vendredi 24 mars 2017

IL AVAIT IMAGINE LA CREATURE DU MARAIS

     
           On savait que Bernie Wrighston luttait contre une grave maladie depuis ces dernières années ; le cancer aura finalement eu raison de cet artiste renommé, disparu à l’âge de 68 ans ce 19 mars 2017, comme annoncé par son épouse Liz sur son site officiel. Le style très reconnaissable de cet illustrateur excellant dans le macabre était bien connu des amateurs de fantastique.


Né le 27 octobre 1948 à Baltimore, dans l’État du Maryland aux Etats-Unis, il suit une formation artistique le préparant à devenir auteur de bande-dessinées, et débute comme illustrateur dans le journal Baltimore Sun. Il est engagé par Dick Gordiano, l’éditeur de D.C. Comics, à qui il livre sa première contribution au genre pour le numéro 179 du périodique House of mystery, et il travaille aussi pour le concurrent Marvel comics.


                 Bernie Wrighston a conféré toute son étrangeté à la forme tourmentée de ce monstre.

En 1971, il crée avec le scénariste Len Wein son personnage iconique, la Créature du marais (the Swamp Thing), l’histoire du biologiste Alec Holland (nommé initialement Alex Olsen lorsqu’il est apparu pour la première fois dans le numéro 92 du périodique House of secrets paru au début de l’été 1971) transformé en humanoïde végétal suite à sa contagion par ses cultures de cellules végétales pourvues d’un noyau d’origine animale. Bernie Wrighston saura par son trait évoquer à la perfection la mélancolique solitude de ce justicier malgré lui, en butte aux manigances du savant fou avide de pouvoir Arcane aspirant à utiliser ses connaissances, et qui est dorénavant condamné à demeurer aux marges de l’humanité, au sein des marécages avec lesquels il fait corps. Le caractère douloureux s’attachant au personnage est encore amplifié par son mutisme, limitation sur laquelle reviendra plus tard le scénariste Alan Moore en lui permettant d’échanger verbalement avec les autres protagonistes. Celui-ci lui conférera aussi une version différente de son origine, en postulant que le scientifique est mort dans le marais et que son organisme a été absorbé par un agrégat végétal, en faisant une sort d’"élémental", le rapprochant encore davantage de L’Homme-Chose (the Man-Thing), engendré de la même manière dans la série dont il est le personnage éponyme, créée en mai 1971 notamment par le scénariste Stan Lee – on pourrait ainsi imaginer que la Créature du marais a été inspirée par l’Homme-Chose si ces deux personnages apparus presque simultanément n’avaient été précédés d’une autre créature assez analogue, celle de The Heap imaginée le scénariste Harry Stein en 1942, à savoir un ancien soldat allemand de la Première guerre mondiale ayant survécu à la mort, couvert d’un amoncellement de détritus, ce qui dissuada les éditions Marvel d’entamer une action en justice sur la base des similitudes existant entre La créature du Marais et leur propre personnage. La série de La créature du Marais, reprise par d’autres auteurs, fut promise à une grande postérité, et le personnage aura l’honneur d’être transposé à plusieurs reprises au cinéma, d’abord avec le film de Wes Craven en 1982, La Créature du marais (The swamp Thing), pour lequel le maquilleur William Munns aura la tâche de créer les effets spéciaux avec un budget modeste, incluant la régénération très réussie d’un bras, dans lequel le personnage-titre est interprété par Ray Wise (Robocop) et le cascadeur Dick Durock sous le costume  parfois suppléé par William Munns lui-même, puis dans La Créature du lagon (The Return of the Swamp Thing), réalisée en 1989 par Jim Wynorski, avant de donner lieu à une série télévisée.


La Créature du Marais née de la main de Bernie Wrighston aux prises avec une incarnation monstrueuse d'Arcane accompagnée du résultat de ses expérimentations.

Le personage solitaire porté au cinéma en 1981, qui affronta à l'occasion de deux films Arcane interprété par Louis Jourdan - disparition récente évoquée brièvement en ces pages en mars 2015, où on signalait aussi le combat que livrait Bernie Wrightson contre la maladie).

