caractères distincts ? Il arrive même quelquefois qu'un animal soit pourvu de plusieurs noms scientifiques; ainsi, le plus grand Mammifère de tous les temps, un énorme Rhinocéros sans corne, le Baluchitherium, d'après la province du Baluchistan où son fossile fut découvert, est également nommé Indricotherium, et le terme de Paracetherium a aussi été utilisé pour une description qui se rapporte très probablement au même animal : trois noms de genre pour le même animal est un record !

(illustration originale)

Pour compliquer la situation, beaucoup de nouveaux noms n'ont plus aucun rapport avec les racines gréco-latines de la systématique linnéenne. Ces dernières années, la Chine s'est distinguée par une intense activité scientifique, talonnée par le Japon. Les scientifiques chinois ont ainsi inventorié nombre de sites très intéressants, comme ceux de l'époque cambrienne, dans le Chengjiang, qui ont livré des espèces anciennes assez similaires à celles du célèbre schiste de Burgess Shale en Colombie britannique, ou ceux comportant une grande quantité de Dinosaures présentant un revêtement de plumes bien préservées. Certaines de ces espèces ont reçu un nom en rapport avec leur localisation géographique à consonance extrême-orientale, ce qui est habituel ( le Mosasaure signifie "Saurien de la Meuse", l'Iguanodon, un Dinosaure, également découvert en Belgique, dans une carrière de la commune de Bernissart, a été nommé Iguanodon bernissartensis ), mais les zoologistes de ces contrées désignent maintenant souvent leurs découvertes selon une terminologie comprise d'eux seuls, difficilement prononçable pour un Occidental, et aussi ardue à mémoriser qu'à orthographier.

Le "Serpent de mer de Maastricht", le Mosasaure - littéralement "lézard de la Meuse", faisant ici une terrifiante apparition dans le film de Kevin CONNOR, LE SIXIEME CONTINENT, adapté d'un roman d'Edgard Rice BURROUGHS : un nom scientifique classique, combinant racine gréco-latine et toponymie.

Le nom de ce Dinosaure parent du Brachiosaure, Qiaowanlong kangxii, a une signification poétique, mais seuls les zoologistes chinois qui lui ont attribué peuvent en comprendre la signification.

DE QUOI EN PERDRE SON LATIN ( SCIENTIFIQUE )


Il ne s'agit nullement de défendre ici un prétendu "impérialisme culturel occidental", même si les fondements des disciplines concernées ont été établis en Europe, mais de regretter la liberté prise avec les conventions internationales qui avaient été acceptées universellement et qui permettaient d'user d'un vocabulaire reconnu dans la totalité de la communauté scientifique, avec une étymologie qui puisse être largement comprise, au moment même où certains tentent de relancer l'espéranto, dans leur aspiration à proposer un langage commun à tous les citoyens de l'Union européenne. Même les enfants ignorant le latin connaissent le sens du mot Dinosaures ("terribles Sauriens"). On peut de la même manière retrouver bien des racines d'un groupe à l'autre. Le paresseux géant du Quaternaire s'appelle Megatherium, ce qui signifie tout simplement "grande bête"; Mouches et Moustiques sont des Diptères, pourvus de "deux ailes"; les Insectes, Arachnides et Crustacés appartiennent aux Arthropodes, littéralement "à pieds articulés", ce qui désigne les articulations externes de leurs pattes; Oursins et Etoiles de mer sont des Echinodermes, "à peau de Hérisson" en raison de leurs piquants; quant aux Acanthocéphales, des parasites intestinaux, le terme de "tête épineuse" fait allusion sans ambiguïté possible aux redoutables crochets qui ancrent ces animaux dans la muqueuse de leur hôte. Quelquefois, la connaissance de l'étymologie permet même de porter un regard critique sur certains choix un peu hasardeux; ainsi, un Batracien disparu dépourvu de pattes a été baptisé Ophiderpeton, ce qui signifie "Serpent qui rampe"; outre que l'animal n'est nullement un Serpent ( ce dernier appartenant à la classe des Reptiles ), l'expression paraît pour le moins pléonastique. L'exemple du Rhinocéros noir est plus connu, son nom Diceros bicornis signifie de manière redoublée "qui a deux cornes".

reconstitution d'Ophiderpeton, le "serpent qui rampe"

Aucun zoologiste ne peut connaître l'étymologie de toutes les langues du monde; dorénavant, les noms d'espèces deviennent obscurs, ce qui n'est pas un progrès pour la connaissance, sans parler de la vulgarisation.

Terminons ce constat sur la déperdition de l'étymologie scientifique, qui nous mène loin des idéaux des encyclopédistes, par un peu d'humour. Puisque les scientifiques actuels ne sont plus investis de la culture spécifique qui s'attachait à leur discipline et que, dorénavant, l'attribution de noms d'espèces obéit plus que jamais à la fantaisie, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? L'inventivité des découvreurs d'espèces risque avec de tels précédents de conduire à bien d'autres incongruités. Verrons-nous prochainement apparaître dans les classifications les plus sérieuses des systématiciens des "Johnnyhallidayi perceptorofugis" ( d'après un chanteur régulièrement exilé car faiblement disposé à l'égard du fisc ), des "Dickrivers ringardus","Joeystarro violento","Loftoloanna deprava" ( qu'on trouve occasionnellement dans les piscines où elle vient s'adonner à la copulation ) "Steevypederastus" ( espèce commensale du Ruquier ),"Dalida strabisma","Larafabiana hurlantissima", "Roccosiffredus megalubricus","Sammynaceris dangeriosus", "Sharonstona impudica" à la célèbre toison blonde abdominale? Et pourquoi pas encore des "Emmanuelli oculopilosi","Jacklangus semillantus","Rachidadata karlagerfeldae" aux ornements variés, "Bayroueuhius inutilis", "Rocardus fletrissus" ( dit "Petit gris" de CHARASSE - dixit ce dernier ),"Besancenotus** druckerophilis", espèce prompte à l'agitation, qui ne rechigne pas pour autant à se chauffer sous les projecteurs des grands studios télévisés, en attendant bien sûr le premier qui osera la surenchère avec un "Obama mirabilis" ("le merveilleux OBAMA" - pléonasme selon certains), annoncé par le dessin de PLANTU dans le quotidien français "Le Monde" montrant une Marianne plus qu'énamourée devant le nouveau président américain ?

D'AUTRES NOMS SCIENTIFIQUES PARTICULIERS

Des zoologistes facétieux bien qu'officiels se sont déjà amusés à attribuer des noms saugrenus, usant d'un latin scientifique qu'on dirait écrit par les humoristes Jean YANNE et Jacques MARTIN pour leurs sketchs sur la Rome antique, avec leur idiome volontairement approximatif. Un site francophone recense un grand nombre de ces noms qui, bien que saugrenus, semblent avoir été validés par la communauté scientifique internationale, comme le Mollusque bivalve Abra cadabra, le Boa fossile Montypythonoides bien connu de tous ceux qui s'intéressent aux Reptiles géants et dont la source d'inspiration est assez évidente, ou le Reptile volant Arthurdactylus conandoylensis, dont le nom de genre et le nom d'espèce se partagent le rôle de rendre hommage à l'auteur du MONDE PERDU, premier du nom, roman à la fin duquel le Professeur Challenger ramène en Angleterre un spécimen vivant de Ptérosaure découvert au Brésil comme le fossile. Plus tristement, le petit Perroquet des Marquises baptisé Vini vidici a disparu, comme nombre d'espèces d'Oiseaux à la suite de l'arrivée de l'homme sur les îles. Le site de Godzillius - appellation qui désigne d'ailleurs un représentant des Crustacés vivants les plus primitifs, les Rémipèdes récemment découverts, qui se sont vus attribuer les noms de monstres du cinéma japonais ( un Chélonien fossile porte quant à lui le nom d'espèce de "gamera" d'après une Tortue géante du cinéma nippon ) - est divertissant même pour les lecteurs étrangers à la discipline, en dépit de quelques approximations*** ;

http://www.procrastin.fr/blog/?2005/10/10/41-taxonomie


Le nom d'espèce de ce parent du Protoceratops ( dont la lignée engendrera le fameux Triceratops ), appelée Serendipaceratops arthurcclarkei, a été nommée d'après le célèbre écrivain de science-fiction passionné par l'espace, Arthur C. CLARKE. L'auteur de DRACULA a également donné lieu à un hommage n'ayant qu'un lointain rapport avec son œuvre, puisque le nom d'espèce inspiré de Bram STOKER n'a pas été donné à une Chauve-souris comme on aurait pu l'attendre, mais à une espèce d'un groupe d'Arachnide récemment découvert, les Schizomides.

Un second site, anglophone, recense d'autres noms scientifiques, en rapport avec le fantastique et la science-fiction : les amateurs de fantastique y apprendront avec plaisir qu'une espèce de Trilobite est nommée en l'honneur du grand écrivain américain LOVECRAFT, Calycoscutellum lovecrafti, en bonne compagnie puisqu'une espèce voisine, elle, fait référence au peintre espagnol surréaliste Salvador DALI ; si on considère le temps qu'il a fallu pour que LOVECRAFT entre dans le dictionnaire, on peut être convaincu qu'il s'agit bien d'une valeur sûre ( en plus d'un concepteur de divers monstres mémorables apparaissant dans ses nouvelles ). Les amateurs de TOLKIEN ne sont pas oubliés avec, entre autres, le Gollumjapyx, terme formé par l'addition du nom d'un personnage célèbre du cycle du SEIGNEUR DES ANNEAUX avec lequel il partage le mode de vie souterrain et le teint blafard, et de celui du Japyx, parent du nouveau venu, un Insecte primitif sans ailes, qui possède une pince terminale rappelant celle du "Perce-oreille"; une nouvelle preuve de rencontre entre créature réelle décrite par la science et être imaginaire, justifiant une nouvelle fois l'existence du présent site. Un Trilobite a quant à lui été nommé Han Solo, comme le héros de la trilogie de LA GUERRE DES ETOILES; le responsable a cependant allégué pour brouiller les pistes que l'animal portait le nom de l'ethnie qui vit en Chine là où le fossile a été trouvé et que le nom d'espèce signifie qu'elle est la seule de son genre; l'interprète du personnage, Harrison FORD, s'est lui-même vu dédier une espèce de Fourmi en remerciement de son investissement en faveur de la préservation de l'environnement****. Une espèce de Scarabée appartenant au même genre que celles qui portent les patronymes de BUSH, CHENEY et RUMSFELD a été nommée Agathidium vaderi car d'aspect luisant comme le costume du personnage de Dark Vador - Darth Vader dans la version originale, et un Acarien porte de manière encore plus transparente le nom générique de Darthvaderum : http://scifisoundtrack.com/30-real-animals-with-science-fiction-names-triviagasm


Tiens, ne serait-ce pas un Agathidium vaderi ?

Citons aussi le site anglophone le plus complet, même si sa présentation est plus austère et que tous les noms ne sont pas explicités; on se réjouira notamment d'apprendre qu'un genre de Crabe fossile a été dénommé Harryhausenia d'après le nom du grand créateur de monstres Ray HARRYHAUSEN - qu'on évoquera de nouveau incessamment - qui avait animé un Crustacé géant dans le film L'ILE MYSTERIEUSE de Cy ENFIELD :
http://www.curioustaxonomy.net/index.html.

Enfin, il faut prendre garde aux homonymies; un fossile assez célèbre de l'époque cambrienne a reçu en nom d'espèce le patronyme de KIERKEGAARD par admiration pour le philosophe danois, lequel ne doit pas être confondu avec son compatriote KIRKEGAARD, zoologiste décédé en 2006 qui avait notamment décrit les espèces de Pogonophores trouvés par la fameuse expédition Galathea au début des années 1950, et dont le nom a servi à baptiser plusieurs espèces de vers annelés.

(* On privilégie ici d'ordinaire bien davantage le règne animal si diversifié; pour rétablir un peu l'équilibre, et puisqu'on a inauguré l'article avec le "Lichen d'OBAMA", on indiquera ici bien volontiers le site d'un naturaliste amateur néo-zélandais, électricien de son métier, Clive SHIRLEY, qui a recensé et photographié avec une incroyable qualité la diversité cryptogamique des sous-bois de son pays, Mousses, Lichens et Champignons - et a fait paraître un ouvrage sur ces derniers. A voir pour la beauté des images de ce monde en miniature (exemple ci-dessous), même si l'on n'est pas spécialiste de la question : www.hiddenforest.co.nz/intro.htm ).

(** à ne pas confondre bien sûr avec le Besanosaurus représenté dans l'article de février 2009 !)

(*** on a déjà signalé qu'Elvisaurus est un surnom et non le nom scientifique officiel d'un Dinosaure, que Godzillius ( formé d'après Godzilla ) et les formes apparentées ne sont en rien des Crabes mais font parti des Rémipèdes, des Crustacés ancestraux ressemblant davantage à des "milles-pattes" marins, ou encore que Darthvaderum n'est pas un Papillon, mais un Acarien, ce qui devrait lui valoir beaucoup moins d'admirateurs... )

(**** on peut lire à ce sujet cette page: http://www.ourplanet.com/imgversn/142/french/ford.html)

mercredi 9 septembre 2009

RETOUR ANNONCE DE DEUX GRANDS MONSTRES

Contrairement au pilote extraterrestre, le film ALIEN ne s'est pas fossilisé dans l'esprit des cinéphiles.

On se souvient que Barry LEVINSON avait réalisé un film, LE SECRET DE LA GRANDE PYRAMIDE, imaginant la jeunesse de Sherlock Holmes, plutôt réussi et étonnamment sombre pour une œuvre en principe destinée au jeune public. Le personnage d'Indiana Jones s'était lui vu gratifié d'une série décrivant les jeunes années de l'archéologue aventurier. Georges LUCAS a conçu plus récemment une trilogie de LA GUERRE DES ETOILES antérieure à celle qu'il avait préalablement initiée, narrant le dévoiement de chevaliers Jedi au service de sombres desseins, et montrant comment ceux-ci avaient évolué pour devenir les personnages maléfiques de la première saga, laquelle chronologiquement devint donc la seconde.

