mardi 22 décembre 2009

UNE INTERPRETATION EXTRA(TERRESTRE)

William BOYETT, un acteur insuffisamment honoré, qui s'investissait pourtant sans hésiter dans son jeu pour mieux entraîner le spectateur dans l'illusion cinématographique, loin des artifices des avatars virtuels.

Il existe nombre d'histoires de science-fiction dans lesquelles des formes de vie extraterrestres parviennent à infiltrer l'espèce humaine en prenant notre apparence ou en contrôlant notre esprit. Divers acteurs ont eu la responsabilité d'incarner ces usurpateurs à l'écran. Parmi ces manifestations de créatures non terrestres dont l'altérité est dissimulée par une apparence plus ordinaire, l'interprétation la plus pittoresque est très probablement celle de William BOYETT dans le film THE HIDDEN, un acteur disparu il y' a exactement 5 ans, le 29 décembre 2009, des suites d'une pneumonie et de problèmes rénaux.

Né le 3 janvier 1927, la famille de cet acteur s'installe à Los Angeles dans les années 1940. Après une expérience à la radio, et avoir servi lors de la Seconde guerre mondiale, il se produit sur la scène de théâtres, à Los Angeles comme à New-York. Il tourne par la suite à maintes reprises pour la télévision, obtenant le rôle traditionnel du supérieur autoritaire dans des séries policières comme EMERGENCY! et DRAGNET. Il figura aussi dans des épisodes de PERRY MASON et de STAR TREK : THE NEXT GENERATION. On put encore le découvrir à quelques occasions au cinéma, comme pour un petit rôle dans ROCKETEER.


ENQUÊTE SUR UN MYSTÈRE

William BOYETT aurait tourné en 1956 dans le classique PLANÈTE INTERDITE de Fred Leo McWILCOX. Cependant, il n'apparaît nulle part à l'écran, même à l'arrière plan, et son nom ne figure pas au générique du film. Il est y donc plus invisible que la créature immatérielle du film...

Il peut par contre être vu dans le tout dernier épisode de la série originelle THE OUTER LIMITS ( AU-DELA DU REEL en version française ), tourné en 1965, ENQUÊTE SUR UN MYSTÈRE. Il y apparaît comme le copilote d'un avion qui tombe dans l'océan dans le prologue. Etrangement, il n'est plus jamais vu après l'accident. On suppose donc qu'il a péri, mais aucun des survivants ne fait allusion à sa disparition et il est le seul à être ainsi éclipsé sans explication, se trouvant de la sorte privé de la possibilité de rencontrer l'étrange forme de vie extraterrestre primitive qui se manifeste par la suite.

William BOYETT ( à gauche ) fait une bien fugitive apparition dans le dernier épisode de la série AU-DELA DU REEL, ENQUETE SUR UN MYSTERE.

La science-fiction aurait dû lui sourire enfin lorsqu'il fut engagé pour un des principaux rôles du film THE HIDDEN, qui obtint le grand prix du Festival du film fantastique et de science-fiction d'Avoriaz en 1988. Plusieurs acteurs furent remarqués et primés, notamment Michael NOURI qui interprète le policier dépassé par une série de meurtres inexplicables. Les critiques associèrent aussi aux louanges Kyle McLACHLAN, qui joue le partenaire de celui-ci - en fait une entité extraterrestre qui a pris l'apparence d'un agent décédé afin de traquer la créature meurtrière, les commentaires soulignant la subtilité de son jeu. De manière plus inattendue, des seconds rôles furent aussi mis à l'honneur comme Jim KOUF, qui fut proposé aux Saturn Awards par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et d'horreur, ou Clu GULAGER, dont le nom était mentionné dans les journaux annonçant les diffusions du film tandis que celui de William BOYETT était systématiquement occulté et que sa prestation a été presque unanimement passée sous silence, alors qu'en réalité, c'est lui qui PORTE littéralement le film. Ce désintérêt pour sa participation au film est un nouveau mystère qui confirme les rapports étranges entre l'acteur et la science-fiction fort peu reconnaissante à son endroit ! La commémoration du cinquième anniversaire de sa disparition est une nouvelle fois l'occasion, après l'évocation du grand créateur de monstres du cinéma Rob BOTTIN conduit à une retraite forcée en raison de l'hégémonie des images de synthèse et l'hommage, cet été, au compositeur Jerry GOLDSMITH pour le cinquième anniversaire de sa disparition, de rendre justice à une personnalité marquante mais trop souvent délaissée du monde de l' imaginaire associé aux créatures qui nous occupent.

Le parasite extraterrestre de THE HIDDEN, qui évoque à la fois l'Escargot et l'Araignée, passe du corps agonisant de De Vries à celui de Jonathan Miller ( William BOYETT ), grâce aux effets spéciaux fort convaincants de Kevin YAGHER; malheureusement, le supplément du DVD sur le tournage des effets spéciaux n'est disponible que dans l'édition américaine.


UN JEU IMPRESSIONNANT


Le réalisateur, Jack SHOLDER, sait bien, lui, le crédit qu'il doit porter à William BOYETT pour le succès de THE HIDDEN. En effet, la crédibilité du film repose sur les agissements de la créature extraterrestre avide d'expérimenter de nouvelles sensations au travers de son corps d'emprunt, responsabilité qui incombe à William BOYETT pendant la majeure partie du film. Succédant à Chris MULKEY, qui fait une apparition courte mais efficace, William BOYETT, dans le rôle de Jonathan Miller, incarne le quinquagénaire qui hérite du parasite extraterrestre. Ayant calqué ses attitudes sur celui du chien qui sert à un moment de réceptacle à l'entité conçue par le maquilleur Kevin YAGHER, William BOYETT a su trouver une approche si convaincante et marquante qu'il a servi de modèle pour les autres acteurs amenés à lui succéder lorsque la créature le délaisse à son tour en quête d'un nouvel hôte.