Bernie Wrighston illustre aussi en noir et blanc des classiques du genre, livrant des adaptations d’histoires d’Edgard Allan Poe et d’Howard Philip Lovecraft pour Warren Publishing, maison pour laquelle il travaille à partir de 1974 après avoir quitté D.C. Comics, puis cinquante illustrations pour une nouvelle édition du roman Frankenstein, exécutées à la plume et à l’encre, qu’il considère comme la quintessence de son travail. Il honore aussi de son talent l’œuvre de l’auteur contemporain Stephen King. Il crée ainsi l’affiche du film à sketchs Creepshow, réalisé par George Romero en 1982, basé sur un scénario agencé par l’écrivain à partir des bandes dessinées d’humour noir E.C. Comics, et, retour aux sources qui confine à la mise en abyme, se charge de l’adaptation en bandes dessinées du long métrage - à l'exception de la couverture exécutée par Jack Kamen évoqué dans l'hommage à Al Feldstein de mai 2014. Il illustre le roman de King Le cycle du Loup-garou (Cycle of the Werewolf), dans un style comparable à son travail pour Frankenstein, ainsi que Le Fléau, (The Stand), La Tour sombre V (The dark Tower V) et son roman plus récent Roadmaster (From the Buick 8).


Frankenstein



L'affiche du film Creepshow par Bernie wrighston, et le monstre de la caisse recréé dans l'adaptation en bande dessinée du film.


                                                                                                                                           Une formidable retranscription des créatures de Roadrunner d'après Stephen King.                                                                                                                                            

         Bernie Wrighston a aussi contribué à dessiner certaines des aventures de super-héros connus comme The punisher, Batman et Spiderman auquel il a notamment consacré l’album La Fureur à mille têtes (The amazing-spider man : Hooky) en 1986 dans lequel l’Homme-araignée combat une monstruosité protéiforme, prétexte pour l’artiste à laisser libre court avec maestria à ses capacités de retranscrire les chairs torturées et les gueules béantes pleines de fureur, dont on retrouve quelque écho en 1996 sur la couverture du tome 1 du portfolio de l'artiste



 Un assortiment de gueules et mâchoires qui empruntent à la lamproie et à la murène.



La Fureur à mille têtes ne trompe pas le lecteur sur la marchandise.

Un autre amoncellement monstrueux pour la couverture de The Ghoul 3 qui n'est pas sans rappeler l'extraterrestre polymorphe de The Thing de John Carpenter, dont Bernie Wrighston s'est plu à recréer l'une des manifestations iconiques (ci-dessous).


Comme ses confrères Mike Ploog, Kerry Gammill, William Stout ou encore Neal Adams, Bernie Wrighston se devait d’intéresser le cinéma. Il a ainsi fait partie des artistes conceptuels engagés pour imaginer les créatures de films comme S.O.S. Fantômes (Ghostbusters), Galaxy Quest, The Faculty, Four of One, ou encore de l’adaptation cinématographique du roman de Stephen King The Mist.




Les chiens de l'Enfer de S.O.S. Fantômes (Ghostbusters).

Autre monstre de de S.O.S. Fantômes

Créature de Four of One

monstre de Chosen Ones


créature de the Faculty avant retouche par Kerri Gammill

 version fortement teintée d'exotisme pour l'hybride de La Mutante (Species)

Un Thermien de la comédie de science-fiction Galaxy quest.


Créatures de The Mist, un insecte de l'au-delà (en haut) et la "Grande Bête" (en bas), laquelle devait être animée sous forme de marionnette à fil avant que les producteurs prennent la décision contestable de la remplacer par une version créée par ordinateur.

Travail conceptuel pour la préquelle de The Thing


Nul doute que la disparition de Bernie Wrighston peinera plus particulièrement tous ceux qui avaient plaisir à le retrouver dans les conventions de bandes dessinées dans lesquelles il se rendait régulièrement, y signant de nombreux autographes, comme lui même dans sa jeunesse y avait rencontré le fameux auteur de bandes dessinées Frank Frazetta, décidant alors de concevoir à son tour des aventures pour le neuvième art. Il appartient dorénavant à son fils John, sculpteur et créateur de masques avec Neal Kennemore, petit-fils du maquilleur Michael McCracken évoqué en ces pages et fils de Jeff Kennemore, de continuer à porter bien haut son célèbre patronyme au travers de nouvelles créations. Qu’il soit ici assuré de nos condoléances les plus sincères.






Bernie Wrighston avec son Frankenstein et la Créature du Marais.

site officiel : http://berniewrightson.com/

-----------------

Signalons la sortie d'un recueil consacré aux créatures fabuleuses aux éditions Sombres Rets, rassemblant des textes inédits : 
http://sombres-rets.fr/tag/anthologie





samedi 4 février 2017

AMOURS SAUVAGES




           Moment d'apparente complicité avec Tilikum.