Le défi que représente l'élaboration d'œuvres conçues comme le prologue de films connus, à plus forte raison quand il ne s'agit pas de sagas se prêtant à de multiples épisodes, est particulièrement ardu, car même en admettant que les films parviennent à se hisser à la hauteur des chefs-d'œuvres initiaux, ce qui n'est pas une entreprise aisée, il leur manquera néanmoins toujours la touche d'originalité de leur modèle. La meilleure solution, difficile à appliquer au concept d'une préquelle, est d'instiller une nouvelle perspective lorsqu'on décline un concept connu, comme avec ALIENS adoptant une perspective plus guerrière mettant l'action au premier plan, POLTERGEIST 2 se focalisant sur un personnage maléfique central et ses surprenantes métamorphoses, ou encore LA MOUCHE 2, reprenant des éléments délaissés du scénario car jugés alors accessoires, notamment les enjeux financiers de la téléportation pour la société technologique qui veut s'accaparer l'invention, en les combinant intelligemment avec le thème du fils de Brundle soumis aux aléas génétiques imputables à son géniteur.

A présent, le concept pourrait être appliqué à deux grands chefs d'œuvre du cinéma de science-fiction, sans doute les deux films majeurs narrant les agissements de formes de vie extraterrestres prédatrices, ALIEN de Ridley SCOTT et THE THING de John CARPENTER - même si pour le second nous avions été bien peu à l'époque, au milieu des critiques condescendantes, à l'identifier comme un chef-d'oeuvre et un futur classique; les deux font actuellement l'objet d'un projet décrivant la situation antérieure aux événements portés à l'écran ( bien qu'un premier projet pour THE THING avait d'abord été envisagé comme une suite et qu'il a même été question de remake ) ; il est vrai que celle-ci est déjà évoquée explicitement dans les deux œuvres.

La filiation entre les films originaux et les préquelles: Ridley SCOTT, réalisateur du premier ALIEN ( en haut ), devrait diriger le film qui va narrer les évènements antérieurs au classique de 1979; il faut espérer qu'il saura livrer un nouvel opus à la hauteur de l'oeuvre fondatrice, mais au moins peut-on supputer qu'il sera peu enclin à en trahir l'esprit. Stuart COHEN (en bas ), co-producteur de THE THING, avait été l'initiateur du projet d'adapter la nouvelle de John CAMPBELL en en préservant l'essence même à l'écran, et a aussi oeuvré avec constance pour que la réalisation en soit confiée à John CARPENTER qu'il supposait avec raison comme le directeur le plus approprié à la peinture de ce huis-clos horrifique; COHEN étant à nouveau aux manoeuvres, on peut là encore raisonnablement envisager qu'il va s'efforcer de renouveler le prodige du chef d'oeuvre de 1982.

Bien que cela n'ait guère été noté, le début des deux films s'inscrit dans un schéma similaire: les protagonistes découvrent que l'organisme terrifiant qui les attaque s'en ait pris auparavant à une autre expédition, à ceci près que cette dernière est extraterrestre dans ALIEN, mais la barrière de la langue ( aucun Américain de l'avant-poste 31 dans THE THING ne connaissant le norvégien ) empêche dans les deux cas que les futures victimes puissent être instruite par l'expérience malheureuse de leurs devanciers. Le procédé permet à la fois de révéler l'intrigue progressivement tout en lui conférant une touche de réalisme puisqu'il présente des faits qui se sont déjà déroulés et que le spectateur considère ainsi spontanément comme avérés.

Les épaves des vaisseaux extraterrestres de ALIEN (en haut) et THE THING (au-dessous)

La découverte des restes de l'expédition décimée dans ALIEN (haut) et THE THING (bas)

ALIEN et THE THING ont été produits à peu près en même temps; les difficultés des producteurs du second à s'accorder sur le traitement de l'histoire et finalement les hésitations du studio quant à la rentabilité du projet, jusqu'à ce que le succès d'ALIEN démontre qu'un film de monstre à gros budget pouvait rapporter des bénéfices, explique que THE THING ne soit sorti en salles que trois ans plus tard. Le scénario d'ALIEN était pour l'essentiel défini dès le début; il reposait sur une idée originale de Dan O'BANNON - même si on peut toujours trouver une filiation avec d'autres œuvres comme un petit film de monstre des années 1950, IT ! THE TERROR FROM BEYOND SPACE, et que le célèbre écrivain VAN VOGT entama une action en estimant qu'il s'inspirait de son roman LA FAUNE DE L'ESPACE, notamment les passages mettant en scène un extraterrestre du nom d'Ixtl. THE THING est par contre l'adaptation déclarée d'une nouvelle remarquable écrite en 1938 par John CAMPBELL - et dont seul le point de départ avait été conservé lors d'une première transcription à l'écran par Christian NIBY en 1951. Les premières approches du projet tiraient naturellement profit des potentialités cinématographiques de l'histoire, en prévoyant des scènes spectaculaires de poursuite dans les glaces, incluant des avalanches. Cependant, aucune ne faisait réellement l'unanimité, jusqu'à ce que soit engagé le scénariste Bill LANCASTER, fils du célèbre acteur Burt LANCASTER - interprète entre autre d'un Docteur Moreau particulièrement sadique dans l'adaptation de Don TAYLOR de 1976 ; celui-là, même s'il ouvre l'histoire sur une poursuite entre ce qui paraît être un chien de traîneau et un hélicoptère qui le traque, relègue l'action au second plan au profit du huis-clos, restant fidèle à l'esprit du texte originel. Même si le procédé d'introduction de l'intrigue de THE THING n'est pas totalement sans rappeler celui d'ALIEN ( qui lui-même avait eu un prédécesseur en la matière avec PLANET OF THE VAMPIRES de Mario BAVA et sa découverte de l'épave d'un vaisseau spatial ainsi que des restes squelettiques de ses occupants attaqués par des entités meurtrières ), on peut penser que sans l'habileté de Bill LANCASTER, ce chef d'œuvre qu'est THE THING serait probablement demeuré l'un de ces innombrables projets de film qui n'ont jamais vu le jour.

En haut, le scénariste d'ALIEN, Dan O'BANNON ( à gauche) en compagnie du peintre suisse GIGER, concepteur des éléments extraterrestres du film. En dessous, le scénariste de THE THING, Bill LANCASTER, dont sa participation au chef d'oeuvre de CARPENTER est l'élément majeure de sa brève carrière, écourtée par sa santé précaire - même s'il s'était montré à l'époque déçu que certaines scènes qu'il avait écrites n'aient pas été portées à l'écran, notamment une scène de panique au moment où la station est subitement plongée dans l'obscurité.

On peut se demander ce que donnera le nouvel épisode, rétrospectif, d'ALIEN, basé sur un scénario signé par Jon SPAIHTS. Logiquement, celui-ci devrait nous montrer, entre autres, les gigantesques humanoïdes extraterrestres aux prises avec les créatures meurtrières qui ont causé leur perte ( le film montre l'un d'entre eux, fossilisé sur son siège, devant ce qui semble être un poste de pilotage, les côtes ayant été percées de l'intérieur par le stade parasite de l'organisme surnommé "Chest burster"). Le spectateur jusque là mystifié par l'extraordinaire atmosphère d'ALIEN risque alors de découvrir que les Face-huggers, le stade initial qui se fiche sur le visage et pond dans le corps la génération suivante, et dont la morphologie paraît calquée sur l'anatomie humaine ( conformément aux indications du scénario ), paraissent un peu menus comparés à leurs premières victimes, comme représenté ci-dessous.

Les Extraterrestres en proie aux Face-huggers ( illustration originale ).

Il avait été un temps entendu que Sigourney WEAVER pourrait y faire une nouvelle apparition, bien qu'on ne voit pas trop comment son personnage pourrait être impliqué dans l'histoire, à moins d'imaginer à la manière d'ALIEN IV de CARO et JEUNET que le personnage d'Helen Ripley qu'elle interprétait dans le premier film était
déjà un clone réalisé par la compagnie, et qu'elle joue ainsi le personnage original, probablement elle-même un membre de la Compagnie ou/et une scientifique.

Il sera en tout cas un peu ardu d'inclure dans l'intrigue des protagonistes humains étant donné que la rencontre entre l'Alien et les humains étaient censée être une première. Peut-être pourrait-on imaginer une intrigue sur un contact dramatique entre des humains et les extraterrestres, en espérant que les auteurs joueront habilement sur les effets de perspective et l'inclusion à l'image des interprètes par des trucages visuels classiques pour représenter la différence de taille, sans recourir à des créatures créées banalement par ordinateur. Néanmoins, un élément troublant de l'œuvre de 1979 n'a guère été relevé jusqu'à ce jour : alors qu'un détachement explore l'étrange épave extraterrestre conçue par le peintre suisse H.R. GIGER, le responsable scientifique Ash ( brillamment interprété par Ian HOLM ) découvre, mais trop tard - ou feint de découvrir seulement à ce moment-là, en raison de son rôle trouble ( il s'agit en réalité d'un androïde chargé par la Compagnie de ramener, quoi qu'il puisse en coûter, l'organisme inconnu à des fins de recherche appliquée ) que le signal extraterrestre qui a attiré le Nostromo sur l'astéroïde n'est pas un appel au secours mais un avertissement. Malgré toute la ressource de l'ordinateur de bord, on ne peut qu'être déconcerté par la capacité du système à interpréter un message dans une langue totalement inconnue. Pour que l'ordinateur puisse distinguer entre ces deux types d'émissions, il paraît évident qu'il dispose d'un minimum d'informations sur la syntaxe et la sémantique des extraterrestres ( rappelons pour point de comparaison que la langue des Etrusques, peuple européen qui a précédé les Romains - et dont les habitants du Latium pourraient être plus ou moins les descendants, ces derniers ayant fondé l'Empire romain qui s'est étendu à toutes les provinces d'Italie avant de conquérir les contrées étrangères - n'a à ce jour pas pu être déchiffrée en dépit des nombreux objets étrusques mis à jour ). De là, on pourrait imaginer que la Compagnie ait déjà eu connaissance d'un certain nombre de données avant que l'équipage du Nostromo ne fasse la funeste rencontre, ce qui ouvre quelques pistes scénaristiques.

Ridley SCOTT paraît enclin à envisager les créatures meurtrières comme étant des créations de l'ingénierie génétique conçues par les extraterrestres, un genre d'arme biologique comme celà avait aussi été évoqué pour la Chose mise en scène par John CARPENTER à l'occasion d'une monture abandonnée de THE THING. Celà pourrait expliquer une similitude quant à l'apparence "bio-mécanique" des extraterrestres et celui de leur création; celà conduirait aussi à porter un regard cynique sur les civilisations, puisque les Extraterrestres qui auraient créé les Aliens et la Compagnie qui veut se les accaparer, comme elle le démontre aussi dans ALIENS de James CAMERON à travers le personnage de Burke, auraient le même dessein, s'assurer de la puissance technologique en croyant obtenir le contrôle d'une effroyable arme biologique : on est loin de la vision optimiste de certains auteurs qui imaginent que l'avènement de civilisations hautement développées irait de pair avec une grande sagesse et qu'elles seraient nécessairement pacifiques.

Le scénario d'ALIEN avait initialement envisagé que les œufs des créatures carnassières étaient hébergés dans une mystérieuse structure extraterrestre, comme représenté ici par Hans Rudi GIGER.

Quand à THE THING, il est vrai que le dénouement laissé quelque peu en suspens à la fin du film de John CARPENTER fait davantage travailler l'imagination que les faits qui précèdent l'histoire et qui sont approximativement connus, d'autant que les 45 premières minutes y étaient consacrées au dévoilement progressif de l'intrigue.

Le dénouement de THE THING : l'un des deux survivants n'est-il pas une nouvelle incarnation de la "Chose" ?

Néanmoins, la "préquelle" permettrait sans doute de découvrir quelle forme avait originellement la Chose lorsqu'elle a été découverte,avant qu'elle n'e
ntreprenne d'imiter des formes de vie terrestres ( dans le film, elle apparaît essentiellement sous une forme composite, passant d'une apparence à une autre en empruntant certains attributs de ses victimes ), même si cela ne résoudrait pas nécessairement la question de savoir si elle reproduisait alors l'aspect des extraterrestres pilotant le vaisseau qu'elle a attaqué, ou si la silhouette trouvée dans le bloc de glace était bien sa véritable forme comme l'imaginait apparemment CAMPBELL, à moins qu'on la représente comme une masse informe à l'instar de celle entraperçue à la fin de la séquence du chenil et qui paraît en effet représenter la conception de ses concepteurs - d'ailleurs, avant que Rob BOTTIN ne s'attelle à la tâche avec son monstre indéfinissable et organique, sorte de masse cellulaire indéfinie, le scénario de Bill LANCASTER envisageait la forme extraterrestre pratiquement comme une sorte de virus, un programme génétique qui s'incarnait en détournant les organismes dont elle s'emparait, bien loin de la créature à trois yeux et aux bras tentaculaires de la nouvelle.

Un premier scénariste, Ron MOORE, avait proposé un traitement réitérant l'intrigue du film de John CARPENTER, transférée dans le camp norvégien, lieu initial du déferlement de l'horreur; un nouveau scénariste, Eric HEISSERER, a achevé un travail de réécriture. La nouvelle mouture devrait se concentrer en premier lieu su
r la découverte de la soucoupe volante telle que relatée dans la nouvelle originelle de John CAMPBELL - d'autant que l'épave explorée par MacReady et Norris ne paraît pas avoir été totalement consumée par l'explosion destinée à la dégager de sa gangue de glace contrairement à ce qui survient dans la nouvelle originelle, ce qui pourrait ouvrir quelque possibilité d'exploration, puis se poursuivre par la destruction de la base norvégienne par la redoutable créature mimétique.

MacReady (Kurt RUSSELL) devant le bloc de glace ramené dans la base de recherche norvégienne (photo du haut), ayant contenu le corps de la créature extraterrestre revenue à la vie, dont l'apparence initiale demeure inconnue; peut-être pourrait-elle présenter quelque ressemblance avec la version de la Chose dessinée ci-dessus par un artiste pour un jeu vidéo inspiré du film de John CAPENTER.