La puissance d'expression de son jeu facial confère à son interprétation une démesure particulièrement réjouissante sans amoindrir pour autant sa capacité à terrifier. Lorsqu'il s'extirpe de son coma, on comprend à la simple intensité de son regard qu'il est possédé. On ne peut non plus oublier la scène dans laquelle l'organisme étranger pâtissant des graves affections stomacales du corps de son hôte, un tentacule tente instinctivement de s'extraire de son bras : les rictus de l'acteur se contorsionnant douloureusement sur le sol dans un spasme évocateur donnent toute son ampleur à cette séquence fort impressionnante. Par le ressort très physique de son interprétation, il apparaît comme un véritable "Louis de FUNES de l'épouvante", poussant au paroxysme son jeu sans pour autant, on l'a déjà remarqué, nuire à la crédibilité du personnage. Chacune des scènes dans lesquelles il apparaît est époustouflante et réjouissante par le décalage saugrenu entre son apparence de quinquagénaire respectable à costume cravate et l'exagération de son comportement, typique d'un jeune délinquant. On pourrait encore citer son incroyable course dans la rue, alors qu'une pulsion le conduit à convoiter une voiture de marque Ferrari; il faut le voir épuiser les capacités de l'organisme à bout de souffle de son personnage, finissant par courir les pieds en dedans comme une mécanique qui tomberait en panne : une prestation parfaitement étudiée, digne de celles très chronométrées des grands interprètes du cinéma muet comme Harold LLOYD ou Buster KEATON, qui ne disposaient que de leur corps pour composer leur personnage et conférer un dynamisme précis aux scènes.

Une fois le relais passé par William BOYETT aux acteurs chargés d'incarner les hôtes suivants du parasite, et bien que ceux-ci ne déméritent pas particulièrement, notamment au travers du politicien ( John McCANN ) qui opte pour un registre plus retenu en rapport avec sa fonction, l'attrait du film faiblit un peu par contraste, ce qui a vraisemblablement conduit le metteur en scène à opter pour un rythme très soutenu, avec force échanges de coups de feu meurtriers - notons d'ailleurs que la suite, qui n'est pas réalisée par Jack SHOLDER, est moins marquante, l'absence d'un acteur aussi charismatique que William BOYETT se faisant notablement sentir. On ne peut que regretter que le cinéma fantastique n'ait pas davantage fait appel à William BOYETT; son incarnation dans THE HIDDEN n'en est que plus singulière et mémorable.
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UN SOSIE D'UN PRÉSENTATEUR FRANÇAIS.
Pour l'anecdote, on mentionnera la plaisante ressemblance entre l'acteur qui interprète dans THE HIDDEN le vendeur de voitures, incarné avec un cynisme réjouissant par James LUISI (ci-dessous à droite) et l'animateur d'une célèbre émission française, "Les dossiers de l'écran", Alain JEROME ( à gauche), qui joue son propre rôle à la fin de la comédie PAPY FAIT DE LA RESISTANCE, comme illustré par les photos ci-jointes.

mardi 24 novembre 2009

UN HOMMAGE PUREMENT "VIRTUEL"

La gorgone Méduse mise à mal à la fin du CHOC DES TITANS par les soins de Ray HARRYHAUSEN. Les promoteurs du remake avec images de synthèse risquent de lui porter un coup encore plus fatal....( cette photographie peut être vue parmi d'autres de même qualité à la page suivante : http://psychovision.net/forum/viewtopic.php?t=2127 )

Ce blog a rendu récemment hommage, à l'occasion de sa disparition, ( article "Un producteur mythique" de mars 2009 ) à Charles SCHNEER, fils de joaillier qui s'était très jeune tourné vers la production, et qui avait surtout produit les films utilisant les techniques d'animation de Ray HARRYHAUSEN, le plus grand créateur de son domaine - ce dernier sait d'ailleurs bien l'admiration qu'il continue de susciter chez les fantasticophiles exigeants, sans l'affectation un peu condescendante des nouveaux maîtres du cinéma.

Or voici que la sinistre perspective d'un remake de sa plus importante production, LE CHOC DES TITANS, annoncé de longue date, est en train de se concrétiser. Aussi incroyable que cela puisse paraître, mais en accord avec le conformisme actuel qui sévit à Hollywood, les différentes créatures fantastiques sont créées sous forme d' "images de synthèse", élaborées informatiquement, comme le confirme le réalisateur, le Français Louis LETERRIER, déjà responsable du film HULK. Il y'a quelques années, l'autre grand film qui avait été inspiré à Ray HARRYHAUSEN par la mythologie gréco-romaine, JASON ET LES ARGONAUTES, avait déjà fait l'objet d'une nouvelle adaptation avec la même approche irrévérencieuse. Il suffit pourtant de songer à la manière saisissante avec laquelle ce dernier a orchestré la mort de Méduse, conférant un caractère organique au point d'en être presque dérangeant à la scène durant laquelle la queue du monstre décapité continue de s'agiter frénétiquement avant qu'un liquide épais s'écoule de la tête tranchée, pour se persuader du caractère absurde d'un remake y substituant des monstres dessinés par des informaticiens!