         Le célèbre orque épaulard Tilikum a succombe le 6 janvier 2017 des suites d'une infection pulmonaire bactérienne. L'animal avait défrayé la chronique de manière dramatique en ayant causé la mort de trois personnes en différentes occasions, la dernière fois en tuant Dawn BRANCHEAU au parc Sea World de Miami le 24 février 2010. Alors qu'elle effectuait une prestation avec son partenaire, la dresseuse avait été entraînée sous l'eau et l'animal l'avait brutalement empêchée d'en sortir par des coups redoublés, la malheureuse se noyant devant un public horrifié. La direction de Sea World tenta de rendre la jeune femme responsable de la tragédie, en laissant d'abord entendre qu'elle avait glissé d'elle-même, puis en prétendant qu'elle portait des cheveux trop longs, le cétacé étant censé l'avoir entraînée en la tirant par sa queue de cheval. Le même animal avait en 1991 tué dans les mêmes circonstances, avec le concours de deux femelles, une jeune soigneuse de 20 ans dans un autre parc aquatique au Canada, l'étudiante en biologie Keltie Lee BYRNE. Si, dans les deux cas, il y'a eu débat sur le point d'établir si la soigneuse avait perdu l'équilibre ou bien si le cétacé l'avait poussée délibérément, il est établi que le grand mâle n'a laissé aucune chance à ses victimes. L'animal est également impliqué dans le décès en 1999 d'un homme qui s'était introduit nuitamment dans son bassin pour nager à ses côtés, Daniel P. BURKES, et qui a été retrouvé mort reposant sur son dos avec des traces de morsure. Le maintien de l'animal dans le programme de représentation avait entraîné la crainte de la survenue d'une nouvelle tragédie. 

          La dernière victime, âgée de 40 ans, Dawn BRANCHEAU, était pourtant une dresseuse particulièrement expérimentée. Ayant assisté à l'âge de 9 ans à un spectacle d'orques, elle avait par la suite pu réaliser son rêve de travailler avec ces animaux. Il n'est pas douteux, quelque soit l'opinion qu'on peut avoir au sujet de ce type de manifestations et sans méconnaître les troubles qui peuvent être imputables à la captivité de cétacés et à leur longévité souvent écourtée, qu'elle était sincèrement attachée à ces mammifères marins et qu'elle avait apparemment établi avec eux une vraie complicité. Les orques étant des animaux très intelligents, il paraît un peu difficile de croire que les tragédies causées par Tilikum soient simplement accidentelles; l'animal avait fait preuve d'une grande violence ayant entraîné de multiples contusions chez Dawn BRANCHEAU, et Keltie Lee BYRNE avait fini par être écrasée contre la paroi du bassin après dix minutes insupportables, ses cris de terreur n'ayant en rien dissuadé les épaulards d'achever leur sinistre besogne. Bien que les victimes n'aient jamais été dévorées par leur agresseur, ce comportement rappelle la méthode de chasse de ces animaux qui affectionnent de jouer avec leur proie jusqu'à ce que celle-ci périsse d'épuisement (ce qui inciterait à penser que la cruauté vient avec la sophistication). Tilikum a en tout cas tristement démontré qu'il n'avait rien d'un animal familier en lequel on puisse avoir confiance. On reproche parfois aux défenseurs des animaux un attachement irréfléchi; cependant, tout comme son amie Brigitte BARDOT, créatrice de la fondation portant son nom qui a toujours affirmé qu'il valait mieux s'occuper des nombreux chiens abandonnés que de s'acharner à empêcher la mise à mort d'un molosse ayant démontré sa férocité, le célèbre défenseur des cétacés Paul WATSON avait déclaré qu'au vu de ses antécédents, il aurait pu être éventuellement envisagé de relâcher l'animal (bien celui-ci vive en captivité depuis l'âge de deux ans) mais que cela ne le choquerait pas que l'on euthanasie l'animal, jugeant en tout cas incompréhensible qu'on lui ait permis de tuer à plusieurs reprises au sein d'un parc aquatique, et beaucoup redoutaient la survenue d'un nouveau drame. La famille de Dawn BRANCHEAU assura pour sa part que la victime n'aurait pas voulu qu'on fasse de mal à Tilikum. La mansuétude de la famille de Dawn BRANCHEAU rappelle dans un cadre très différent la clémence des magiciens Roy HORN et Siegfried FISCHBACHER alors que le premier a été grièvement blessé lors d'une représentation de leur spectacle à Las Vegas par le Tigre blanc avec lequel ils travaillent. Les prestidigitateurs arguèrent qu'il ne s'agissait que d'un accident et nullement d'une attaque, et ont décidé de reprendre leur partenaire.

Les trois personnes tuées par Tilikum, de gauche à droite : Keltie Lee BYRNE, Daniel P. BURKES et Dawn BRANCHEAU.