Il est question de recourir pour l'essentiel à de "vrais" effets spéciaux, notamment sous l'égide de Vincent GUASTINI, qui a notamment oeuvré sur de petits films de monstres comme SPOOKIES et ALIEN FACTOR : METAMORPHOSIS, et a aussi sculpté les créatures goulues du téléfilm LES LANGOLIERS, malheureusement réduits à une version virtuelle; Rob BOTTIN, concepteur des effets spéciaux de maquillage du film de CARPENTER, injustement boudé par les producteurs depuis trop longtemps, ne paraît quant à lui pas avoir été contacté. Celà dit, il vaut mieux rester prudent, il y'a déjà eu tant de films pour lesquels leurs promoteurs faisaient la même profession de foi, comme pour THE MIST, LE PACTE DES LOUPS, PITCHBLACK, qui se révélaient au final comporter principalement au montage final des trucages virtuels, quand bien même des animatroniques avaient été effectivement réalisés... Néanmoins, si jamais le nouveau film était fidèle à l'original et qu'il remportait suffisamment de succès, celui-ci pourrait peut-être contribuer à relancer la vogue des films de monstres utilisant des effets physiques - voire permettre le retour des maquilleurs délaissés comme Rob BOTTIN, Chris WALAS et Steve JOHNSON ( voir "Les grands créateurs déclarent forfait", article de mars 2009 ); ce serait une belle revanche pour un extraterrestre qui, en raison de recettes décevantes et de critiques assassines lors de sa sortie, a été surnommé "le monstre le plus mal aimé du cinéma"...

Comme les premiers artistes engagés sur THE THING avant l'arrivée de Bill LANCASTER, le studio GUASTINI a proposé sa version de la "Bête d'un autre monde" de la nouvelle initiale de John CAMPBELL.


Si ce chien en cours de transformation ne ressemble guère à un husky, c'est qu'il est directement réminiscent du travail de GUASTINI sur le "Terminator canin" du film ROTTWEILER.

Cette main dans laquelle un œil est apparu rappelle la main vue dans LEVIATHAN, dans laquelle s'ouvrait une mâchoire.

Autre monstruosité mutante, cette masse de chair hétéroclite combinant des caractéristiques de différentes victimes, incluant Poisson et Manchot - évoque les formes à la fois inquiétantes et grotesques entraperçues dans un autre film de John CARPENTER, L'ANTRE DE LA FOLIE.

La plupart des versions envisagées par le studio GUASTINI sont des hybridations d'homme et d'Insecte, à la manière des mutants du film THE NEST; une inspiration que Vincent GUASTINI pourra de nouveau illustrer avec son engagement sur le projet de remake de LA MOUCHE. D'autres variations peuvent être vues sur le site original :
http://www.moviesonline.ca/gallery.php?movie=VGP-TheThing


vendredi 17 juillet 2009

L'HOMME QUI FAISAIT CHANTER LES MOGWAI

Malgré toute l'implication du spécialiste d'effets spéciaux Chris WALAS, la petite créature pelucheuse de GREMLINS aurait pu ne rester qu'un jouet animé comme son apparence enjoignait à se la représenter, si le compositeur Jerry GOLDSMITH, auteur d'un nombre important de musiques de films, ne lui avait conféré cet extraordinaire gazouillis tellement attendrissant. L'apparition de créatures hors du commun au cinéma survient généralement une fois qu'une impression d'étrangeté, de mystère, a été engendrée chez le spectateur, par la combinaison judicieuse de différents éléments tels que les mouvements de caméra, le choix d'un éclairage approprié ou encore la musique de film participant de la création d'une atmosphère particulière. Ainsi, la musique inquiétante qui ouvre le film LEVIATHAN, réalisé par Georges Pan COSMATOS, prépare-t-elle le spectateur à l'immersion dans le monde ténébreux des abysses, où règne une pesanteur écrasante, et le met-elle en condition pour la tragédie qui s'annonce, la plongée dans l'effroi avec les mutations qui s'emparent bientôt de l'équipage et changent les victimes en créatures d'épouvante.

A mi-chemin du Rongeur et du Lémurien, Gizmo le Mogwaï. Avec son délicieux roucoulement et la délicate musique de Jerry GOLDSMITH, ce petit personnage pelucheux à de quoi attendrir les plus endurcis ( à l'exception naturellement de ses affreux rejetons dans GREMLINS et de l'odieux vivisecteur interprété par Christopher LEE dans GREMLINS 2: THE NEW BATCH )

Le final féérique de GREMLINS

Le genre de la musique de film, genre à part entière - à ne pas assimiler à la bande originale du film, qui peut inclure des succès de la variété, ce qui n'a rien à voir - est souvent mésestimé, tenu pour de la musique d'arrangement sans valeur artistique par les musicologues et autres puristes de la musique classique, ou bien ignoré en grande partie par les spectateurs qui, à l'exception de quelques thèmes célèbres, ne la remarquent pas particulièrement tant celle-ci fait partie intégrante du film. Mais elle peut néanmoins, en dépit de sa fonction utilitaire, être une création à part entière, digne d'intérêt.

La musique de film vise principalement l'efficacité, cherchant à suggérer une atmosphère plutôt qu'à se complaire dans une sophistication formelle, ce qui permet de la définir comme une "musique réaliste" ; on pourrait identifier parmi ses précurseurs Richard WAGNER et ses superbes ouvertures souvent très mélancoliques, dont John WILLIAMS ( LA GUERRE DES ETOILES ) semble être un héritier; s'il avait vécu à notre époque, il est fort probable que le compositeur allemand aurait fini par œuvrer sur des films dans le genre de CONAN LE BARBARE. Jerry GOLDSMITH, par l'originalité dont il fait souvent preuve, se rattacherait quant à lui plus précisément à un compositeur comme Eric SATIE et son CLAIR DE LUNE.

La disparition de Jerrald King GOLDSMITH il y'a cinq ans, le 21 juillet 2004, n'a pas eu le moindre écho dans les médias, audiovisuels français* alors même que ses partitions ont contribué au succès de nombreux films - et que la télévision ne se prive pas d'utiliser ses partitions pour renforcer l'impact de ses documentaires sans cependant jamais l'indiquer au générique... ( il semble d'ailleurs que la célèbre série radiophonique d'"histoires extraordinaires" narrées par Pierre BELLEMARE ait utilisé comme générique un thème de QB VII composé par Jerry GOLDSMITH en 1974 ). Il est vrai qu'il n'était pas une icône médiatique, mais juste un compositeur de musique de film particulièrement inventif, ayant signé des centaines de compositions dont celles de nombre de films célèbres, et ayant été sélectionné dix-huit fois pour l'Oscar. Privilégiant souvent les films d'action, d'aventures ou relevant du fantastique ou de la science-fiction, Jerry GOLDSMITH n'a de la sorte pas eu davantage de reconnaissance en provenance du monde culturel, puisque cette orientation l'assimilait au "divertissement" plutôt qu'aux "films d'auteurs".

Jerry GOLDSMITH dirigeant l'orchestre. Un extraordinaire compositeur disparu il y'a cinq ans, le 21 juillet 2004, auxquels les médias audiovisuels français n'ont pas, c'est le moins qu'on puisse dire, rendu justice, et qui n'a pas eu réellement la consécration qu'il mérite. Né en 1929 à Pasadena, en Californie, il s'est passionné très jeune pour la musique, à laquelle il s'est voué toute son existence.

Pragmatique, le compositeur perçoit très rapidement que l'audiovisuel représente un débouché susceptible de lui permettre de vivre de sa passion pour la composition, et aussi, au travers du divertissement, de pouvoir toucher un large public sur une grande échelle - jusque dans ses derniers instants, il appréciait de recevoir les témoignages de ses admirateurs qui le touchaient particulièrement. Jerry GOLDSMITH a appris l'efficacité en illustrant des séries télévisées comme THE TWILIGHT ZONE (LA QUATRIÈME DIMENSION) de Rod SERLING - il écrira à nouveau pour le petit écran en 1981 à l'occasion de MASADA qui colle parfaitement à l'ambiance de cette série historique, laquelle bénéficiait par ailleurs des deux excellentes prestations de Peter O'TOOLE et David WARNER. Très éclectique, il a conçu aussi bien des partitions inspirées de la musique contemporaine brute comme LA PLANÈTE DES SINGES que LA GRANDE ATTAQUE DU TRAIN D'OR marquée du sceau du classicisme. Les amateurs ont surtout remarqué le rythme trépidant des thèmes les plus violents; cependant, ces passages soulignant l'action, moins harmonieux et plus standardisés, ne doivent pas faire oublier la qualité de son travail, la manière dont il suscite de légères variations d'un thème pour lui conférer une tonalité distincte et une qualité d'émotion différente lors de sa reprise.

Durant la première partie de sa carrière, la production de Jerry GOLDSMITH reste, souvent, il faut l'admettre, assez conventionnelle. A l'exception des thèmes romantiques de LA MALEDICTION (1976) et de MORTS SUSPECTES (1977) qui, sans rompre complètement avec les standards de la musique hollywoodienne, laissent affleurer une certaine propension à l'expression des sentiments, il demeure pour l'essentiel, plus encore que Bernard HERRMANN, dans une optique visant principalement l'illustration sonore des œuvres, avec une forte similarité avec la musique contemporaine, compositions qui se prêtent peu à une écoute indépendante du support. Dans le genre fantastique, notamment, la musique de film s'est longtemps cantonnée à souligner, avec plus ou moins d'ingéniosité, les moments de tension ou d'horreur, comme Max STEINER pour le premier KING KONG en 1933 ou James BERNARD et ses violons stridents pour les films anglais produits par la Hammer. Jerry GOLDSMITH s'inscrit tout à fait dans cette lignée avec LA PLANETE DES SINGES (1968), très violente et cacophonique, celle de MORTS SUSPECTES, proche du bruitisme industriel, ou encore L'AGE DE CRISTAL (1076) à base de dissonances électroniques qui créent une ambiance technologique austère. De la même manière, PAPILLON (1973) est extrêmement efficace, générant une atmosphère moite, oppressante, suscitant une impression de malaise, mais il ne s'agit pas nécessairement du type de composition qu'on se sent spontanément enclin à écouter pour elle-même hors du contexte filmique. Jerry GOLDSMITH voit cependant sa notoriété croître, jusqu'à obtenir un Oscar - qui demeurera étrangement le seul de sa carrière - pour LA MALEDICTION, (1976) composition qui consiste essentiellement en des chants évocateurs de messe noire en latin ( même si la suite comporte quelques rares mesures instrumentales plus élaborées qui laissent percer l'étrangeté ).

Jerry GOLDSMITH recevant un Oscar pour la musique du film d'épouvante satanique LA MALEDICTION, le seul de sa carrière. Plusieurs Emmy awards lui ont par contre été attribués, notamment pour STAR TREK VOYAGER en 1995.

Le compositeur John BARRY est l'un des premiers à rompre avec cette conception de la musique de film fantastique, à l'occasion de sa partition pour le remake de KING KONG en 1976. Il conçoit différents thèmes mélodieux retranscrivant la personnalité romantique de l'héroïne, l'esprit aventureux qui anime l'expédition, celui de l'île évocateur de son mystère, ou encore celui de la captivité du grand singe, aux accents si douloureux qu'il faudra attendre LA MOUCHE 2 de Christopher YOUNG pour en retrouver de comparables. Pour la première fois, la musique supporte très bien d'être écoutée pour elle-même, hors la vision du film ( à noter que quelques mesures de L'HOMME SANS OMBRE (2000) par Jerry GOLDSMITH évoquent quelque peu cette œuvre; on retrouve aussi l'espace de quelques mesures quelque ressemblance d'un passage de LEVIATHAN de Jerry GOLDSMITH avec le thème romantique d'OUT OF AFRICA de John BARRY, compositeur digne d'intérêt qui s'est cependant sans doute un peu gâché en étant accaparé par la série des JAMES BOND - même si DANSE AVEC LES LOUPS dont BARRY est aussi l'auteur s'est avéré un peu répétitif et sans relief ). Aussi, on pourrait se demander si Jerry GOLDSMITH, qui avait une culture musicale très étendue, n'a pas entrevu à ce moment la perspective de concevoir des thèmes plus mélodieux pour illustrer, au moins en partie, les films car il se détache alors progressivement de l'influence de la musique contemporaine plus rugueuse.

Jerry GOLDSMITH dans les années 1970-1980.

Jalon de cette évolution, CAPRICORN ONE (1978) orchestre la dichotomie entre le rythme saccadé martelant le thème principal incisif et le débordement d'émotion du thème sentimental qui le contient et qui trouve son plein sens lorsque surgit au grand ébahissement de sa famille, et des bureaucrates qui l'ont trahi, un astronaute au cours de son propre enterrement, celui-ci ayant échappé à la mort programmée devant dissimuler l'imposture d'une fausse mission sur Mars.

Le final de CAPRICORN ONE : une veuve et son mari revenu d'entre les morts.

1979 marque l'année charnière pour Jerry GOLDSMITH, qui se voit confier la responsabilité de l'illustration de deux grandes productions de science-fiction. Si les thèmes appuyant les scènes d'horreur d'ALIEN, avec leurs staccatos, leurs percussions violentes et leurs coups de cymbales, ne s'écartent guère de ceux de LA PLANETE DES SINGES, la partition recèle d'autres passages tout à fait marquants. Certaines mesures, tout en retenue, avec quelques notes suspendues, évoquent tout à fait l'impression de vide intersidérale, d'espace profond nimbé de mystère et d'inconnu, comme si le silence lui-même était partie prenante de la composition. L'atmosphère du film bénéficie aussi de l'expérience d'une composition précédente de Jerry GOLDSMITH, aux notes très inquiétantes, celle de FREUD (1962), dont le réalisateur Ridley SCOTT aurait repris quelques passages pour ALIEN. L'autre grand film de genre de l'année, STAR TREK-LE-FILM, s'ouvre sur une fanfare très glorieuse digne d'un péplum, conformément à la demande du studio, le compositeur ayant initialement proposé une partition moins solennelle; néanmoins, sa reprise ultérieure avec un rythme plus posé au cours de la suite du film, lui confère une plus grande gravité et un intérêt musical plus évident, se combinant avec davantage de facilité avec la musique cérébrale et métaphysique qui accompagne les évolutions des personnages au gré de l'investigation de l'énigme cosmique presque insondable.

Le réveil de l'équipage cryogénisé dans ALIEN. La partition lumineuse de Jerry GOLDSMITH nimbe la séquence d'une touche d'aventure - mais celle-ci basculera dans l'horreur avec l'irruption d'un prédateur extraterrestre.