TRUCAGES PAR ORDINATEUR JUSQU'A LA LIE

Charles SCHNEER avait été le défenseur inconditionnel des techniques de Ray HARRYHAUSEN, dont il fut le meilleur soutien. Baptisée "Dynamation" par son créateur, cette animation "image par image" de figurines, combinées ultérieurement aux plans tournés avec les acteurs, s'inspirait de l'expérience de son mentor Willis O'BRIEN, créateur du premier KING KONG, qui avait eu l'idée de cette technique dès les années 1920 après s'être amusé avec une petite sculpture représentant un boxeur. Si les personnages fantastiques ne mesuraient qu'une vingtaine de centimètres au maximum, au moins ceux-là présentaient-ils un caractère tangible, avec une armature interne analogue à un squelette, ainsi qu'un épiderme pourvu d'une texture réaliste, et prenaient-ils vie, à l'occasion, dans des décors miniatures soigneusement reconstitués. Certes, même dans LE CHOC DES TITANS, le film pour lequel Ray HARRYHAUSEN disposa du budget le plus important, certains plans, comme le combat de Persée avec deux Scorpions devenus gigantesques, laissent deviner la nature composite de l'image; l'animateur le reconnut lui-même, estimant qu'un délai d'une ou deux semaines supplémentaires, si les ressources financières l'eussent permis, lui auraient donné la possibilité d'amoindrir considérablement la différence de ton entre acteurs et êtres imaginaires. Mais si vraiment cet aspect devait justifier à lui seul ce remake, les techniques actuelles de "remastérisation" suffiraient à aplanir les contrastes et à rendre aux scènes la qualité visuelle envisagée par le créateur - d'ailleurs, les contempteurs font preuve d'une vigilance bien moindre à l'endroit des défauts des films actuels. Aussi, on peut légitimement mettre en cause l'intérêt d'un remake qui se contente de refaire par des moyens d'une pertinence discutable ce classique. Les vrais "Titans" sont ceux qui seraient capables de monter à nouveau des projets cinématographiques avec de vrais effets spéciaux en dépit de la mode et de la tentation de la facilité; ces "Titans" là ne sont visiblement pas prévus au programme....

On pourrait se dire que, finalement, personne n'est obligé d'aller voir ce remake, et que les plus curieux pourront éventuellement se contenter de regarder ultérieurement ce film sur un écran d'ordinateur, plus appropriés pour des trucages hérités des jeux vidéo. Mais comment ne pas céder à l'indignation en songeant que, plutôt que réaliser des remakes des grands films de Ray HARRYHAUSEN, les studios auraient été bien plus inspirés de s'assurer la collaboration de l'animateur en finançant son projet non concrétisé de troisième grand film mythologique, d'après L'ILLIADE et L'ODYSSEE, THE FORCE OF THE TROJANS ? De vrais admirateurs de Ray HARRYHAUSEN aspireraient à lui donner les moyens de réaliser ses projets inaboutis, plutôt que recréer ses œuvres*, en laissant entendre que les créations originales ont "mal vieilli" et qu'il convient à présent de les "déringardiser". Ce genre de remake tient plus de la profanation que de l'hommage. Ne craignez rien, Monsieur HARRYHAUSEN, bien des amateurs, au risque d'être taxés de "puristes", ne sont pas prêts à brûler ce qu'ils ont adoré au nom de l'air du temps.


Le budget modique qui n'a pas permis à Ray HARRYHAUSEN de donner le nombre exact de tentacules au Poulpe géant de IT CAME FROM BENEATH THE SEA ne l'a pas empêché de conférer un grand soucis de détail et de réalisme à sa créature, restituant les détails perceptibles à l'échelle prêtée à son protagoniste invertébré..

Avec cette mouture nouvelle manière du CHOC DES TITANS, les images infographiques finissent-elles de se substituer totalement aux différents univers fantastiques, de KING KONG revu par Peter JACKSON au projet de suite de THE DARK CRYSTAL, sous oublier les ALIEN - la Reine virtuelle d'ALIENS VERSUS PREDATORS ), en espérant que THE THING y échappera - article évoquant la préquelle en septembre 2009, "Retour annoncé de deux grands monstres" . Quant à James CAMERON, qui devait tant à Stan WINSTON, concepteur des impressionnants effets spéciaux des TERMINATOR, il ne jure plus à présent que par le virtuel, ce qui est un désaveu des techniques de son ami disparu, dont, pour le moins qu'on puisse dire, il n'a pas à coeur de faire prospérer l'héritage. Rappelons aussi le sacrilège que Steven SPIELBERG, marchant dans les pas de Georges LUCAS, a commis à l'encontre de son propre film E.T. L'EXTATERRESTRE : en ajoutant un certain nombre de plans recréant l'extraterrestre au travers d'images générées par ordinateur, il a fait perdre à son personnage son caractère charnel, l'émotion cédant le pas au grotesque...


UNE ÉVOLUTION A REBOURS

On peut se demander si ceux qui recourent systématiquement aux trucages numériques sont véritablement des passionnés de fantastique. On a déjà évoqué, tant il marque une rupture historique, le cas de Stephen SOMMERS, stakhanoviste des tournages, qui avait congédié d'UN CRI DANS L'OCEAN l'immense maquilleur Rob BOTTIN, trop perfectionniste à ses yeux, au profit des infographistes, précipitant ainsi sa disgrâce à Hollywood de laquelle les amateurs de monstres qui se respectent demeurent inconsolables - il est vrai que Rob BOTTIN professait habituellement que, lorsqu'on pensait à un moyen évident de réaliser un trucage, il fallait toujours chercher à l'obtenir par un autre procédé: cette incitation à constamment se dépasser, en recherchant l'inventivité, est évidemment à l'opposé de la facilité que représente le recours systématique aux images créées par l'ordinateur. Comment concevoir qu'un réalisateur, qu'une personne se disant passionnée par le fantastique, à laquelle on accorde la possibilité de créer un monde extraordinaire, de donner vie à des êtres féeriques, à des monstres incroyables ou à d'étranges extraterrestres, se contente de les transposer à l'écran sous forme de dessins informatisés, sans chercher à les concrétiser par de vrais décors, des costumes réalistes ou des créatures mécaniques sophistiquées imitant la vie à la perfection ?