                     Il semble en fait que les accidents causés dans les parcs d'attraction par ces puissants animaux ne soient pas rares, mais ils aboutissent rarement à de tels drames - bien qu'un autre dresseur nommé Jonathan SMITH semble avoir fait l'objet d'une tentative de noyade par des orques - alors qu'à la différence des dompteurs de cirque, les dresseurs n'utilisent pas de fouet durant les démonstrations, étant alors complètement à la merci de leurs partenaires marins. Il s'est en tout cas avéré que Tilikum était un animal dangereux, demeurant partiellement sauvage, qui aurait du ne plus être employé qu'à la reproduction. Il importerait également que des mesures de sécurité soient dorénavant impérativement adoptées pour limiter les risques tant que ce genre de spectacle est maintenu, telles que l'installation d'une aire de refuge dans le bassin, l'agencement d'un dispositif permettant de sortir facilement de l'eau (qui aurait peut-être offert une chance de survie à Keltie Lee BYRNE), la pose d'un câble avec treuil permettant de haler un dresseur en n'importe quel point du bassin, et une équipe de soigneurs prêts à intervenir, équipés avec un répulsif ou un autre procédé permettant d'éloigner l'agresseur en tout dernier recours. Préalablement, il est indispensable de n'utiliser pour les spectacles que les animaux les plus sociables, qui ne présentent pas de propension particulière à l'agressivité, en retenant essentiellement ceux nés en captivité qui ont pu développer avec l'homme une complicité avérée. Par ailleurs, le bien-être des animaux devrait être une priorité; il conviendrait que des représentants d'association de protection animale et des spécialistes du comportement soient associés à la gestion des mammifères marins captifs, afin de déterminer s'il est possible d'en disposer avec le moins de traumatisme possible ; on pourrait par exemple imaginer un aménagement permettant à ceux-ci de demeurer la plupart du temps en semi-liberté, veiller à respecter autant que possible leur organisation sociale, utiliser les produits détergents les moins nocifs pour le nettoyage des bassins et bien rincer ceux-ci avant réintégration des animaux, déterminer les matériaux dont les caractéristiques empêchent une trop importante répercussion des échos émis par le sonar des cétacés susceptible de les incommoder; enfin, comme pour les animaux terrestres des zoos, proscrire les captures traumatisantes en développant un programme pertinent de reproduction des animaux - d'où l'intérêt de Tilikum, à la nombreuse descendance. Les parcs marins confirmeraient par ailleurs leur intérêt sincère pour les cétacés en s'associant aux programmes de protection de ces animaux dans leur milieu naturel.

Un plaidoyer pour la libération des orques dans le film SAUVEZ WILLY

                 L'effroyable décès de Dawn BRANCHEAU avait fait rebondir la controverse sur la présence des cétacés dans les parcs marins, les associations de protection animale considérant que leur captivité n'est pas compatible avec leur bien-être, en raison de l'entrave à la communauté naturelle dans laquelle vivent ces espèces en groupe plus important, de l'exiguïté de leur bassin, notamment pour de gros animaux comme les orques, les bélugas et même les baleines grise, et de la teneur en chore qui irrite leur peau, yeux et muqueuses, ce qui ne les prémunit pas pour autant des affections bactériennes comme celle à laquelle a succombé Tilikum. Le plus choquant reste actuellement le projet de prélèvement de nouveaux animaux dans l'océan pour des parcs en Asie, alors que le principe des zoos est actuellement de faire se reproduire des spécimens déjà en leur possession,mais les règles ne sont pas nécessairement appliquées pour les parcs de loisirs. Au traumatisme pour les animaux d'être retirés de leur milieu naturel s'ajoute les circonstances abominables laissant pour morts certains d'entre eux, comme l'a montré le film ORCA de Michael ANDERSON. Un des participants d'une véritable capture d'orques a d'ailleurs révélé que, bien qu'ayant pris part à de peu honorables actions en Amérique du sud en tant que mercenaire, cet épisode demeure celui de son existence qui lui inspire le plus de honte, comme on peut l'apprendre dans le documentaire Blackfish, l'orque tueuse, à visionner sur le site Vimeo. La Californie a pour sa part, interdit par une loi du 8 octobre 2016 promulguée par le gouverneur démocrate Richard BLOOM la captivité des orques.

L'éprouvante capture dans ORCA, hélas plutôt en dessous de la réalité; le responsable interprété par Richard HARRIS est atteint par le remord et accepte de subir la colère du mâle dont il a fait périr la famille.