Jerry GOLDSMITH avait confié ne pas avoir un intérêt particulier pour le fantastique ou la science-fiction; cependant, il va apporter sa contribution à bien des films s'y rapportant. En 1981, il propose avec OUTLAND une nouvelle plongée dans l'univers industriel, le ramenant à ses compositions assez austères. POLTERGEIST (1982) comporte des tutti frutti très agressifs, mais, comme pour ALIEN, offre également quelques passages mémorables. L'apparition d'un spectre dans le salon est accompagnée d'une utilisation très particulière, irréelle, des cordes, à la manière d'Eric SATIE, compositeur favori de Jerry GOLDSMITH. Quant au morceau "The Light", il est en parfaite adéquation avec le discours de la paraspychologue sur l'au-delà, renforçant chaque phrase, chaque intonation, sans jamais cesser d'être une composition mélodique à part entière, retranscrivant à la fois l'appréhension que suscite le monde surnaturel et la grâce des âmes rendues à leur pureté immatérielle. POLTERGEIST 2 (1986) est quant à lui baigné dans une musique envoûtante, évocatrice du monde chamanique. Sa partition pour le remake de LA MAISON DU DIABLE (1999) retrouve l'atmosphère inquiétante des meilleurs passages de POLTERGEIST, suggérant la résurgence d'un passé douloureux; on peut parier qu'il sera longtemps utilisé pour illustrer des reportages télévisés sur des crimes ou des histoires de maison hantée.

L'apparition du spectre dans le salon de POLTERGEIST sous le regard ébahi de la famille Freeling, ainsi que des parapsychologues qui ne s'attendaient pas à une manifestation si spectaculaire. Une ambiance d'autre monde due aussi bien aux effets spéciaux de John BRUNO qu'à la partition de Jerry GOLDSMITH.

En 1983, THE TWILIGHT ZONE -THE-MOVIE (LA QUATRIEME DIMENSION) fait tour à tour surgir l'insolite avec grâce ("That's a good life") et l'émotion empreinte de nostalgie autour de la prestation empreinte d'humanité chaleureuse de Scatman CROTHERS ("Kick the can"), sensibilité que l'on retrouve également dans GREMLINS (1984) au travers du merveilleux thème de Gizmo et de l'épilogue empreint d'une délicate mélancolie ainsi que dans GREMLINS 2 (1990).

FIRST BLOOD (RAMBO) assume en 1982 toute la gravité du thème du soldat perdu, délaissé par la société après avoir risqué sa vie pour son pays. Les quelques mesures durant lesquelles John Rambo s'échappe d'une mine abandonnée, quittant le monde des ténèbres et de la mort où il avait été laissé, pour retrouver la lumière, préfiguration des envolées de TOTAL RECALL, méritent d'être également évoquées. Jerry GOLDSMITH a déclaré en réponse à une question portant sur ce qu'il avait retiré du film, qu'il lui avait permis de s'offrir une belle demeure à Hollywood; cette saillie ironique ramenant son art à un exercice strictement mercantile pourrait être perçue comme une marque de modestie tant la formidable transcription musicale du sentiment de solitude de l'ancien militaire, marqué par la souffrance indicible de ses frères d'armes ( repris en 1985 dans RAMBO 2 au travers du morceau "Day by day" ), devenu un surhomme pathétique, un colosse aux pieds d'argile, témoigne d'inspiration et d'implication du compositeur. Son incroyable talent s'exprime encore au travers de PSYCHOSE 2 (1983). Pour une fois, un instrument se détache de l'ensemble orchestral, un piano dessinant une complainte triste augurant le combat impossible du psychopathe Norman Bates contre sa déraison. Les morceaux illustrant le basculement irrésistible dans la folie sont réellement dérangeants.

"Tout ce que je voulais, c'était manger un morceau.." La détresse de John Rambo, soldat perdu, dans FIRST BLOOD, si bien rendue par Jerry GOLDSMITH, ainsi que dans RAMBO 2 mettant au premier plan le thème de la trahison, et même dans le troisième volet, dont la partition est l'intérêt principal ( en ce dernier cas, l'écoute de la bande originale s'impose plus que la vision du film.. )

Jerry GOLDSMITH a longtemps considéré, vraisemblablement jusqu'à BASIC INSTINCT (1992), que LEGEND était sa composition préférée. Le thème du Mal y est cependant un peu succinct, et la grâce délicate, éthérée, de l'ensemble, à l'image du film qui n'est qu'une suite de belles images, rend peut-être cette composition moins marquante que d'autres. Le compositeur n'était en tout cas pas rancunier, puisqu'il avait accepté de travailler à nouveau avec Ridley SCOTT bien que celui-ci ait retouché sa partition d'ALIEN contre son gré; cette fois, l'expérience fut plus amère, puisque la totalité de sa musique fut éliminée de la version américaine. Jerry GOLDSMITH avait pourtant toujours à coeur l'intérêt du film, ne cherchant pas à se mettre particulièrement en avant; il proposa ainsi lui-même que LA PLANETE DES SINGES s'achève sans musique, estimant que le jeu de Charlton HESTON était suffisamment puissant à lui seul sans qu'il soit nécessaire de le souligner par des effets musicaux.

Plus étonnamment, RAMBO 3 ( 1988), qui, en dépit de sa distribution notable ( dans les seconds rôles, Richard CRENNA, Marc de JONGE et même Kurtwood SMITH, même si sa présence relève plus de la figuration ) n'est qu'une sorte de bande dessinée d'action d'un intérêt très discutable, bénéficie en sus des musiques d'action de quelques thèmes sublimes, comme "Another time" et"I'll stay". Jerry GOLDSMITH s'est encore surpassé là où il aurait été tout à fait fondé à se limiter à une partition de commande, comme il le fit en 1998 pour UN CRI DANS L'OCEAN - dont le réalisateur avait supprimé la créature conçue par Rob BOTTIN par gain de temps, celà n'incitait pas à la qualité. Quant à L'AVENTURE INTERIEURE, (1987) la partition comporte quelques perles au sein d'un ensemble conventionnel faisant prééminer l'action.

Le thème principal de LEVIATHAN (1989) réussit le prodige, au travers de son thème ample et puissant, de retranscrire le dépaysement représenté par les grandes profondeurs marines, la pression et la lenteur qui y règnent, le danger, le mystère et l'inquiétude, la peur et l'angoisse de la maladie engendrée par une mutation génétique. Comme pour ALIEN, la réapparition au sein de la violence orchestrale de quelques petites touches épurées qui amorcent un thème mélodique avec une pureté cristalline signe la résurgence d'un espoir possible au sein de l'épouvante et du chaos.

LEVIATHAN, enfer sous-marin.

Tournage avec le monstre - fugitivement vu à l'écran - aux membres changés en tentacules; la couleur argentée rappelle les Poissons auxquels il emprunte une bonne part de son héritage génétique.

Stan WINSTON, grand maquilleur auquel le premier article de ce blog a rendu hommage deux jours après sa disparition il y'a un an, devant un prototype de l'abomination génétique de LEVIATHAN.

Ce n'est sans doute pas un hasard si les toutes premières mesures de TOTAL RECALL (1990) rappellent celles du thème principal de CONAN LE BARBARE composé par Basil POLEDOURIS, film qui a fait connaître Arnold SCHWARZENEGGER. La suite est par contre empreinte d'une atmosphère futuriste, alternant le dynamisme martial du thème principal avec des plages plus oniriques et avec le souffle cosmique d'une envolée puissante et éblouissante accompagnant la plongée dans les fascinants décors de Mars. Le final avec ses notes appuyées et sa tonalité un peu évasive se rapproche quelque peu de certains passages composés par VANGELIS pour BLADE RUNNER.

L'arrivée sur Mars dans TOTAL RECALL, époustouflante grâce aux superbes maquettes et à la composition puissante de Jerry GOLDSMITH, illustration brillante de sa faculté à mêler orchestre et synthétiseur.

Rencontre au sommet entre deux immenses artistes dans TOTAL RECALL : SCHWARZENEGGER face à une stupéfiante création du maquilleur Rob BOTTIN ( voir article "Les grands créateurs déclarent forfait" de mars 2009 ), le mutant Kuato, sur la formidable et vertigineuse montée chromatique de Jerry GOLDSMITH. Le morceau intitulé "The big jump" a dans la réédition été rebaptisé "The Mutant", associant ainsi davantage les deux créateurs - le compositeur avait cependant déjà été précédemment engagé sur des films mettant en scène des créatures du maquilleur, notamment EXPLORERS et LEGEND.

Jerry GOLDSMITH n'avait pas fait d'allusion au thème de la série télévisée STAR TREK lorsqu'il a signé la musique de la première adaptation cinématographique, contrairement à James HORNER qui ouvrit STAR TEK 2 et 3 avec quelques mesures caractéristiques. Celà n'empêcha pas une grande considération mutuelle entre le compositeur de musique de film et le créateur du générique de la série, Alexander COURAGE, qui eut pour bien des films la responsabilité de conduire l'orchestre lorsque Jerry GOLDSMITH ne le dirigeait pas lui-même. Le nom de Jerry GOLDSMITH devait être à nouveau associé à l'univers STAR TREK, avec la partition de nouveaux films ainsi, pour l'essentiel, que celle des nouvelles séries télévisées. Les bandes originales de STAR TEK V (1989), STAR TREK INSURRECTION (1998) et STAR TREK NEMESIS (2002) sont tout en retenue, empreintes de sérénité. Le thème principal de STAR TREK FIRST CONTACT (1996) est quant à lui tout particulièrement remarquable, exprimant une sorte de noblesse contenue avec une touche nostalgique. Le générique de la série STAR TREK VOYAGER (1995), d'un genre très différent, s'impose par sa majesté et son originalité.

La saga STAR TREK marquée durablement par les sublimes compositions de Jerry GOLDSMITH.

En dehors du cinéma fantastique, Jerry GOLDSMITH a conçu bien d'autres musiques de film remarquables et touchantes; parmi ces réussites, citons LIONHEART (1987), FIRST KNIGHT (1995 ) - dont quelques passages évoquent ALIEN ainsi que le final de TOTAL RECALL - et LE 13EME GUERRIER (1999), qui restituent l'esprit chevaleresque, FOREVER YOUNG (1992) et POWDER (1995) bouleversantes de sensibilité et de sentimentalité, ou encore THE SUM OF ALL FEARS (2002) aux allure de liturgie apocalyptique en dépit de sa sobriété.

Dans FOREVER YOUNG, Mel GIBSON incarne un homme découvert dans un caisson cryogénisé, fruit d'une expérience militaire abandonnée, à qui on a volé sa vie. La partition de Jerry GOLDSMITH rend poignante cette évocation de la fuite du temps. Jerry GOLDSMITH forever.

Le romantisme n'était pas chez Jerry GOLDSMITH une posture artistique. Il fut semble-t-il fort éprouvé lorsque sa femme le quitta en 1970. Il se remaria en 1980 avec une épouse plus jeune avec laquelle il partagea toujours une grande complicité; loin de toute prétention, il s'amusa d'ailleurs à faire une courte apparition à ses côtés dans le film GREMLINS 2. Le compositeur savait aussi se montrer accessible comme il le prouva en prenant comme agent un admirateur rencontré dans un supermarché alors qu'il faisait ses courses, lequel avait entrepris de lui demander un autographe - un exemple qui devrait en inspirer beaucoup qui manquent dramatiquement d'humilité...

Jerry GOLDSMITH a été un innovateur particulièrement brillant, combinant au plus haut degré la fusion entre orchestre philharmonique et synthétiseurs. Il en résulte une osmose parfaite; à l'inverse du soliste accaparant l'attention en voulant faire montre de sa virtuosité comme dans nombre d'œuvres classiques, tous les instruments participent d'un même mouvement, d'une respiration commune, à la manière d'un organisme vivant. Ce qu'il y'a peut-être de plus spécifique chez ce compositeur - même si on peut trouver une approche voisine avec GOONIES de Dave GRUSIN - est peut-être aussi ce mélange fascinant et assez bouleversant de mélancolie indissociable d'un merveilleux réminiscent de l'univers magique de l'enfance, comme pour les épilogues de GREMLINS et SMALL SOLDIERS, contraste détonant qui donne de la profondeur à ses œuvres sans que celles-ci soient pour autant totalement déprimantes, comme peut l'être par exemple à contrario le final d'IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST d'Ennio MORRICONE. Le génie du compositeur réside dans les variations subtiles qui déclinent les thèmes sans monotonie, et son incroyable propension à, une fois le thème principal exposé, obtenir un surcroît d'émotion par une utilisation habile et fort remarquable de l'orchestration dans ce qui est à l'opposé d'une simple redondance, comme c'est bien souvent le cas chez d'autres compositeurs pourtant fort estimables - on pourrait à contrario citer DRACULA et FURY de John WILLIAMS, CABAL et BATMAN de Danny ELFMAN... Il fait ainsi prendre conscience que la musique ne se réduit pas à un thème, aussi original soit-il, mais procède aussi d' une interprétation, d'une exécution dans laquelle l'expression de la subtilité et des nuances est tout aussi déterminante que la structure mélodique. Ainsi, même un thème comme celui d'A COUTEAU TIRE, qui n'est pas le plus mémorable de son œuvre, emporte l'adhésion par son caractère épique, aventureux et tragique à la fois, qui contribue immédiatement à hausser la portée du film.

Dans les années 1990, Jerry avait adopté une coiffure fort différente avec les cheveux attachés à l'arrière.

Jerry GOLDSMITH continua à composer malgré le cancer qui lui fut finalement fatal à l'approche de ses 76 ans. Il a communiqué son amour de la musique à son fils Joël GOLDSMITH, qui l'assista sur la composition de RUNAWAY en 1985. Ce dernier a depuis signé les partitions de diverses séries de science-fiction comme celles de AU DELA DU REEL - L'AVENTURE CONTINUE, avec sa composition un peu atonale aux accords étranges frisant avec la dissonance, générant une atmosphère très particulière, et STARGATE ATLANTIS - qui se rapproche quelque peu de la veine de STAR TREK VOYAGER. Il a d'ailleurs créé son site avec humour puisque "personne d'autre ne s'était dévoué": http://www.freeclyde.com/index.html

Le nom de GOLDSMITH est toujours présent dans la création musicale au travers de son fils Joël, qui jusqu'à présent a surtout écrit pour les séries télévisées.