Inutile de chercher à écraser cette Araignée virtuelle; elle n'a aucune existence réelle....

Dans un premier temps, les producteurs avaient continué à faire appel aux créateurs confirmés d'effets spéciaux traditionnels - outre Rob BOTTIN et UN CRI DANS L'OCEAN, on peut mentionner Stan WINSTON sur LA FIN DES TEMPS, Patrick TATOPOULOS sur PITCHBLACK, le studio KNB pour THE FACULTY, ou Jim HENSON pour LE PACTE DES LOUPS, alors que le montage éliminait toujours le fruit de leur travail au profit exclusif des simulacres numériques. Les promoteurs de l'infographie s'ingénient obstinément à refaire autrement ce que leurs prédécesseurs réalisaient à la perfection, et ils ont toujours gain de cause. Pourtant, à côté des métamorphoses de THE THING et du LOUP-GAROU DE LONDRES, les morphings ( fusions numériques d’une image dans une autre ) ne paraissent être que de médiocres parodies uniquement destinées à l'esthétique publicitaire. Les effets numériques, qui peuvent être appropriés à certains divertissements, comme la comédie FLUBBER et son fluide verdâtre facétieux, ont tendance à être inadaptés en ce qui concerne les créatures destinées à être davantage réalistes. Ainsi, celles de DARK CITY ( la forme véritable des Etrangers) , les Insectes agressifs de STARSHIP TROOPERS, nombre de ceux de MIMIC, certaines des incarnations de LA MUTANTE ( notamment le rejeton de Sil ), le monstre tentaculaire d'UN CRI DANS L'OCÉAN, le cafard géant de MEN IN BLACK ou le Ver géant de MEN IN BLACK 2 sont très décevants, pauvres avatars de synthèse, et tranchent avec les monstres contemporains conçus suivant les techniques habituelles ( les extraterrestres d'INDEPENDANCE DAY, ceux vus dans la base secrète de MEN IN BLACK, les monstres d'ALIEN IV, les abominations de NECRONOMICON, celles, fugitives, de L’ANTRE DE LA FOLIE, ainsi que du FESTIN NU, les mutations de BODY SNATCHERS ou encore les parasites des MAITRES DU MONDE ).

Dans les dernières années, Hollywood a fini par adopter d'emblée les effets de synthèse systématiquement ( et il n'y a pas "d'exception culturelle française" en la matière, les Français, loin de se distinguer par le refus des modes n'étant pas, loin s'en faut, les derniers à suivre le mouvement avec plusieurs sociétés nationales spécialisées en la matière ). De grands noms des effets spéciaux comme Rick BAKER et Patrick TATOPOULOS pensaient que l'engouement pour le virtuel serait passager; contre toute attente, ce pronostic ne s'est pour l'instant pas confirmé, au point de conduire le second a mettre un terme à ses activités ( comme évoqué dans l'article de mars 2009 "Les derniers grands créateurs déclarent forfait" ).

L'obsession moderniste devient si omniprésente, au point de s'apparenter à une véritable dogme, que la fille de René GOSCINY, l'un des deux créateurs du personnage d'ASTERIX, vient de déclarer que les images par ordinateur avaient donné la possibilité de réaliser un dessin animé tiré de la série humoristique du "Petit Nicolas"; comme si le grand Walt DISNEY avait dû attendre l'imagerie virtuelle pour donner naissance à ses classiques tels que BAMBI, BLANCHE-NEIGE ou encore MERLIN L'ENCHANTEUR !... On entend le même genre de contre-vérité au sujet de bien des effets spéciaux de la part de gens qui semble ignorer - délibérément ? - les extraordinaires talents manifestés dans tant de films du passé récent.

Les effets de synthèse procèdent d'une sorte de snobisme voulant mettre en exergue la haute technicité des trucages générés par des ordinateurs surpuissants, engendrant l'obscène tripatouillage effectué par Georges LUCAS sur sa trilogie de LA GUERRE DES ETOILES ( voir notamment Jabba the Hutt qui est passé de délibérément grotesque à ostensiblement ridicule ). Comment ne pas déplorer l'autosatisfecit si habituel des créateurs qui se pâment de superlatifs, comme si ceux qu'ils remplaçaient n'avaient aucun talent. Tant de grands noms ont été malmenés, laissés de côté comme Rob BOTTIN et Chris WALAS ( dont on réclamait le retour en décembre 2008 ), ou contraints à la reconversion numérique comme Phil TIPPETT qui avait même un temps envisagé de s'exiler en République tchèque pour cause de suprématie des images par ordinateur, alors que ses séquences-test d'animation image par image pour JURASSIC PARK étaient souvent bien plus concluantes que le rendu virtuel final ( quelques voix commencent à trouver que celui-ci ne paraît plus très convaincant des années après la sortie du film ). Tout un savoir-faire se perd, un pan entier de la culture contemporaine des arts et techniques disparaît. L'informatique se substitue toujours plus à l'artiste et à l'animateur; c'est un peu comme si AVI 3000 remplaçait Léonard de VINCI !