                De son côté, le chimpanzé Travis, qui avait tourné dans de nombreuses publicités et autres émissions télévisées, a défiguré atrocement Charla Nash le 16 février 2009 alors qu'elle s'était rendue chez Sandra Herold, détentrice de l'animal. La victime a survécu dans une triste condition tandis que l'anthropoïde a été abattu par la police non sans qu'il ait tenté de s'en prendre à un officier, retournant finalement dans la maison pour mourir à côté de sa cage. Il s'est avéré que l'animal devenait agressif en vieillissant comme il est habituel dans son espèce, et que sa maîtresse lui avait donné le funeste jour un médicament anti-anxiété, le Xanax, qui peut provoquer des toubles extrêmes de comportement. Les chimpanzés étant assez imprévisibles, le cinéma emploie plus volentiers des orangs-outans, beaucoup plus calmes, quitte à les travestir en faisant appel à des maquilleurs spécialistes des animaux comme William Munns (voir la seconde partie de l'article sur les costumes de singes à l'écran). Il est rapporté à cet égard que Manis, l'orang-outan qui a joué aux côtés de Clint Eastwood dans DOUX, DUR ET DINGUE, n'aurait pas été très bien traité par son dresseur et certains l'accusent même d'avoir causé sa mort par des actes de violence.

                Dans les parcs zoologiques, la proximité des animaux avec les humains ne doit pas occulter le fait que ceux-ci demeurent malgré tout davantage des bêtes sauvages que des animaux familiers. En avril 2007, un employé du zoo de Taïwan s'est fait sectionner un bras par un Crocodile; l'issue a été plus heureuse que dans le remake du film LA FÉLINE, qui montrait une scène similaire fatale impliquant une Panthère, le bras de l'infortuné ayant pu être recousu. Les visiteurs ont tout particulièrement une propension à se laisser abuser par l'apparente placidité des animaux. Au zoo de Bâle, un garçonnet ayant pénétré dans un enclos dans l'intention de caresser un bébé rhinocéros aurait été tué par sa mère qui a chargé l'intrus. Plus étonnement, les guépards qui n'attaquent guère l'homme dans le milieu naturel ont tué des enfants dans des zoos français, à Doué-la-Fontaine et à la Palmyre, après être parvenus à forcer les grillages les séparant des visiteurs. En dépit de leur intelligence et de la délicatesse dont ils savent généralement faire preuve, les éléphants peuvent être imprévisibles et tuer à l'occasion leur soigneur, comme au zoo de Zurich dans les années 1940. On pense aussi à un certain nombre d'accidents impliquant notamment des éléphants, souvent occasionnés par les mauvais traitements imputables au dressage dans des cirques ou les exploitations de forestiers en Inde. Il a ainsi été révélé que les bébés éléphants sont torturés dans les pays d'Asie pour leur inspirer la peur de l'homme afin que plus tard ils soient totalement obéissants lorsqu'il s'agit de transporter des touristes sur leur dos, notamment en Thaïlande. Le lecteur pourra trouver davantage de précision sur cette page et regarder la vidéo qui est à déconseiller aux personnes sensibles : http://www.sethetlise.com/article-faire-de-l-elephant-en-thailande-ce-qu-on-cache-aux-touristes-123067764.html. Evidemment, il s'agit là il s'agit là d'une situation bien différente de celle de ceux qui aiment les animaux d'un amour désintéressé quelque soient les risques qu'ils encourent.


L'horrible attaque d'un employé par une panthère noire dans le remake de LA FELINE (CAT PEOPLE).

      A fortiori, l'animal sauvage dans son milieu naturel reste potentiellement dangereux, soit parce que son instinct l'incite, non sans raison, à se méfier de l'homme, mais aussi parce qu'il défend son territoire, ou tout simplement parce qu'il fait partie des prédateurs. C'est habituellement le cas des ours. Du nounours attendrissant créé pour les enfants en souvenir de l'ourson qu'aurait gracié le président américain Theodore ROOSEVELT au prédateur terrifiant du film d'épouvante GRIZZLY en passant par l'ours rusé des contes médiévaux et la figure semi-anthropomorphe qu'il a inspiré dans la culture basque, le Basajaun, l’ambiguïté de l'animal est bien présente dans la culture, et son apparence pataude fait parfois oublier que c'est un carnassier. C'est probablement en oubliant quelque peu cette réalité qu'un étudiant d'origine indienne âgé de 22 ans trouvait la mort dans des circonstances tragiques au sein de la réserve d'Apshawa, dans l'état du New Jersey. Le 21 septembre 2014, Darsh PATEL visitait la réserve avec quelques amis lorsque le groupe a perçu un ours noir. Le jeune homme, enthousiaste, a entrepris de le photographier alors même que l'animal se dirigeait vers lui. L'ursidé a attrapé l'infortuné et entrepris de le dévorer. La police a finalement dû abattre l'animal pour récupérer le corps. Le groupe a tristement méconnu la règle qui nécessite un certain sang-froid, selon laquelle il ne faut pas fuir devant un ours car cela active chez l'omnivore l'instinct du prédateur. Plus récemment, le 28 septembre 2015, furent retrouvés les restes d'une femme de 67 ans, Kay GRAYSON, une solitaire connue pour nourrir les ours en Caroline du Nord avec des cacahuètes et de la nourriture pour chien, que la police suppose avoir été dévorée par des ours noirs. 