Jerry GOLDSMITH a eu raison d'œuvrer dans le cinéma. Même s'il lui arrivait de livrer des œuvres d'un intérêt supérieur à celui de certains films, il a pu diffuser de la sorte largement son travail. Un compositeur classique contemporain talentueux comme Samuel BARBER aurait pu sombrer dans un oubli assez général si le cinéma n'avait pas remis au goût du jour son pathétique et sublime ADAGIO FOR STRINGS entendu dans l'épilogue de THE ELEPHANT MAN de David LYNCH ( repris peu après dans PLATOON ).

Il est vrai que Jerry GOLDSMITH n'est certes pas le seul compositeur remarquable du cinéma fantastique - on pourrait citer John WILLIAMS ( la saga STAR WARS, JURASSIC PARK ), Ennio MORRICONE ( THE THING, MISSION TO MARS ), James HORNER ( STAR TREK 3, KRULL ), Howard SHORE ( LA MOUCHE ), Basil POLEDOURIS ( CONAN LE BARBARE, CONAN LE DESTRUCTEUR ), Trevor JONES ( THE DARK CRYSTAL, LOCH NESS ), Michael KAMEN ( THE DEAD ZONE, BRAZIL, HIGHLANDER ), ou encore Angelo BADALAMENTI et ses complaintes planantes et envoûtantes de nombre de films de David LYNCH, mais il en est probablement le plus représentatif et inventif, bien que son nom soit curieusement souvent omis.

Récemment, une compilation des 30 musiques de films préférées des Français, selon les résultats d'un sondage, intitulée Les élections de la musique de film, était commercialisée. Beaucoup de compositeurs connus y figuraient, Ennio MORRICONE, Howard SHORE, John WILLIAMS, John BARRY, VANGELIS, Georges DELERUE, Bernard HERRMAN... Parmi les laissés pour compte, un grand absent, Jerry GOLDSMITH. Mais l'ignorance récurrente de ce grand nom de la culture contemporaine n'abuse pas les vrais connaisseurs : une recherche image par google indexe 171 000 résultats... Il ne fait aucun doute que l'art de Jerry GOLDSMITH sera tôt ou tard intégré dans les enseignements dispensant une formation à la musique de film et deviendra une véritable référence. Pour l'heure, les mélomanes n'auront sans doute jamais l'idée d'aller rechercher dans la bande originale d'un film commercial une belle partition, à fortiori quand il ne s'agit pas d'un film "prestigieux" comme LE DERNIER EMPEREUR; ils ne savent pas ce dont ils se privent...

Depuis, malgrè tout, un site français a été créé pour rendre hommage au grand compositeur et tenter de pallier en partie le faible écho de sa disparition. On peut ne pas partager nécessairement l'enthousiasme des auteurs pour la partition de LA PLANETE DES SINGES, aux staccatos violents et aux sonorités discordantes, et il semble par ailleurs que Jerry GOLDSMITH et le compositeur attitré des films d'Alfred HITCHCOCK et de plusieurs œuvres de Ray HARRYHAUSEN, Bernard HERRMANN, n'auraient pas nécessairement éprouvé une forte sympathie mutuelle comme évoqué ( Le premier trouvait d'ailleurs ironique de succéder au second sur la saga PSYCHOSE ), mais il convient d'indiquer que ceux-ci ont rassemblé pour le lecteur français une masse d'informations biographiques impressionnantes, notamment sur les débuts de sa carrière au sein de la communauté juive de compositeurs d'Hollywood, ainsi que sous l'égide de Miklos ROZSA, que les connaisseurs ne se priveront pas de consulter et qu'on recommande bien volontiers : http://www.goldsmith-themusicallaw.net

Evidemment, il existe aussi pour les anglophones un beau site très complet sur Jerry : http://www.jerrygoldsmithonline.com

Une courte vidéo lui rend aussi un petit hommage: http://www.youtube.com/watch?v=M3XF8j6xjqQ

Il y'a cependant encore toujours à faire pour faire connaître et reconnaître son talent pourtant éclatant, ce à quoi on s'est efforcé bien modestement de contribuer ici. Monsieur GOLDSMITH, où que vous soyez à présent, sachez que vous manquez à beaucoup d'admirateurs, et que vos compositions si marquantes ont contribué à rendre notre existence un peu moins désenchantée, à préserver notre capacité à faire preuve de sensibilité et d'émotion dans un monde moderne affreusement cynique. La disparition de la musique de Jerry GOLDSMITH, s'additionnant à la suprématie écrasante des images générées par ordinateur, signe définitivement la fin d'une certaine magie au cinéma.

* la télévision belge a par contre produit un documentaire intitulé "Film music-Jerry Goldsmith" en 1987.

PS: n'oublions pas malgré tout au passage deux autres compositeurs de musiques de films disparus à peu près à la même époque que Jerry GOLDSMITH : le grec Basil POLEDOURIS, auteur des thèmes si variés et remarquables de CONAN LE BARBARE et CONAN LE DESTRUCTEUR, à qui l'on doit aussi la musique de ROBOCOP, autre fresque sur l'émergence d'un héros purifié par l'ascèse d'une légitime vengeance, et Michaël KAMEN, à qui l'on devait la partition très mélancolique de THE DEAD ZONE, le noble romantisme de HIGHLANDER ou encore la composition éclectique et tout à fait digne d'intérêt de BRAZIL. Conservons encore longtemps au travers de leurs œuvres le souvenir de ces créateurs qui ont contribué à porter le cinéma fantastique jusqu'à l'excellence dans les années 1980 et qui ont donné ses lettres de noblesse à la musique de film.

Les lecteurs qui estimeraient qu'il n'existe qu'un rapport assez ténu entre cet article et le thème des créatures seront peut-être curieux de savoir que Jerry GOLDSMITH est indirectement à l'origine de ce blog, créé il y'a un peu plus d'un an. L'auteur ayant appris quelque peu fortuitement la disparition du grand créateur de monstres Stan WINSTON deux jours plus tôt s'attendit à ce que les médias audiovisuels fassent preuve à son égard de la même indifférence que lors de la disparition du compositeur, ce qui le décida à écrire de mémoire en trois quart d'heures un hommage spontané que vous avez pu lire en juin 2008 en ces pages. Ce blog fut ainsi créé pour, à cette échelle modeste, honorer la mémoire du maquilleur, l'auteur ignorant que Mario GIGUERE, avec qui il avait correspondu à plusieurs reprises, le trouverait suffisamment digne d'intérêt pour avoir l'amabilité de le mettre sur son propre site - qu'il soit encore remercié ici pour son soutien et ses encouragements. Ce blog néanmoins créé entre temps appelait d'autres articles, aussi, bien que sa création n'ait en rien été préméditée, il devint rapidement l'opportunité de traiter avec un regard non conformiste des sujets en rapport avec la diversité des créatures vivantes et avec les créations imaginaires qu'elles peuvent inspirer, les Dinosaures et monstres de Stan WINSTON en fournissant le prologue idéal. L'hommage à Jerry GOLDSMITH, même s'il se situe à la périphérie de sa thématique, renoue donc avec l'histoire de la genèse de ce blog. A noter que l'auteur a été un jour été pratiquement possédé, non par un thème comme celà arrive de temps à autre lorsqu'un air vous trotte dans la tête, mais par la totalité des morceaux de TOTAL RECALL, y compris ceux qu'il aimait moins, d'une manière telle que celà ne lui était jamais arrivé. Le lendemain, il apprit que le compositeur avait disparu la veille. Curieuse coïncidence.

mardi 23 juin 2009

RETOUR SUR LE GRAND VOYAGE DE CHARLES DARWIN

On avait signalé récemment à l'intention des lecteurs, à la suite de l'article de février 2009 évoquant le 200ème anniversaire de la naissance du grand naturaliste britannique, la diffusion sur la chaîne franco-allemande Arte du documentaire retraçant sa vie, LE GRAND VOYAGE DE CHARLES DARWIN, réalisé par Hannes SCHULER et Katharina Von FLOTOW, représentant le savant au travers de reconstitutions, tournées en Bretagne, que le montage mêlait assez habilement à des plans issus de documentaires réalisés dans les contrées lointaines, séquences assortis de commentaires par des spécialistes.

DARWIN n'était sûrement pas du genre à voir des Iguanes roses partout; pourtant, il n'aurait pas été inconcevable qu'il en vît s'il avait séjourné plus longtemps dans l'archipel des Galapagos; cette espèce récemment découverte ne se trouve que sur les pentes d'un unique volcan.

Mettant en exergue la rupture que l'on pourrait qualifier de "révolution darwinienne" ( même si, de la même manière que je l'avais évoqué dans mon article sur "Darwin et la controverse sur l'évolution", le commentaire semble à un moment sous-entendre que les naturalistes précédents étaient déjà enclins à déceler dans la classification les affinités naturelles entre les espèces, soit en germe à esquisser une parenté entre elles ), le documentaire s'attache particulièrement à démontrer que cette nouvelle théorie explicative de la diversité du vivant s'est constituée avant tout en réaction contre la religion, le naturaliste anglais apparaissant comme une sorte de figure iconoclaste, prométhéenne, s'extrayant par son audace de l'obscurantisme chrétien, même si la fin du documentaire rappelle brièvement les états d'âme ayant baigné l'existence du savant. Ainsi, selon cette lecture, la science, s'appuyant sur les faits observables, rendrait compte de la réalité du monde en opposition directe avec la religion demeurant prisonnière de conceptions mythiques totalement obsolètes.

Il est bien connu que la religion chrétienne a commis effectivement de redoutables excès lorsqu'elle était avant tout un pouvoir, réfutant toute interprétation s'écartant de la vérité officielle, et dont l'un des faits les plus consternants fut l'exécution, non sans lui avoir préalablement coupé la langue, du théologien et astronome Gordiano BRUNO, accusé d'interprétation trop libre des textes sacrés, et notamment d'avoir postulé, pour exalter la Création divine dans toute sa richesse, la pluralité des mondes ( il semble bizarrement qu'à l'époque, pour une raison qui mériterait d'être précisée par les historiens, il aurait été considéré comme acceptable d'émettre des doutes sur la virginité de la Vierge Marie ou de la divinité du Christ, mais pas d'évoquer l'existence d'autres planètes susceptibles d'abriter la vie* ). Cependant à l'époque de GALILEE, le bûcher n'était déjà plus aussi certain pour ceux qui s'avançaient à remettre en cause les représentations du monde de l'époque. Au XIXème siècle en Europe, la religion imprégnait fortement les esprits mais n'interdisait plus les idées philosophiques variées et les théories scientifiques audacieuses - on se rappelle qu'auparavant, le Français Jean-Baptiste LAMARCK avait déjà connu quelque notoriété en postulant, en d'autres termes, la transformation des espèces. Ce rappel permet de relativiser quelque peu le clivage absolu esquissé par le documentaire, même si l'on n'omet en rien les réactions virulentes qui accueillirent la publication de ses travaux dans les milieux traditionnels et qui continuèrent longtemps à animer ses détracteurs.

Gordiano BRUNO, théologien et esprit audacieux à l'époque lointaine à laquelle, en Europe, les précurseurs de Camille FLAMMARION devaient faire preuve du plus grand courage pour affronter la censure religieuse.

Le documentaire présente dans cette optique le père de Charles DARWIN comme un chrétien obtus qui aurait porté sur la science le regard outragé d'un gardien du Temple face au dévoilement profane. Là encore, le temps était passé depuis que les institutions religieuses avaient proscrit toute étude du corps humain, et le père de DARWIN encourageait son fils à poursuivre des études de médecine, lesquelles ne convenaient d'ailleurs guère à ses dispositions personnelles.

Charles DARWIN, effaré notamment par l'âpre lutte pour la survie dans la jungle sud-américaine ( tout autant cependant que par son étonnante profusion ), aurait été selon les auteurs animé d'un envie d'en découdre avec les conceptions chrétiennes. En réalité, le jeune homme était un vrai naturaliste passionné par la multiplicité de la vie. Il se consacra notamment à des études très complètes sur des espèces atypiques comme les Plantes carnivores et comme les Cirripèdes, ces Crustacés vivant fixés à l'âge adulte par la tête, telle la Balane de nos côtes, dont il étudia tous les types - à l'exception du sous-groupe des Rhizocéphales renfermant les espèces parasites spécialisées. Un polémiste essentiellement motivé par la volonté d'élaborer une grande théorie iconoclaste contre la religion, avec la fougue d'un NIETZSCHE, n'aurait certainement pas investi tant de temps à étudier les détails anatomiques et le fonctionnement particulier de tant d'organismes avant d'élaborer ses hypothèses, avec la passion de l'entomologiste FABRE cherchant avant tout à comprendre le monde le plus discret qui nous entoure.

Une des planches illustrant la monographie qu'à consacré DARWIN aux Cirripèdes, curieux Crustacés sessiles ( en bas, au milieu, un Conchoderma auritum de profil, animal parfois fixé aux Baleines, qui possède deux siphons aux allures d'oreilles de Lapin ; ci-dessous un groupe de ces plaisantes créatures conservées au Musée d'histoire naturelle de San Diego ).

DARWIN avait confié que, marqué par son éducation religieuse, ce n'était pas sans réticence que, progressivement, l'accumulation de ses observations l'avait amené à remettre en cause la représentation du monde qui était enseignée par la religion. Il semblerait même que ce soient en fait des raisons personnelles tragiques, la disparition de sa petite fille, qui aient fini par le faire douter définitivement de la bonté divine et de la Providence. Et cependant, alors même qu'il n'accompagnait plus le dimanche matin son épouse à l'office, Charles DARWIN continuait de faire des dons à des œuvres religieuses.

L'opposition entre science et religion n'est donc pas un clivage aussi absolu que les auteurs tendent à l'indiquer. D'ailleurs, comme évoqué dans l'article précédé, le Père Theilard de CHARDIN avait considéré que l'évolution était tout à fait compatible avec l'existence de Dieu, même si, contrairement à DARWIN, il imaginait qu'elle obéissait à un schéma directeur général univoque, ce qui paraît beaucoup moins évident de nous jours en dépit de son mouvement général vers la complexification, de la Bactérie à l'Homme.