UN PROBLÈME DE FOND TOUCHANT A L'IDÉE MÊME QU'ON SE FAIT DU CINÉMA

Les spécialistes des effets spéciaux copient le modèle du vivant alors que les informaticiens se contentent de le contrefaire. Tout à leur surenchère technologique - laquelle a provoqué le dépôt de bilan de la compagnie du spécialiste d'effets spéciaux Richard EDLUND qui croyait judicieux d'être à la page des dernières innovations en la matière en faisant l'acquisition d'ordinateurs toujours plus modernes - les infographistes oublient que les trucages les plus simples sont parfois aussi les plus performants.Il est de bon ton de se gausser de la pieuvre d'un film d'Ed Wood qui dut être manipulée manuellement alors que son système mécanique était tombé en panne; il conviendrait de rappeler que le face-hugger de ALIEN qui saute sur John HURT n'est qu'une créature en caoutchouc retirée de son visage avant que la séquence soit montée à l’envers, que le chien glabre au long cou de THE THING n’est qu’une marionnette manuelle de Stan Winston, que le parasite de THE HIDDEN est manipulé par de simples ficelles invisibles et que l’apparition de la gueule féroce dans la transformation lycanthropique du Loup-garou de Londres est obtenue en poussant une mâchoire au bout d’une tige sous un masque en caoutchouc. Une sacrée leçon d’humilité pour les technocrates...

Comme pour les jeux de rôle guidés par les propos du maître de séance, le spectateur est dorénavant sommé d'accepter pour tel ce qu'on lui demande de croire, alors qu'auparavant les merveilleux illusionnistes du cinéma s'ingéniaient à leurrer ses sens, s'efforçant, non de simplement contrefaire, mais bien de recréer la réalité. Ce qui faisait l'attrait du cinéma fantastique et de science-fiction, c'était que par le talent de ses créateurs, il permettait la suspension provisoire de l'incrédulité, l'irruption sur l'écran d'une rupture avec le quotidien n'en étant ainsi que plus frappante. A partir du moment où le spectateur est sommé d'accepter simplement tout ce qu'on lui fait voir, en délaissant son sens critique et ignorant les paramètres du réalisme, le caractère ontologique du fantastique devient sans objet. Le cinéma n'est plus l'essence d'une réalité extraordinaire, même totalement imaginaire comme dans THE DARK CRYSTAL, il devient une simple session de simulation, dont le caractère vain est explicite.

Quoi ! Un remake de TOTAL RECALL avec des images de synthèse ?...

Alors que les médias entonnent presque à l'unisson l'apologie des images de synthèse, confinant à l'idéologie de par l'idolâtrie des nouvelles technologies promues vecteur de la bienfaisante modernité et de la totipotence de la technique, comment ne pas se demander ce que sont devenus les nombreux contempteurs un peu pincés qui déploraient au nom d'une conception intégriste de la cinéphilie le moindre plan d'effet spécial comme dénaturant par un vulgaire artifice puéril l'art noble de la mise en scène, au point que des chefs d'œuvre du cinéma comme BLADE RUNNER et THE THING ont été descendus en flammes pour cette raison par nombre de critiques à l'époque de leur sortie, et qui s'extasient à présent devant des longs métrages dont presque chaque image reflète un caractère artificiel flagrant? Conformisme toujours...

Unanimisme encore qui confine au pavolvisme dès que sort un film ou une animation générée par ordinateur ( pourtant, le gore reste quant à lui "de la vieille école" comme dans UN CRI DANS L'OCEAN avec ses victimes déchiquetées qui jonchent le sol ), et qui comme pour JURASSIC PARK, passe sous silence les plans réalisés selon d'autres procédés par l'équipe de Stan WINSTON - comme l'époustouflant Tricératops malade du premier film et le bébé Tyrannosaure irréprochable du second, que les médias attribuent à ceux qui cherchent à s'accaparer le travail de tels spécialistes en visant à réduire à la portion congrue la part qui revient à leur art !.. Pas étonnant que certains spectateurs jugent convaincantes ces images de synthèse : ce n'en sont pas !...

Snobisme incroyable enfin de ceux qui ironisent sur les "monstres caoutchouteux", méconnaissant le rendu qu'un bon éclairage peut donner à une peau en latex, sans parler des matériaux plus modernes, et feignant par ailleurs d'ignorer que bien des animaux tout à fait réels, ne leur en déplaise, présentent une telle peau, de l'Hippopotame au Morse. Les trucages numériques ne peuvent qu’imparfaitement rivaliser avec la réalité des volumes et des formes,la qualité charnelle de la texture de la peau, des créatures tridimensionnelles des Rob BOTTIN, Stan WINSTON, Rick BAKER et autres Kevin YAGHER. Jusqu'au début des années 1990, les spécialistes d'effets spéciaux, qu'ils aient recouru à l'animation de modèles réduits image par image devant un écran bleu, de marionnettes à fil, à des modèles mécaniques ou à des maquillages, s'efforçaient de recréer la vie, ce à quoi ils parvenaient souvent à la perfection. Les Gorilles créés par le maquilleur Rick BAKER pour GORILLES DANS LA BRUME atteignent une telle perfection qu'on ne peut les distinguer des véritables animaux également employés sur le tournage. Les modèles animatroniques sous-marins de Walt CONTI, comme l'Orque de SAUVEZ WILLY ou les Baleines à bosse de STAR TREK IV, sont d'incroyables prodiges hérités d'années de perfectionnement, et il faut une sacré dose de mauvaise fois et d'attirance pour la facilité pour affirmer à présent que tout trucage au cinéma serait impossible sans le "numérique".

Les nouveaux spectateurs sevrés de jeux vidéo paraissent avoir perdu tout repère quant à la notion de réalisme. Lors de mes rares passages à la radio, j'exhortais les auditeurs à aller voir les films en salle, convaincu que cela seul pouvait permettre à des producteurs de pouvoir monter de nouveaux projets. A présent, il n'y a plus de films qui nécessitent réellement d'être vus ailleurs que sur un petit écran, et puisque les producteurs n'investissent pratiquement plus d'argent dans des décors et de vrais effets spéciaux, l'appel au sens de la responsabilité du cinéphile me paraît devoir se justifier de moins en moins.