       L'imprudence a aussi été fatale à un naturaliste passionné par les grizzlys ainsi qu'à sa compagne. Timothy DEXTER dit Timothy TREADWELL s'était pris de passion pour la protection de ces ours après avoir échappé à une grave overdose dans sa jeunesse. Il passa treize étés en Alaska en compagnie de ces animaux, les côtoyant de très près, malgré la prudence dont il se réclamait. Le non-respect de certaines règles, notamment son installation fixe, lui valut des difficultés avec les responsables de la réserve. L'issue tragique fut précipitée lorsque Timothy TREADWELL et sa compagne Amie HUGHENARD campèrent alors que l'hiver approchait et que les animaux étaient devenus agressifs dans leur quête de nourriture. Il semble que les ours avec lesquels les naturalistes amateurs avaient établi des contacts étaient déjà partis hiberner et que ceux qui ont attaqué le couple étaient des nouveaux venus. Le pilote qui est venu les rechercher a découvert un bien triste spectacle, les deux explorateurs ayant été dévorés par les prédateurs affamés. Le cinéaste Werner HERZOG, réalisateur notamment du remake de NOSFERATU, a consacré un film à cette épopée tragique, GRIZZLY MAN. 

Thimothy TREADWELL

Scène du documentaire de Werner HERZOG qui lui est consacré.

  Un film d'épouvante qui présente l'ours comme un terrifiant prédateur.

Le personnage interprété par Anthony Hopkins vent chèrement sa peau dans A COUTEAUX TIRES (THE EDGE), face à un ours anthrophage, à l'inverse de celui de L'OURS de Jean-Jacques ANNAUD, dans lequel les agresseurs sont des chasseurs.

             Si Dian Fossey a été assassinée pour avoir voulu défendre les gorilles de montagne au Rwanda, Timothy TREADWELL n'est pas le seul passionné ayant accepté de mettre sa vie en jeu au nom de la protection animale qui fut victime de ceux-là mêmes en faveur desquels il s'investissait. On sait que les régions tropicales regorgent d'espèces venimeuses, sans doute parce que le foisonnement de la vie qui y règne a entraîné une concurrence encore plus impitoyable entre espèces. Un naturaliste australien très apprécié, Stephen Robert - dit Steve - IRWIN, qui s'impliquait dans la protection animale, en a fait les frais d'une manière dramatique le 4 septembre 2006 à Batt Reef. Surnommé "Crocodile Hunter", il avait repris le zoo du Queensland créé par ses parents, des naturalistes passionnés par la protection de la faune. Dès l'âge de 9 neuf ans, le jeune Steve, encouragé par son père, un herpétologiste ( zoologiste étudiant les Reptiles ) qui lui avait offert un python de 4 mètres de long pour son sixième anniversaire, affronte son premier crocodile. Il capture ensuite les crocodiles vivant à proximité d'habitations en les transférant dans le parc zoologique et participe au programme initié par son père pour assurer leur protection au Queensland. Il a également à son actif des émissions télévisées de vulgarisation, où il met en scène les animaux avec une manière spectaculaire qui lui est parfois reprochée, mais en ayant toujours pour finalité la protection animale - il avait pour modèle le fameux réalisateur de documentaires animaliers David ATTENBOROUGH. Son engagement offensif en faveur de la protection des baleines le rapproche du célèbre dissident de Greenpeace, fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society, Paul WATSON, lequel renommera un navire en son hommage suite à sa disparition, survenue alors qu'une expédition en commun était en préparation. Steve IRWIN avait fondé sa propre association, Wildlife Warriors, investie dans de nombreux projets de protection des guépards en Afrique du sud, des éléphants, tigres et orangs-outans en Asie, ou encore des diables de Tasmanie sérieusement menacés en Océanie (sujet évoqué en juillet 2008 dans "l'étrange extinction des marsupiaux"). Cette entreprise se poursuit au travers de son épouse, Terri, et de sa petite fille Bindi (dénommée ainsi par référence à un spécimen de crocodile marin), devenue son porte-parole. C'est un malheureux concours de circonstances qui a causé le décès brutal de cette personnalité. Le 4 octobre 2006, alors qu'il était en tournage sur la Grande barrière de corail pour le documentaire Ocean's Deadliest ("le plus mortel de l'océan"), Steve IRWIN avait entrepris de tourner une séquence pour une émission présentée par sa petite fille lorsqu'il a reçu dans la poitrine les coups redoublés de l'aiguillon empoisonné d'une Raie pastenague dont il s'était rapproché, dont une au niveau du cœur; il a péri rapidement d'une hémorragie alors qu'il tentait d'extirper l'éperon. Cette tragédie a provoqué une si vive émotion que, dans les semaines qui suivirent, une dizaine de Pastenagues dont la queue avait été coupée furent découvertes sur les plages du Quensland, sans doute victimes d'admirateurs bouleversés; ces actes ont été condamnés par un proche du défunt qui a estimé qu'ils allaient à l'encontre de son engagement pour la défense de la vie sauvage.