Le Père THEILARD de CHARDIN.

Evidemment, le récit de la Genèse n'a plus qu'un rapport lointain avec l'histoire de notre planète telle que les disciplines scientifiques l'ont reconstituée, avec de plus en plus de précision. La naissance d'un individu plutôt que d'un autre semble effectivement relever de la plus incontestable contingence. L'évolution quant à elle, comporte encore des points demeurant partiellement obscurs en raison de la complexité des phénomènes, mais il est vrai qu'on pourrait admettre que le hasard a une part prépondérante dans l'histoire de la vie sur notre planète. Par contre, l'origine et la finalité de l'univers, ainsi que la question du sens qu'il conviendrait éventuellement de lui prêter, sont des interrogations qui demeurent problématiques, et la science, du moins en l'état actuel des connaissances, ne peut établir de manière irréfutable ni l'existence d'un Créateur, ni au contraire la nier fermement. Quant aux valeurs que chacun décide de donner à son existence, à la conception qu'on se fait de la morale, de l'éthique ou encore de la sexualité, aucun scientifique le plus brillant soit-il ne peut à bon droit s'en imposer le prescripteur, car cela relève des intimes convictions de chacun - point de vue que partageait également le fameux paléontologiste Stephen J. GOULD, évoqué dans l'article de février 2009, détracteur résolu des créationnistes, ce qui ne l'empêchait pas de fustiger l'ingérence des scientistes hors de leur discipline.

Dans l'article précité, j'avais réfuté les différents procédés des auteurs se réclamant du créationnisme, qui visaient à discréditer l'idée d'une transformation progressive des êtres vivants au cours des âges au nom de la défense de la religion. Symétriquement, des auteurs utilisent les enseignements de DARWIN pour promouvoir une conception athée militante, voire même comme Richard DAWKINS, le célèbre auteur du GÈNE ÉGOÏSTE, pour organiser une campagne de dénigrement des prescriptions du christianisme, déviation contestable qui conduit un chercheur reconnu à quitter le terrain scientifique pour s'ingérer dans les valeurs morales de chacun.

Une nouvelle fois, en tout cas, on vérifie la passion que les découvertes de Charles DARWIN continuent de susciter, de la part des fondamentalistes chrétiens en Amérique ainsi que de musulmans en Europe qui les rapportent à la religion dans la perspective de faire interdire, ou dans le meilleur des cas, de relativiser, leur enseignement en classe, tandis que des zélateurs du naturaliste instrumentalisent ses théories pour un combat qui relève d'un tout autre plan.

Il est tout de même un peu surprenant que ce débat, qui a été tranché à l'extrême fin du XIX ème dans le milieu scientifique par le ralliement de l'écrasante majorité des naturalistes, ne cesse de resurgir en étant mêlé à d'autres enjeux; on n'imagine pas, à l'inverse que les controverses au sujet de l'héliocentrisme défendu par GALLILE se soient maintenues jusqu'à notre époque, ou qu'il y'ait encore des esprits forts affirmant que la Terre est plate et que la rotondité qui se révèle depuis l'espace est soit une illusion d'optique soit une imposture scientifique. La réaction des religions paraît en retour engendrer, au-delà de la contre-argumentation légitime qu'on a présentée précédemment, un activisme anti-religieux qui, là aussi, dépasse le cadre du débat et concourt à son tour à radicaliser les positions.

L'horreur engendrée chez beaucoup par l'idée que l'espèce humaine trouve son origine dans l'évolution animale est d'autant plus anachronique que le moindre journal télévisé laisse voir une barbarie - parfois même commise au nom de la religion - qui excède la cruauté parfois observée chez les bêtes, comme l'illustre John FRANKENHEIMER dans son remake de L'ILE DU DOCTEUR MOREAU, dans lequel le prologue avec l'âpre lutte entre naufragés et l'épilogue sur fond d'images d'actualités sont comme un écrin pathétique enserrant l'épisode sur la sauvagerie des Hommes-Bêtes créés par le savant fou, dont l'auteur, H.G. WELLS, notait déjà les convergences profondes du comportement avec celui, à peine enfoui par le vernis de la civilisation, de nos semblables. Ce qui caractérise la grandeur humaine n'est pas son éloignement d'avec le monde animal où il puise ses origines, mais au contraire les efforts qu'il accomplit pour s'élever, en privilégiant le raisonnement en place de la brutalité, la compassion plutôt que la loi du plus fort, la défense de valeurs et d'idéaux au lieu de la satisfaction immédiate des pulsions instinctuelles.

De l'autre côté, au contraire, certains matérialistes prosélytes paraissent se délecter de tout ce qui peut nier toute perspective de transcendance chez l'homme, voire de liberté individuelle, par une vision triviale de la condition humaine, qui, sous le prétexte théorique d'en ériger l'autonomie et la raison, aboutissent en fait souvent à le rabaisser plus ou moins au niveau de l'entité physiologique. DARWIN, promu malgré lui en prophète, n'a semble-t-il pas encore fini d'enflammer les passions...

* c'est en tout cas ce que rapporte le célèbre astronome français Camille FLAMMARION dans son essai LES MONDES REELS ET LES MONDES IMAGINAIRES, dont le titre a inspiré la dénomination de ce site.

______________________


Les médias ont évoqué la disparition de l'actrice Farrah FAWCETT, victime du cancer comme récemment l'écrivain Philip José FARMER évoqué tantôt, laquelle était connue notamment pour sa participation à la série policière DRÔLES DE DAMES. Elle avait aussi joué en 1980 au côté de Kirk DOUGLAS et Harvey KEITEL dans le souvent injustement sous-estimé SATURN 3 de Stanley DONEN, en compagnie d'un robot inspiré de dessins de Leonard de VINCI, qui annonçait l'endo-squelette en acier chromé conçu par Stan WINSTON pour TERMINATOR. Le film convoque toutes les inquiétudes liées aux potentialités de la cybernétique.

La partie d'échecs de SATURN 3 : jouer une partie avec une machine peut s'avérer périlleux.

Hector semble tout aussi doué pour le bras de fer...

Ceux qui n'ont pas vu le film pourront lire un résumé et un petit commentaire intéressant indiquant notamment que c'est John BARRY ( pas le compositeur de musique de film mais le chef décorateur ) qui devait initialement le réaliser : http://www.scifi-movies.com/francais/dvd.php?data=saturn31980film


dimanche 31 mai 2009

UN AUTEUR DES ANNEES 1930 MIS A L'HONNEUR

L'existence humaine est parfois tragiquement courte, comme l'a illustré tout récemment le décès à l'âge de 28 ans de l'acteur Heath LEDGER, acteur dans plusieurs films de Terry GILLIAM, dont LES FRERES GRIMM, décédé dans son sommeil d'un abus médicamenteux, comme avant lui le maquilleur français Benoît LESTANG ( article de 2008 ).

Certains écrivains ont aussi connu des carrières brèves, à l'image du Français Michel BERNANOS, auteur du cycle fantastique réputé LA MONTAGNE MORTE DE LA VIE, qui a mis fin à ses jours dans la forêt de Fontainebleau avant son quarantième anniversaire. Le créateur du personnage de CONAN LE BARBARE, Robert E. HOWARD, s'est lui donné la mort à l'âge de 30 ans après le décès de sa mère. L'infortune a aussi abrégé les carrières de d' autres auteurs. On sait qu'Howard Philip LOVECRAFT a disparu à l'âge de 47 ans des suites de la maladie. Un de ses inspirateurs, William Hope HODGSON, auteur de terrifiantes histoires maritimes, qui avait été incorporé comme artilleur durant la première guerre mondiale, a lui-même été victime d'un obus près de Ypres, en Belgique, à l'âge de quarante ans, dans ce conflit que LOVECRAFT qualifiait avec raison de "suicide de l'Europe".

Il en va de même pour Stanley WEINBAUM, écrivain de science-fiction emporté par un cancer de la gorge à l'âge de 35 ans, carrière fulgurante, mais suffisante, pour, à l'instar de Robert HOWARD et William Hope HODGSON, avoir eu le temps de laisser une production significative et une trace mémorable dans l'histoire de la littérature d'imagination. Stanley WEINBAUM avait entamé des études de chimie, qu'il avait assez rapidement abandonnées pour se consacrer complètement à l'écriture. H.P. LOVECRAFT loua son imagination lui permettant de concevoir des situations, des créatures et des psychologies réellement originales. Sa nouvelle la plus fameuse, L'ODYSSEE MARTIENNE, avait ainsi été choisie en 1970 par les plus grands écrivains de science-fiction pour figurer en tête de l'anthologie "The greatest SF stories of all time" constituée par l'Association des Ecrivains de Science Fiction d’Amérique. On l'a comparé à Herbert George WELLS, avec lequel il aurait d'ailleurs partagé le sentiment que les récits de science-fiction, dont la qualité a pourtant assuré leur postérité, ne représentaient pas la part la plus "noble" de leur œuvre. Sa renommée valut même à un cratère martien d'être nommé en référence à son nom. En France, il était pratiquement le seul auteur issu des pulps des années 1930 à figurer dans les anthologies de science-fiction, et un roman avait paru, LA FLAMME NOIRE, un récit sur une terre ravagée aux prises avec des forces occultes maléfiques, comme LE FLEAU de Stephen KING, en fait deux nouvelles refondues.

L'année 2008 a remis à l'honneur cet auteur de l'âge d'or de la science-fiction américaine. Aux Etats-Unis, le prix de la "redécouverte Cordwainer Smith" * lui a été attribué; William Hope HODGSON en avait été précédemment gratifié en 2006. Un peu plus tôt, les éditions Coda** ont publié la première édition française complète des nouvelles de l'auteur, "Une Odyssée martienne, intégrale des nouvelles". Il faut aussi rendre grâce aux éditions de l'Age d'or, qui avaient déjà offert aux lecteurs francophones l'année précédente deux recueils de nouvelles de Stanley WEINBAUM constitués par Raymond SOUBIE et enrichies de nombreuses notes, "La Péri rouge et autres histoires de science-fiction" ainsi qu' "Une odyssée martienne et autres histoires de science-fiction", de même qu' une réédition complétée de LA FLAMME NOIRE, ouvrages édités à compte d'auteur, investissement qui mérite d'être salué et encouragé***. Quelques textes inédits supplémentaires figurent donc, au côté de nouvelles traductions, dans l'édition Coda, ce dont on ne peut que se réjouir même si quelques passages trahissent une traduction trop littérale, notamment pour ce qui est de celle de l'article introductif dû à la plume de l'écrivain lui-même, dont le premier paragraphe est rendu difficilement compréhensible. Le texte de Stanley WEINBAUM se lit cependant avec une certaine émotion puisqu'il l'a écrit en juin 1935, soit seulement six mois avant d'être emporté par la maladie. Les éditions Coda ont par ailleurs choisi de présenter sous forme de cahier central les couvertures en petit format des différentes éditions des œuvres de Stanley WEINBAUM, ainsi que celles des magazines littéraires de l'époque au sein desquels ses nouvelles parurent initialement, et dont les couvertures n'illustrent pas toujours un récit de l'auteur. Plus discutable est la mise en exergue pour la couverture du recueil lui-même d'une illustration de Virgil FINLAY certes attrayante, mais apparemment sans rapport avec une nouvelle de Stanley WEINBAUM. En dépit de ces petites remarques, c'est bien volontiers que l'on salue ici l'initiative de cet éditeur indépendant, de même que celles de l'Age d'or, son prédecesseur bien nommé.

La plus célèbre nouvelle de WEINBAUM traduite en français est incontestablement L'ODYSSÉE MARTIENNE, dans une veine qu'on pourrait rapprocher de celle de J.H. ROSNY AINE, en particulier de son roman LES NAVIGATEURS DE L'INFINI. Il s'agit d'un récit qu' un astronaute accidenté, Jarvis, fait à ses collègues de sa rencontre avec différentes formes de vie martiennes, racontée avec le naturel d'un récit de l'aventurier et ethnologue Paul-Emile VICTOR. La figure principale parmi celles-ci en est Tweel, bipède aux allures d'Autruche, pouvant aussi évoquer un Dinosaure coureur. L'auteur se montre bien plus imaginatif que tant de films hollywoodiens ultérieurs qui mettront en scène des extraterrestres à l'aspect humain - parfois même des starlettes en bikini - parlant souvent de surcroît un parfait anglais sans avoir jamais écouté la BBC... A l'opposé, Stanley WEINBAUM retranscrit avec réussite la tentative de communication du principal protagoniste avec ce "Vendredi" extraterrestre et la manière dont une certaine intelligibilité, certes limitée, parvient à s'établir entre les deux êtres. D'autres espèces parsèment le territoire traversé par le naufragé, représentées ci-dessous par différents artistes. Le succès de l'œuvre, et la brutale séparation entre l'humain et le Martien dans le dénouement, appelait une suite, ce qui fut réalisé avec LA VALLEE DES REVES, laquelle fut également traduite en français dans les années 1980; l'auteur imagine que l'espèce des Martiens humanoïdes a pu visiter notre planète il y'a quelques milliers d'années, les explorateurs découvrant en effet des fresques rappelant celles observées dans l'Egypte antique, le long nez de l'extraterrestre se retrouvant chez la divinité Toth - qu'on pensait avoir été plus prosaïquement inspirée par l'Ibis et son bec courbé !.

Jarvis, Tweel, et les tentacules de la Bête à rêves, qui fascine sa proie par une projection hypnotique, une belle illustration signée Robert PETILLO.

Comme dans LES NAVIGATEURS DE L'INFINI de J.H. ROSNY AINE, Stanley WEINBAUM imagine que la planète Mars est habitée par des créatures appartenant à différents règnes, comme l'illustre cet être semi-minéral ( extrait d'une adaptation en bande dessinée ).

Les créatures en tonnelet représentées respectivement pour l'édition russe et allemande ( à noter le petit air de famille de Jarvis avec le célèbre acteur Kevin McCARTHY ! )

Les créatures en forme de brins d'herbe mobiles, les Biopodes, ont enfiévré l'imagination sadique de l'illustrateur...