Les effets spéciaux ne sont d'ailleurs que le symptôme le plus explicite de la disparition d'une conception exigeante du cinéma, lorsque tous les composantes, de la mise en scène à la photographie soigneusement étudiée, des trucages à la musique de film constituée en genre autonome, aboutissaient à une véritable osmose, engendrant des œuvres marquantes, souvent uniques, alors que de nos jours, ils deviennent un assemblage hétérogène, avec des prises de vue au caractère artificiel calquées sur des films d'art martiaux, des chansons à la mode se substituant à la musique de film, genre spécifique qui participait de l'atmosphère de l'œuvre en transportant le spectateur - voir l'hommage à Jerry GOLDSMITH de juillet 2009, si bien nommé puisqu'il était un orfèvre ("goldsmith" en anglais) en la matière , etc..., autant d'éléments qui en font à présent des films interchangeables et non plus des plongées inoubliables dans des univers qui survivaient dans l'esprit du spectateur bien après la projection.

Venu du futur, il a été envoyé vers la fin des années 1980 pour éliminer le principal promoteur des images de synthèse avant que celles-ci ne contaminent tous les films...


DES AVIS DIVERGENTS IGNORES

Bien que minoritaire, le présent point de vue est partagé par un certain nombre de cinéphiles anglo-saxons s'exprimant sur divers forums. Voici la retranscription aussi exacte que possible des propos de ceux qui ne souscrivent pas à la pensée unique en matière d'effets spéciaux, auxquels on cède bien volontiers la place:

"- Suis-je le seul à m'insurger chaque fois que je vois une scène avec des images de synthèse de nos jours ? L'industrie entière semble dépendante de cette technologie, qui s'est répandue comme un virus dans pratiquement tous les "blockbusters" - grosses productions à succès - ndr . J'ai toujours été un admirateur des effets spéciaux, mais l'image de synthèse est aussi excitante que regarder quelqu'un d'autre jouer sur un jeu vidéo. Je crois que la mauvaise pente a commencé vers 1993 avec JURASSIC PARK ( ce qui est exact, bien que le film comportait néanmoins des créatures en taille réelle animées par Stan WINSTON comme dit plus haut - ndr ), maintenant tous les autres films comportent une ou plusieurs scènes IRREALISTES qui ruinent tout le film. En fait, certaines bandes annonces de nos jours contiennent assez d'absurdes images de synthèse pour me dissuader d'aller voir le film. Consternant Hollywood. C-O-N-S-T-E-R-N-A-N-T."

"- Il n' y a rien de pire que l'image générée par ordinateur lorsque c'est mal fait. C'est le cas quand les créatures ou quoi que ce soit ne paraissent pas reposer réellement sur le sol et ne donnent pas l'illusion de poids, ou que leurs mouvements apparaissent faux."

"- L'image de synthèse est mal faite - SPIDERMAN 3, les loups-garous dans VAN HELSING, CAT WOMAN, et le pire de tout - les hyènes dans L'EXORCISTE 4. Si la chose ne ressemble pas à ce qu'elle est réellement, alors tu pourrais aussi bien être en train de regarder un jeu vidéo - toute la magie est perdue."

"- Pour le pire cas d'image générée par ordinateur, voir la scène de surf dans la série des James Bond, DIE ANOTHER DAY. Le cinéma a été parcouru d'une marée de rires lorsque celle-ci est apparue, et a ruiné toute la crédibilité et le réalisme élaboré jusque là. En résumé, pratiquement toute réalité conçue par ordinateur insérée dans un film de nos jours ( procédé à bas coût ) est un pas dans la mauvaise direction !"

"- Si vous m'interrogez, j'aimerais témoigner que le génie, l'imagination et l'inventivité pure de maîtres des effets spéciaux comme Tom SAVINI sur LE JOUR DES MORTS-VIVANTS, ou Rob BOTTIN sur THE THING, ou les étonnantes séquences d'animation de Phil TIPPETT et de ses collaborateurs de "la poursuite sur l'Etoile noire " ou "la bataille pour Hoth" ( scènes de la première trilogie de LA GUERRE DES ETOILES -ndr ), ou bien les réalisations de première classe ( des maquillages -ndr ) de Dick SMITH dans le style du PARRAIN et de L'EXORCISTE, ceux de Rick BAKER pour LE LOUP-GAROU DE LONDRES et HURLEMENTS ( c'est en fait Rob BOTTIN qui fut le créateur des effets spéciaux de ce dernier - ndr ), ou encore l'enchantement de la tête mécanisée de E.T. par Carlo RAMBALDI, ou même les cascades réelles d'un Vic ARMSTRONG sur LES AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE et SUPERMAN, ainsi que les cascades défiant la mort de Jackie CHAN..., à l'idée qu'ils soient supplantés par les images générées par ordinateur ?... Remplacer tout cela ( et bien d'autres tours de force accomplis par d'autres spécialistes de la vieille école ) avec les morphings de l'image de synthèse est un crime caractérisé !"

"Il était une fois, il y' a très longtemps, dans une lointaine galaxie"... bien avant que George LUCAS ne bascule du côté obscur... Une époque que les plus jeunes ne peuvent pas connaître, quand il y' avait encore de VRAIS films, alors qu'aujourd'hui, il n'y a plus que des avatars de dessins animés.