Steve IRWIN

Le comédie australien Paul HOGAN dans le rôle de "Crocodile Dundee", inspiré de Steve IRWIN.

        Un autre passionné de reptiles a fait de corps à corps périlleux avec leurs plus redoutables représentants sa passion. L'herpétologiste américain Brady BARR s'est également spécialisé dans la capture de crocodiliens de toutes espèces. Impliqué dans nombre de programmes de protection des reptiles, il est surtout connu du public comme un intrépide explorateur susceptible de faire passer le vrai Indiana Jones pour un aventurier en charentaises, apparaissant dans des documentaires pour la chaîne de télévision National geographic, notamment la bien nommée Dangerous Encounters. Il capture à main nu les serpents au venin le plus toxique et est revenu victorieux d'un combat sous l'eau avec une grosse femelle anaconda autour du cou, le plus grand serpent vivant, relâchant avec délicatesse le monstre qui avait tenté de l'étouffer. En dépit de rumeurs, Brady BARR est toujours bien vivant, bien qu'une de ses rencontres lui a laissé une vilaine blessure. Souhaitant lui de vaincre encore longtemps la mort qu'il affronte si souvent avec un flegme inénarrable.


Brady BARR et une écharpe improvisée, plus à sa taille que l'anaconda.

         Les rapports entre un homme et un animal sauvage, qui peut être partiellement apprivoisé mais qui demeure cependant toujours régi par l'instinct, sont par nature complexes. Seule une relation basée sur une confiance progressive entre l'animal et son mentor, et une dressage conçu comme une forme de jeu et non comme une contrainte fondée sur la peur et la punition, est capable de déboucher sur une certaine stabilité. Il convient aussi de toujours garder à l'esprit que les rapports avec un animal sauvage puissant ne sont jamais totalement sans risque et qu'en raison de la différence dans les tempéraments, au sein d'une même espèce certains individus se prêtent davantage que d'autres à l'instauration d'une proximité avec l'homme. Sans doute, dans l'idéal, vaudrait-il mieux que les animaux demeurent autant que possible dans l'environnement auquel ils sont adaptés, mais les portions de nature réellement vierges se restreignent de plus en plus, et les animaux présentés au public servent de médiation entre celui-ci et le monde vivant dont il peut être tenté de se détourner de plus en plus au nom du développement. Il reste à espérer qu'une véritable éthique voie le jour dans les parcs animaliers, et que l'étude du comportement animal permette d'appréhender toujours plus finement les réactions de l'animal de manière à ce que celui-ci, aussi bien que les personnes qui en ont la charge, tirent le meilleur parti de cette relation.



- - - - - - - - - - - - - - -

LE PERE PORTEUR DE L'ALIEN DISPARAIT
‌            


        Signalons la disparition du comédien britannique John HURT à l’âge de 77 ans des suites d'un cancer du pancréas le 25 janvier 2017. Les amateurs de films de monstres le connaissaient bien pour son rôle de Kane dans ALIEN de Ridley SCOTT. Dans ce classique de 1979, tiré d'un scénario de Dan O'Bannon, décédé il y'a quelques années (un petit hommage a été rendu à ce dernier en ces pages), il descendait dans la cale d'une épave extraterrestre et, en posant la main sur des œufs géants, était attaqué par une créature qui se fichait sur son visage en s'y agrippant, laquelle qui s'avérait n'être que la forme infestante. L'infortuné explorateur, enfin libéré de l'emprise de la forme de vie étrangère, ne sortait du coma que pour expirer sous la poussée de l'embryon à l'allure de piranha qui avait cru en son organisme et s'arrachait de son hôte pour poursuivre sa croissance et entreprendre de décimer le reste de l'équipage. Il reprendra son rôle dans une séquence parodique de LA FOLLE HISTOIRE DE L'ESPACE (SPACEBALLS) de Mel Brooks en 1987, dans lequel le petit monstre extirpé de son corps se met à exécuter un numéro musical inspiré de Maurice CHEVALLIER..!


 John HURT dans le rôle de Kane, l'explorateur trop téméraire de ALIEN, qui semble réchapper de l'attaque d'un parasite extraterrestre, mais la rémission sera de courte durée.

La réédition parodique dans LA FOLLE HISTOIRE DE L'ESPACE de sa mort d'ALIEN.