Stanley WEINBAUM avait aussi imaginé l'écosystème de Venus. Beaucoup d'auteurs se sont interrogés sur la manière dont la vie pluricellulaire pouvait se distinguer suivant les deux catégories essentielles des végétaux et des animaux, cherchant à définir des critères discriminants en dépit des multiples variations audacieuses du modèle végétal déclinées dans la science-fiction telles que la mobilité, la carnivorité, voire l'intelligence. Stanley WEINBAUM a très probablement proposé la plus originale et intéressante définition de la question dans sa nouvelle LES MANGEURS DE LOTUS. Il imagine qu'une espèce intelligente, pourvue d'une forme de conscience, s'est développée sur Venus à partir d'une lignée végétale, et que ce qui la différencie des véritables animaux comme leurs prédateurs tripodes est l'absence d'instinct de survie, occasionnant leur passivité et leur résignation pathétique quelque peu poignante face à leur situation de proies. Se défiant décidément de tout anthropocentrisme, l'auteur rappelle que l'omniprésence des Insectes ou des Nématodes - dont un naturaliste a écrit que ces vers minuscules sont si abondants et omniprésents que si toute matière disparaissait subitement à l'exception des Nématodes, on reconnaîtrait encore la forme des paysages, et même celle des arbres - pourrait, d'un certain point de vue, être considérée tout autant comme une réussite au plan de l'évolution que celle de l'homme.

Stanley WEINBAUM a contribué de manière notable à alimenter le bestiaire extraterrestre; on pourrait encore citer, à titre d'exemple, le ver monophtalme de la nouvelle FUITE SUR TITAN, ( ou VOL SUR TITAN, selon le traducteur ) représenté avec la bouche dilatée, conformément à la description, sur la couverture de l'édition Avon, ce qui lui confère superficiellement l'allure d'un Nématode du sol, l'Anguillule, pris au lasso du piège à nœud coulant d'un Champignon microscopique.

La nouvelle FUITE SUR TITAN ( FLIGHT TO TITAN ) a aussi été publiée sous le titre A MAN, A MAID AND SATURN'S TEMPTATION, titre qui évoque le récit biblique d'Adam et Eve au Paradis, et l' illustrateur, du nom de J. GAMA, y fait explicitement référence.

Le "Pot à colle" de LA PLANETE PARASITE, même s'il n'est pas le premier monstre informe, s'inscrit dans la lignée menant au "Blob" des films de science-fiction; la créature
a un tel appétit qu'elle a une propension, lorsque la nourriture vient à manquer, à se digérer elle-même, comme le font certains animaux marins vermiformes, les Némertiens ( évoqués dans l'article "Le tentacule d'ABYSS existe réellement" ). Quant au métamorphe mimétique protoplasmique adoptant l'apparence de ses victimes, et même une combinaison de celles de plusieurs d'entre elles, évoqué dans LA PLANETE DES MAREES, il annonce un autre archétype d'extraterrestre popularisé conjointement par John CAMPBELL dans LA BETE D'UN AUTRE MONDE ( nouvelle adaptée au cinéma par John CARPENTER sous le titre de THE THING ) qui présente les mêmes capacités. LA PLANETE DES MAREES a été achevée par la sœur de Stanley WEINBAUM suite à son décès prématuré - sa veuve quand à elle confiera en 1993 les manuscrits de son époux à la bibliothèque de l'université de Philadelphie.

Un explorateur aux prises avec un arbre Jack Ketch ( d'après le nom d'un bourreau anglais de Charles II connu pour ses exécutions particulièrement abominables ) aux intentions malignes, dans la nouvelle LA PLANETE PARASITE, qu'on trouve sur Venus, comme les formes végétales contemplatives des MANGEURS DE LOTUS, preuve que tous les plantes vénusiennes de Stanley WEINBAUM ne sont pas d'un commerce agréable - document fourni parle site de notre ami Jacques HAMON.

Au cours de sa brève carrière, Stanley WEINBAUM a abordé bien des thèmes, certains tout à fait avant-gardistes, comme ceux de l'immigration mexicaine massive aux Etats-Unis, le refroidissement de l'Atlantique Nord au cas où le courant chaud du Gulf Stream viendrait à être perturbé et les mouvements de population occasionnés par les bouleversements climatiques, ou bien encore le transgénisme, croisement entre espèces réalisé par manipulation génétique dans L'ILE DE PROTEE, un texte posthume.


Stanley WEINBAUM se dissociait de l'enthousiasme pour la science d'écrivains de son époque comme Hugo GERNSBACK, l'initiateur de la science-fiction américaine, en laquelle, malgré ses promesses, il voyait non l'avènement d'un monde meilleur, mais un instrument qui pouvait être bénéfique ou contestable suivant l'utilisation qui en était faite, comme le dit en 1972
l'un des protagonistes de l'adaptation cinématographique de SOLARIS de Stanislas LEM par Andrei TARKOVSKI : "Il appartient à l'homme que la science soit morale ou qu'elle ne le soit pas". Il était animé par la volonté de tirer le meilleur parti de la science-fiction, désirant que l'imagination, dont il était si bien pourvu, ne soit pas mise au service du seul divertissement, mais utilise sa pleine potentialité critique pour faire réfléchir aux enjeux de société, voire, ce qui peut paraître très ambitieux, proposer, au delà-de l'analyse, des solutions aux différents problèmes contemporains. Il reste à souhaiter que les textes d'autres auteurs de l'âge d'or de la science-fiction américaine puissent à leur tour être proposés aux lecteurs francophones curieux de découvrir une période trop souvent dévalorisée.

Un autre écrivain susceptible d'être ainsi redécouvert pourrait être Raymond Z. GALLUN, surtout connu chez nous au travers de la nouvelle LE VIEUX FIDELE, histoire d'un Martien fuyant sa société conformiste dominée par les mathématiques ( non, il ne s'agit pas de la France... ) et qui s'avère, comme chez WEINBAUM, faire preuve de plus de grandeur d'âme que ses interlocuteurs humains - nouvelle qui donna, comme L'ODYSSE MARTIENNE, lieu à une suite, elle demeurée inédite en France.


* Cordwainer SMITH est le pseudonyme d'un ancien diplomate américain, en poste au temps de la Chine nationaliste, Paul LINEBARGER, qui a écrit un cycle de récits sur le futur comme Robert HEINLEIN; sa nouvelle la plus connue est sans doute LA PLANETE SHAYOL. Sa fille a créé un site en sa mémoire :
http://www.cordwainer-smith.com


** http://www.editions-coda.fr/

*** http://stores.lulu.com/store.php?fAcctID=1040304

lundi 18 mai 2009

DISPARITION DE JACK CARDIFF


Jack CARDIFF, disparu à l'âge de 94 ans le 22 avril 2009, était un directeur de la photographi
e, qui était aussi passé à la mise en scène et avait même été quelquefois acteur, polyvalence qui ne l'aurait pas empêché de remettre en place Sylvester STALLONE, la vedette du film RAMBO 2, lequel, désirant déplacer un projecteur, s'ingérait ainsi dans son art. Il avait reçu en 2001 un Oscar pour l'ensemble de sa carrière.

Né de parents artistes de music hall, il débute enfant dans des films muets anglais, puis devient cadreur lors de l'avènement du cinéma parlant. Il a participé en 1936 au tournage de LA VIE FUTURE, qui bénéficiait de la contribution active du grand écrivain de science-fiction Herbert George WELLS, celui-ci écrivant lui-même le scénario du film d'après son roman utopique. Jack CARDIFF se voit confier l'année suivante la responsabilité de la lumière du premier film britannique en Technicolor. Il a travaillé avec Alfred HITCHCOCK et également assuré la photographie du célèbre THE AFRICAN QUEEN. Il fut l'orchestrateur de l'ambiance irréelle de PANDORA, variation librement inspirée de la légende du navire fantôme dite du Hollandais volant dirigée par Albert LEWIN. Dans le genre fantastique, il avait illustré d'autres histoires de femmes inquiétantes se défiant de la mort avec LA MALEDICTION DE LA VALLEE DES ROIS ( THE AWAKENING ) bénéficiant de l'interprétation de Charlton HESTON et LE FANTOME DE MILBURN ( GHOST STORY ) où l'esthétisme soigné voisinait avec des maquillages réalistes particulièrement morbides agencés par Dick SMITH qui retranscrivaient toutes les étapes de décomposition de la protagoniste vengeresse.

Jack CARDIFF a entre autres œuvré sur plusieurs réalisations de Richard FLEISCHER, notamment LES VIKINGS, film d'aventures historiques avec Kirk DOUGLAS, Tony CURTIS et Ernest BORGNINE, et sur deux de ses derniers films, des films fantastiques.

Le premier, CONAN LE DESTRUCTEUR, suite de CONAN LE BARBARE de John MILLIUS, baigne dans une atmosphère de mystère et de sorcellerie, grâce également à la belle partition, grave et gracieuse à la fois, de Basil POLEDOURIS. Le héros Conan y
affronte un démon païen qu'une reine maléfique assoiffée de pouvoir, incarnée par Sarah DOUGLAS, cherche à faire venir sur Terre en lui sacrifiant sa propre fille. On peut d'ailleurs se demander s'il ne faut pas imputer à l'absence de Jack CARDIFF sur la resucée de CONAN LE DESTRUCTEUR réalisée peu après par Richard FLEISCHER, KALIDOR, LA LEGENDE DU TALISMAN, le peu de magie qui s'en dégage cette fois.

CONAN LE DESTRUCTEUR, une épopée fabuleuse dans des lieux fantastiques
( ici l'arrivée au château de cristal d'un mage )

Dagoth, vaincu dans un fracassement d'éclairs par CONAN qui lui arrache sa corne magique, dont il tire sa force à l'image de la chevelure de Samson. L'illustrateur William STOUT avait au départ imaginé une sorte de Limace à tête d'insecte, aux bras griffus et malingres et au corps terminé par trois éperons, comme les extraterrestres du film DREAMCATCHER, mais la version finale élaborée par Carlo RAMBALDI ( voir l'article d'octobre 2008 sur cet artiste) qui n'en conserve que la corne est un humanoïde aux extrémités palmées, évoquant quelque peu un croisement entre les Profonds dépeints par LOVECRAFT dans la nouvelle LE CAUCHEMAR D'INNSMOUTH et la future MOUCHE du film de CRONENBERG.

Le second film, AMITYVILLE 3, qui comme le premier POLTERGEIST, convoque une équipe spécialisée dans l'enregistrement de phénomènes surnaturels, s'achève sur l'irruption d'un démon digne de Jérôme BOSCH, déjà entrevu fugitivement à la fin du volet précédent à l'issue d'une horrible possession. CARDIFF y fait régner une luminosité colorée et surnaturelle assez envôutante.

Indubitablement, il y'a une certaine humidité dans la cave de la maison maléfique d'AMITYVILE 3 : l'invitation au bain vue par les auteurs du film; plutôt réfrigérant ! La créature a été conçue par John CAGLIONE, déjà auteur de celle d'AMITYVILLE 2; le célèbre maquilleur Dick SMITH avait initialement tenté de décourager CAGLIONE de percer dans le domaine, doutant de ses capacités, mais il accepta nonobstant de lui prodiguer ses conseils, ce qui lui réussit plutôt bien puisque le maquilleur contribua avec Christopher TUCKER - ELEPHANT MAN, LA COMPAGNIE DES LOUPS - au maquillage des acteurs interprétant nos ancêtres dans LA GUERRE DU FEU, lequel valut au film un Oscar pour ses effets spéciaux de maquillage.

Parmi les quelques films dirigés par Jack CARDIFF en personne , l'un d'eux relève pleinement de notre domaine. Il s'agit de MUTATIONS, réalisé en 1
973. Donald PLEASANCE, barbu - en dépit de la jaquette de la vidéo, exécutée par un artiste qui a dû travailler sur une photo de l'acteur, mais sans s'être renseigné sur le film* - incarne le docteur Nolter, un universitaire et chercheur qui aspire à créer une forme de vie supérieure associant la mobilité de l'animal à l'autosuffisance photosynthétique du végétal. Il n'hésite pas à expérimenter ses théories sur des humains, de jeunes adultes enlevés par son acolyte Lunch ( Tom BAKER, l'un des interprètes du DOCTEUR WHO dans la série du même nom ), qui ne parvient pas à accepter son faciès contrefait et à qui Nolter a promis une reconstruction chirurgicale de la face en échange de sa collaboration.

Un chercheur et son curieux végétal; mieux vaut ne se fier à aucun des deux.

Le film débute de manière assez saugrenue, tout en annonçant le annonçant le caractère assez trouble et malsain du film. Une jeune fille qui se promène dans un parc réalise qu'elle est suivie avec insistance par un nain. Elle presse le pas, mais le poursuivant accélère son allure. Un second nain apparaît et se met aussi à la pourchasser, jusqu'à ce qu'elle soit capturée avec l'aide de Lunch et livrée aux expérimentations de Nolter.

Comme
FREAKS, MUTATIONS fait appel à de véritables phénomènes humains, les résultats ratés de Nolter, grotesques préfigurations des avatars du transgénisme, étant présentés parmi d'autres "aberrations de la nature" dans le cirque de Lunch; cependant, contrairement au réalisateur Tod BROWNING qui voulait faire partager aux spectateurs son empathie pour les disgraciés, montrant leurs sentiment et leur fraternité, MUTATIONS les emploie de manière plus contestable, comme élément participant du climat d'étrangeté du film. Aussi, le spectateur assiste-t-il à leur défilé avec une certaine distance; plus poignant est le bref dévoilement de la victime méconnaissable de Nolter sous l'œil goguenard de quelques étudiants qui sont bien loin d'imaginer que ce qu'ils prennent pour un canular n'est autre que leur amie disparue pour laquelle ils se font tant de souci.

Tandis qu'une jeune fille s'effeuille pour prendre son bain, son fiancé, cobaye malgrè lui des terribles errements du savant fou, s'effeuille pour de vrai en s'introduisant par la fenêtre de sa dulcinée, l'infortuné produit d'expérience ayant les bras recouverts d'un feuillage transgénique - créé par le maquilleur Charles E. PARKER, engagé d'ordinaire sur des films plus traditionnels; dans la grande tradition de FRANKENSTEIN, le monstre engendré par la vanité scientifique viendra finalement demander des comptes à son créateur.