"- Le problème vient de la trop grande utilisation des images de synthèse. Je dois dire que la nouvelle série de LA GUERRE DES ETOILES ne m'apparaît comme rien d'autre que des dessins animés. Il n'y a plus aucun sens du merveilleux - comment ils rendaient possible tel trucage, etc... et le savoir-faire des cascadeurs périclite à présent - les images de synthèse ont rendu les réalisateurs stupides."

"- La raison pour laquelle personnellement j'aime des films comme la série des INDIANA JONES et TERMINATOR 2 est que les cascadeurs sont étonnants et qu'on peut y apprécier leur talent. Or de nos jours, TOUT est possible et quand on regarde quelque chose comme les combats dans SPIDERMAN, on sait que pratiquement tout est fait par ordinateur ( et on peut TOUJOURS se dire qu'il ne s'agit pas d'une vraie personne ). Cela est incontournable. Maintenant et encore, certains films utilisent de vrais cascadeurs ( il y'en a un peu dans DIE HARD 4 ) et cela me paraît loin quand les images de synthèse étaient utilisées parcimonieusement ( THE ABYSS, WILLOW, des portions de TERMINATOR 2 ). Je suis un fan absolu de LA GUERRE DES ETOILES, mais je dois dire que je pense que l'image de synthèse fut la mort du label. George LUCAS a été trop accaparé par la technologie au détriment de l'histoire."

"- Je vois ce que tu veux dire. Mon idole David CRONENBERG a presque toujours refusé d'utiliser l'image de synthèse dans ses films, et ce sont des beaux trucages traditionnels - particulièrement dans les premiers. Il aime que ses acteurs aient quelque chose de réel avec quoi interagir. Je pense que la seule fois où il a utilisé l'image de synthèse était pour le petit lézard d'EXISTENZ, et bien qu'il ait été bien fait, cela paraît comme une anomalie dans le film."

"- Les images par ordinateur ont selon moi ruiné une génération, ou peut-être des générations, de spectateurs. Plus précisément, la perception de générations quant à ce que doit être un film ."

"- J'ai seulement 20 ans, je me souviens d'avoir regardé des films antérieurs aux images de synthèse (..). J'ai récemment été extrêmement irrité par des amis du même âge et des plus jeunes frères qui refusaient catégoriquement de regarder des films des années 1960 parce qu'ils ne comportaient pas d'images de synthèse. C'était exactement comme s'il s'était agi de films en noir et blanc, c'est honteux."

"- Malheureusement, il y'a des gens qui veulent regarder seulement des films avec trucages par ordinateur et ne se soucient aucunement que ces films plus anciens soient des classiques, aient de grands sujets/distributions/bande musicale/suspense, etc... et aient gagné d'innombrables récompenses ou autres..."

"- Mes plus jeunes frères ont refusé de regarder LES AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE avec le reste de la famille à Noël parce que le film était sans images de synthèse. Sacrilège à la maison."

"- Trucages sur la trilogie originale de LA GUERRE DES ETOILES = merveilleux. Trucages sur la nouvelle trilogie = consternants. Pourquoi ? Des modèles miniatures réels contre des images de synthèse qui semblent juste artificielles. C'est ce qui me vient immédiatement à l'esprit. ( .. ) Je suis d'accord qu'il y'a trop de tentation avec les images de synthèse. Aussi, on obtient des scènes qui tendent à être trop longues comme si quelqu'un criait "regarde... regarde nos images de synthèse, regarde comme nous sommes intelligent"."

Phil TIPPETT animant les machines de guerre de L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE ( 1981 ) pour la séquence de la bataille sur la planète gelée Hoth, avec une technique dérivée de celle employée par Ray HARRYHAUSEN. En dépit de la petite taille des maquettes, TIPPETT était parvenu à conférer à ces mécaniques titanesques une impression de lourdeur et de puissance qui les rendaient totalement convaincantes.

"- "Les costumes en caoutchouc" ne sont pas un problème. Le travail de maquillage peut être très réussi. Comme toute chose, cela dépend de la manière dans on s'applique ou l'exécute. l' "Alien" original était aussi '" un costume en caoutchouc", mais il est généralement considéré comme un des concepts les plus époustouflants du cinéma de tous les temps. Je pense que certaines personnes s'autorisent à penser que tous les films faits avant TERMINATOR 2 doivent être moins que rien parce qu'ils n'ont pas d'effets par ordinateur en 3 dimensions. Alors qu'en réalité la plupart des meilleurs films ont été faits avant 1991. Cela m'incite à penser que les images par ordinateur marchent mieux quand elles sont utilisées par nécessité ou pour améliorer un rendu, mais que de toute manière, l'attention devrait se porter principalement sur la qualité du film envisagé dans son ensemble."

"- Ils ont refait beaucoup de films plus anciens en utilisant des images de synthèse mais dans pratiquement tous les cas, le film original était meilleur sans les images de synthèse en 3D."

"- Je pense que les images générées par ordinateur montrent leurs limites quand elles s'appliquent aux humains ou aux animaux. Nous avons des millions d'années d'évolution qui nous permettent de réaliser ce qui est réel ou faux dans le domaine des mouvements et expressions des humains et des animaux, etc..."

"- Je pense que les pires exemples sont lorsqu'ils utilisent sans nécessité les images de synthèse - voir les mutants de JE SUIS UNE LEGENDE. Ils ont complètement anéanti le film pour moi, ils ne paraissent pas concrets, ils ne ressemblent pas à des acteurs qu'on pourrait rejoindre et toucher."

"- Même avec les dernières avancées des images de synthèse, c'est rarement complètement convaincant. Lorsque c'est utilisé, il apparaît trop manifestement que les personnes ou les objets ne se déplacent pas comme ils le devraient, aussi cela vous fait sortir du film. C'est aussi mauvais qu' essayer de regarder des films des années 1980 dans lesquels l'utilisation de doublures pour les cascades est trop évidente et gênante."