           John HURT avait deux ans plus tard été le principal interprète d'un autre film qu'on classe habituellement dans le genre fantastique bien qu'inspiré d'une histoire vraie, THE ELEPHANT MAN de David LYNCH. Dissimulé sous l'impressionnant maquillage agencé par Christopher TUCKER d'après les photos de Joseph, dit John, MERRICK, John HURT avait incarné cet infortuné Britannique affecté par une affection de type neurologique qui avait profondément bouleversé son apparence, en faisant un être repoussant, mais dont le cinéaste et le comédien avaient su parfaitement faire ressortir l'humanité, lors de scènes très touchantes, même si se basant sur les mémoires du chirurgien Frederick TREVES, le film présente une version quelque peu romancée faisant la part belle au médecin présenté comme un bon samaritain, occultant les années durant lesquelles l'"Homme-éléphant" avait poursuivi sa tournée dans les foires au sein des spectacles de monstres, avant de retrouver tardivement celui qui allait devenir son protecteur et qui ignorait jusqu'alors la vraie personnalité de celui qu'il avait considéré comme un simple sujet d'étude dépourvu d'intelligence en raison de son élocution difficile (la scène dans laquelle Anthony Hopkins dans le rôle de Treves affronte ainsi le forain Bytes sous les traits de Freddie Jones, déterminant le destin de "son" patient, est ainsi totalement inventée, tout comme l'évasion organisée par les nains pour le soustraire à Bytes qui est censé l'avoir fait enlever).


John HURT incarnant sous le maquillage de Christopher TUCKER le personnage historique de John MERRICK, restituant toute la délicate candeur de son émouvant modèle pour le film que lui a consacré David LYNCH.

            
       John HURT avait débuté à l'écran en 1962 dans THE WILD AND THE WILLING, et était apparu dans un grand nombre de productions. Dans le genre imaginaire, il avait été le principal interprète du remake de 1984 réalisé l'année du titre par Michael Radford, Winston Smith, poursuivi par le régime de Big Brother pour avoir aimé une femme à rebours des directives du parti unique et, renversement de perspective, était lui-même devenu le dictateur Adam Sutler dans V POUR VENDETTA (V FOR VENDETTA) de James McTEIGUE en 2006. En 1990, il avait été la vedette du dernier film réalisé par le producteur et réalisateur Roger Corman, FRANKENTEIN UNBOUND, dans lequel il incarne Buchanan, un scientifique du futur exalté par l'invention d'une arme météorologique que celle-là propulse dans le passé, l'amenant à rencontrer le Docteur Frankenstein, en lequel il découvre sa propre vanité de chercheur tout puissant ayant négligé les conséquences de ses travaux - quelques années plus tard, Kenneth BRANAGH confronterait à son tour dans la conclusion de son adaptation du roman Mary SHELLEY le capitaine d'une expédition polaire avec le savant trop audacieux, ramenant l'explorateur à plus d'humilité. Dans CONTACT de Robert Zemeckis, John HURT avait en 1997 livré la prestation marquante d'un milliardaire énigmatique, S.R. Hadden, finançant le programme de recherches spatiales qui amenait Ellie (Judith FOSTER) à se confronter avec elle-même. L'acteur était encore apparu dans HELLBOY (2004) et HELLBOY 2: LES LEGIONS D'OR MAUDITES (2008) de Guillermo del TORO dans le rôle du Professeur Trevor Bruttenholm, ainsi que dans la saga Harry Potter, interprétant Monsieur Ollivander dans HARRY POTTER A L'ECOLE DES SORCIERS de Chris Colombus en 2001 puis dans HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT de Davis YATES en 2010. A la télévision, il avait été le narrateur de l'excellente série MONSTRES ET MERVEILLES de Jim HENSON, introduisant les légendes en conversant avec son chien, une marionnette réaliste, et avait joué un avatar du Docteur Who pour le cinquantième anniversaire de la série anglaise en 2013 dans l'épisode THE DAY OF THE DOCTOR.


John HURT incarnant la victime du totalitarisme de Big Brother dans 1984 (à gauche), puis reprenant le rôle du dictateur omniscient dans V POUR VENDETTA (à droite).


L'impénétrable mécène de CONTACT.

L'hôte de DEMONS ET MERVEILLES et son compagnon qui nous introduisait dans des récits fabuleux issus de nos vieux mythes.


       Marqué par le rôle de THE ELEPHANT MAN, le comédien soutenait depuis 2003 en Angleterre et aux États-Unis la fondation du Syndrome de Protée, affection supposée être celle dont a pâtit Joseph Merrick, et depuis 2006 le projet Harar intervenant en faveur des enfants éthiopiens souffrant de déformations faciales.