La réalisation n'est peut-être pas particulièrement remarquable mais le film baigne dans un climat de malaise persistant, agrémenté de quelques scènes fort angoissantes, comme la découverte sous un chapiteau par un étudiant soupçonneux du corps hideux et suffocant de la créature à l'agonie son ancienne condisciple, bientôt suivie d'une éprouvante poursuite nocturne dans le cirque désert.

Jack CARDIFF, directeur de la photographie reconnu, et aussi auteur d'un petit film d'épouvante empli de créatures effroyables.

(* l'éditeur français de la vidéo avait toutefois prévenu sur la jaquette en annonçant : illustration non contractuelle !.. )

mercredi 15 avril 2009

P.J. FARMER, UN CELEBRE ECRIVAIN D'APRES GUERRE

On vient d'apprendre la disparition de James BALLARD, auteur de textes poético-écologiques - dont le fameux CRASH adapté au cinéma par David CRONENBERG*. Un autre écrivain de science-fiction emblématique des années 1960-70 l'avait de peu précédé. Disparu à l'âge de 91 ans le 25 février 2009, Philip José FARMER était un écrivain de science-fiction qui ne rechignait pas à prendre à rebours la tradition du genre en abordant, parfois de manière concrète, la sexualité, comme au travers de cette relation intime entre un homme et une extraterrestre dans LES AMANTS ÉTRANGERS, motif qui lui valut d'être refusé par plusieurs revues de science-fiction, notamment par le célèbre rédacteur en chef John CAMPBELL. FARMER écrira aussi des œuvres versant ouvertement dans la pornographie, telles que COMME UNE BETE qui traite de vampirisme, ce qui ne suscitera naturellement pas l'unanimité parmi les lecteurs de science-fiction.

On lui doit aussi des récits mettant en scène des personnages célèbres de l'imaginaire populaire, parmi lesquels un roman propulsant le Phileas Fogg du TOUR DU MONDE EN 80 JOURS dans des aventures interplanétaires. FARMER les présentait comme des personnages ayant réellement existé et dont les caractéristiques les plus extraordinaires s'expliquaient par l'influence d'une météorite au rayonnement de laquelle ils avaient été simultanément exposés. Le film LA LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES est basé sur une approche comparable. La biographie de ces personnages était parfois déclinée sur un mode grivois. L'écrivain de science-fiction s'est aussi amusé à écrire un roman sous le nom de Kilgore TROUT, un écrivain imaginaire apparaissant dans les oeuvres de Kurt VONNEGUT; ce dernier aurait paraît-il peu apprécié cet accaparement.

Couverture pour l'édition américaine de CHACUN SON TOUR ( THE OTHER LOG OF PHILEAS FOGG ), qui change le célèbre globe-trotter de Jules VERNE en émule du Docteur WHO.

Une de ses œuvres les plus connues est LE MONDE DU FLEUVE, cycle passionnant mais assez interminable dans lequel les défunts, incluant des personnages historiques connus, comme l'écrivain Cyrano de BERGERAC popularisé par Edmond ROSTAND, et même des hominiens de la préhistoire, ressuscitent sur une planète géante, certains entreprenant de remonter le cours d'un fleuve gigantesque car convaincus que la solution de l'énigme puisse être découverte à sa source. L'une des figures les plus importantes du cycle, le personnage de GOERING, a été évincée de l'adaptation télévisée au bénéfice d'un dictateur de l'Empire romain, NERON, sans doute par crainte d'alimenter la controverse en risquant de conférer un minimum de sympathie à ce personnage d'un passé encore récent**, quoique présenté par l'écrivain comme non dépourvu d'ambiguïté quant à son prétendu amendement ( on peut de plus relever que l'empereur incendiaire - d'ailleurs plus machiavélique que fou dans cette incarnation - affiche plus immédiatement son penchant pour la violence que son pendant nazi chez FARMER, et que, par ailleurs, son interprète, qui ressemble à l'acteur David WARNER, est physiquement plutôt éloigné des portraits connus de l'intéressé, plus rond de visage ). L'écrivain était l'auteur d'un autre cycle, LA SAGA DES HOMMES-DIEUX, témoignant d'une imagination échevelée.

Une créature hybride issue des mondes fantasmagoriques du cycle de la SAGA DES HOMMES-DIEUX, représentée par SIUDMAK ( couverture du roman LES PORTES DE LA CREATION ).

FARMER semble s'être assez fréquemment inspiré
de thèses psychanalytiques, très en vogue durant la décennie ( comme s'en faisait d'ailleurs écho le remake de 1978 de L'INVASION DES PROFANATEURS ). Dans LA PLANETE DU DIEU, des hommes sont confrontés à une entité qui se présente comme l'image du Dieu paternaliste, figure absolue du Père par excellence, paraissant issu de l'Ancien testament. Dans LA MERE, il assigne à une créature extraterrestre sessile le rôle de la génitrice protectrice, réduite à sa fonction symbolique, un humain s'y lovant pour y retrouver la quiétude et la douceur de la vie intra-utérine.

Vue en coupe de LA MERE telle que représentée par l'illustrateur Wayne BARLOWE, un des rares exemples de forme animale sessile de la science-fiction; à maturité, la créature donne naissance à sa progéniture, des êtres mobiles qui ressemblent à des limaçons.

OUVRE MOI, Ô MA SŒUR est une autre histoire de rapport interplanétaire entre un homme et une extraterrestre humanoïde. L'auteur y dépeint des cycles biologiques très différents du nôtre; comme dans la plupart des œuvres de science-fiction, le personnage principal paraît tirer remarquablement vite des conclusions de ses observations et des explications par gestes de son interlocutrice. Il semble n'exister sur la planète Mars qu'une seule espèce animale, les différentes formes correspondant à des stades ou des générations différentes. L'organisation des Martiens s'apparente à celle des Insectes sociaux, avec une reine, des ouvrières, des larves, ressemblant pour certaines à des Vers luisants, pour d'autres à des Raies, lesquelles contribuent à la subsistance et aux conditions écologiques de la colonie exploitant une plantation. Le personnage humain y fait aussi la connaissance d'une extraterrestre humanoïde venue étudier notre système solaire, face à laquelle il est tiraillé entre sa gratitude, celle-là lui ayant sauvé la vie, de même que par une certaine attirance physique, et d'autre part, par son souci de protéger l'espèce humaine d'une civilisation à la technique plus avancée. Les deux espèces étrangères ont en commun d'être essentiellement féminisées; chez les Martiens, il n'existe qu'un seul mâle fécondant la colonie, dont la férocité est une menace telle qu'il doit être maintenu en cage en permanence, tandis que chez la seconde espèce, il ne semble même pas exister de mâles - à l'instar de ce qui s'observe sur notre monde chez nombre d'espèces de Rotifères, animaux microscopiques vivant dans les mousses humides et les eaux douces. La créature extraterrestre héberge en son sein une forme embryonnaire aux allures de ver, qui collecte son ovule ainsi que celui d'autres femelles lors de rapprochements, puis, une fois adulte, opère une fusion de ces gamètes engendrant de nouveaux individus. Les deux espèces extraterrestres ont aussi en commun que les communications ont pour l'essentiel lieu au travers d'échanges buccaux et de salive; les freudiens diraient que ces êtres demeurent au "stade oral" chez lequel le nouveau né entre en contact avec son environnement en portant tout à sa bouche, comme sans doute nos lointains ancêtres avant qu'ils ne se dotent de mains pour la préhension. A l'issue de la nouvelle, le personnage principal laissera triompher l'instinct destructeur de l'humanité, ici identifié d'ailleurs à la violence masculine. Le pardon qui est accordé à l'humain sera pour lui synonyme de la plus terrible des punitions.

Les ouvrières martiennes dépeintes dans la nouvelle OUVRE MOI, Ô MA SŒUR, reposant grâce à leurs pattes spatulées sur la nappe gélatineuse constituée de micro-organismes, dans laquelle les membres de l'expédition terrienne ont sombré. En arrière-plan, l'humanoïde tenant l'embryon.

La première fois que le personnage central de OUVRE MOI, Ô MA SŒUR aperçoit l'extraterrestre humanoïde, il lui prête deux têtes en interprétant ainsi la présence dans le casque de la tête de l'embryon accompagnant sa mère porteuse; bien que vermiforme, sa tête rappelle un peu celle d'un bébé, et il est dépeint, en dépit de l'horreur qu'il suscite chez l'humain, d'une manière un peu moins horrifiante que celle par laquelle l'illustrateur l'a représenté.

Une analyse très complète de la thématique de l'auteur récompensé par trois prix Hugo - distinction importante en l'honneur du prénom de l'initiateur de la science-fiction américaine - due à la plume du célèbre écrivain de science-fiction Gérard KLEIN, peut être lue à cette adresse :
www.quarante-deux.org/archives/klein/divers/farmer.html


_______________________________________

Mentionnons au passage la disparition conjointe de quelques autres personnes ayant quelque lien lointain avec notre thématique. Natasha RICHARDSON est décédée le 18 mars 2009 des suites d'un accident de ski alors qu'elle suivait son premier cours d'initiation. Son mari l'acteur Liam NEESON ( qui était notamment apparu pour un de ses premiers rôles dans un film fantastique, KRULL, dans lequel il incarnait un membre d'une troupe de brigands ) a accepté que ses organes soient donnés à des receveurs, ce qui est tristement approprié en cette année officielle du don d'organes. Fille de l'actrice britannique Vanessa REDGRAVE, Natasha RICHARDSON avait notamment, après Elsa LANCHESTER dans LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN de James WHALE, interprété dans GOTHIC***, sous la direction de Ken RUSSELL, avec une grâce un peu sulfureuse, l'écrivain Mary SHELLEY à travers le récit des circonstances ayant présidé à la création du roman FRANKENSTEIN, lequel, en dépit de son atmosphère de fantastique romantique gothique, est l'œuvre fondatrice la plus ancienne et incontestable de la science-fiction, augurant notamment d'une longue descendance de savants fous créateurs des monstres les plus divers. Marilyn CHAMBERS, disparue à 56 ans le 12 avril 2009, était quant à elle une actrice pornographique qui s'est fait connaître des cinéphiles au travers du rôle principal du second long métrage du cinéaste passionné par les mutations, David CRONENBERG, RAGE, dans lequel elle incarnait le cobaye d'un chirurgien dément; elle interprète avec une candeur inquiétante cette jeune fille qui donne la mort à ceux qu'elle rencontre, alors qu'elle paraît de prime abord sans défense et fort inoffensive, préfiguration, comme le film précédent du cinéaste, FRISSONS, du SIDA, corollaire mortel de la libération sexuelle.

Scène de RAGE : la solitude de Rose, interprétée par Marilyn CHAMBERS - on peut voir à gauche l'affiche de CARRIE avec Sissi SPACEK, qui avait été initialement pressentie pour le rôle.

Pat HINGLE ( à ne pas confondre avec Art HINDLE qui a joué dans plusieurs films fantastiques des années 1970 ), né Martin Patterson HINGLE, disparu à l'âge de 84 ans le 3 janvier 2009, avait souvent interprété, en particulier à la télévision, des grands-pères un peu bougons mais au cœur généreux, avec pratiquement la même physionomie depuis toujours. Il était notamment apparu dans MAXIMUM OVERDRIDE, film réalisé par Stephen KING d'après une de ses nouvelles, ainsi que dans les différents films autour du justicier BATMAN. En matière de créatures, il avait joué dans le fort peu connu téléfilm SHOCK INVADER - NOT OF THIS WORLD, réalisé par John HESS, dans lequel il affrontait des extraterrestres se nourrissant du potentiel électrique de leur victime, des êtres étranges dont la texture rappelait celle du papier mâché et dont la morphologie évoquait quelque peu les souches d'arbre inquiétantes vues dans la scène du cauchemar dans la forêt du dessin animé de DISNEY, BLANCHE-NEIGE.

L'acteur Pat HINGLE, qui impose sa présence
de grand-père protecteur et décidé dans SHOCK INVADER

La créature du téléfilm SHOCK INVADER, mâchoire ouverte
( les mandibules sont disposées horizontalement tel un sécateur ),
conçue par Alex RAMBALDI, fils de Carlo RAMBALDI,
grand concepteur d'effets spéciaux évoqué dans l'article d'octobre 2008

Les médias français ont unanimement rendu hommage à Maurice JARRE décédé le 29 mars 2009 à Los angeles à 84 ans, alors qu'ils avaient totalement ignoré la disparition d' un autre compositeur de cinéma, très inventif et talentueux, Jerry GOLDSMITH, il y'a quelques années ; il est vrai que JARRE, installé depuis très longtemps aux Etats-Unis, était français. Il était l'auteur des compositions de bien des films connus, d
e LAWRENCE D'ARABIE à GORILLES DANS LA BRUME ( le film rendant hommage à Dian FOSSEY, protectrice des Gorilles de montagne ) en passant par le très réussi JESUS DE NAZARETH de Franco ZEFFIRELLI. En matière de science-fiction, il avait composé la musique épique du film ENEMY MINE de Wolfgang PETERSEN, dans lequel on peut admirer quelques espèces extraterrestres conçues par Chris WALAS. (* film très apprécié des critiques, dont l'intérêt m'a cependant paru bien peu évident, au point de n'être pas allé le voir au cinéma et de l'avoir visionné à la télévision le doigt rivé à la touche d'avance rapide, moi qui suis pourtant un inconditionnel de la première partie de la carrière cinématographique du réalisateur; à noter que deux ans avant la parution du roman de BALLARD en 1973, Brian LUMLEY, disciple de LOVECRAFT, avait écrit une nouvelle intitulée UN FOU DU VOLANT, qui traite aussi de la fascination pour l'automobile et de l'acceptation des accidents de la route comme sacrifice consenti à l'idole de la modernité .)

(**curieusement, ce sont les auteurs de science-fiction les plus marqués à gauche qui se montrent les mieux disposés au sujet des criminels nazis : FARMER présente au départ GOERING en lui prêtant une certaine bonhommie, Philip K. DICK paraît fugitivement admirer l'ascétisme de HIMMLER dans le célèbre roman uchronique LE MAITRE DU HAUT CHATEAU et Normad SPINRAD a écrit la biographie d'un HITLER fictif devenu un auteur d'heroic-fantasy après avoir trouvé refuge aux Etats-Unis suite à la victoire des communistes spartakistes dans REVE DE FER. )

( ***un autre film, HAUNTED SUMMER, revient sur la genèse de cette création fondatrice. )