"- UN COUP DE TONNERRE est un summum des images faites par ordinateur les moins chères et les pires pour une grosse production. Louez le DVD, vous serez stupéfiés de voir à quel point c'est ridicule, ruinant ce qui aurait pu être un bon film."

"- Le Spiderman en image de synthèse fait vraiment trop dessin animé, c'est une des raison principale pour lesquelles je n'aime pas les films."

"- Les images de synthèse de LA GUERRE DES ETOILES sont un mélange hétérogène. Les batailles spatiales sont assez belles mais certains des personnages en images de synthèse sont juste désolants."

- "Les images de synthèse ont tué JE SUIS UNE LEGENDE davantage que les écarts d'avec la véritable structure narrative du roman - l'œuvre de Richard MATHESON dont le film est tiré ( ndr ). Je veux dire que les mauvais font très faux ). Leur apparition rend le film totalement faux et déplorable. Ils ne peuvent pas être pris au sérieux, il n'y a PAS LE MOINDRE sentiment de danger qui émane d'eux en raison de leur création par des images de synthèse.
Si par contre ils avaient été conçus de la même façon que celle employée par George ROMERO - LE JOUR DES MORTS VIVANTS et les suites (ndr ) - ( maquillage de la vieille école ) et Danny BOYLE dans 28 JOURS PLUS TARD, alors JE SUIS UNE LEGENDE aurait été un thriller plus ou moins acceptable ( indépendamment de la fidelité au roman d'origine ) parce que les ennemis auraient paru réels."

( source : http://www.digitalspy.co.uk/forums/showthread.php?t=767532 )

"- Quelque soit la somme que tu investis dans la création d'images conçues par ordinateur, les monstres ressemblent toujours à des monstres virtuels. Avec des effets spéciaux physiques, je peux obtenir un monstre qui s'intègre mieux à la photographie mais aussi avec les acteurs."
Robert PRATTEN, réalisateur de films d'épouvante.
( source :
http://www.mjsimpson.co.uk/index.html )

Le créateur d'effets spéciaux Chris WALAS et le directeur de la photographie Mark IRWIN travaillant de concert pour mettre en valeur la créature transgénique de LA MOUCHE dirigée par David CRONENBERG; un monstre qui, n'en déplaise à James CAMERON, n'a rien, lui, d'un vulgaire "avatar" de synthèse... Ce dernier, avec son nouveau film bien nommé, encensé unanimement par les critiques officiels, s'est simplement offert le jeu de simulation le plus cher du monde; lorsqu'on songe aux extraordinaires décors et aux vrais spéciaux que la somme dépensée aurait permis de réaliser...


Concernant plus spécifiquement LA GUERRE DES ETOILES et les fans de la première heure :

"- Il y a beaucoup de choses que Lucas aimerait refaire dans la Guerre des Etoiles, mais je trouve dommage qu'il n'accepte pas les films tels qu'ils sont, avec leurs "défauts" (du moins à ses yeux). Je pense même qu'il doit faire ce qu'il faut pour que chaque nouvelle version remplace définitivement les anciennes. Elles n'existent sans doute déjà plus."( crainte tout à fait légitime, mais en fait elles viennent de sortir en DVD avec la nouvelle version alternative )

"- C'est bien ça le problème : à chaque nouvelle "amélioration", il dénature un peu plus le film d'origine, et si ça continue à ce rythme, dans 20 ans, quand il nous servira la version def-de-def-c'est-promis-j'y-touche-plus, il nous restera quoi de la magie ? Déjà, vouloir à tout prix remplacer l'animatronique par de l'imagerie générée par ordinateur, ça me saoule, mais si en plus, il réécrit le scénario pour mieux intégrer sa "nouvelle" trilogie, où va-t-on ? Je me demande d'ailleurs ce que les héritiers de SHAW doivent penser d'une telle pratique. Parce que bon, on l'éjecte quand même gentiment d'un film mythique auquel il devait être particulièrement fier d'avoir participé. Et vu qu'il est un peu mort depuis 94, il ne peut plus y trouver grand chose à redire. Par pitié, que Lucas arrête de revisiter son œuvre, à force, il n'en restera plus rien."

"- Ben heureusement qu'il n'avait pas assez de sous et que la technologie de l'époque n'était pas prête. Dans la vieille trilogie les acteurs jouent en partie devant des décors en carton pâtes réelles, avec des effets spéciaux à l'ancienne qui fonctionnent très bien. Ce qui a permis cette immersion c'est que les acteurs ne jouent pas devant un écran bleu, que les effets spéciaux sont "sales" donc réalistes sans parler des monstres pas mal du tout. Tandis que dans la nouvelle trilogie tout sonne faux, même les costumes et surtout les créatures non humaines....sans parler des acteurs (nuls mais c'est une autre histoire) qui ne sont pas aidés par l'absence de décor apparent avec les fond bleus."

"- Mon pauvre vieux, que t'es t-il arrivé ?
- J'ai été chez Dennis MURREN qui m'avait proposé une "remise en forme"; il m' a traité avec des produits de synthèse. A présent, je ne me reconnais plus..
- C'est vrai qu'il t'a salement arrangé !...

Le truculent Jabba tel que les spectateurs l'ont découvert initialement dans LE RETOUR DU JEDI. Les responsables de son animation n'avaient pas ménagé leur peine pour lui donner vie. Si les metteurs en scène contemporains estiment trop contraignant de tourner des séquences avec des effets spéciaux dont la mise en œuvre est complexe, qu'ils en laissent le soin, comme cela se pratiquait souvent, au réalisateur de la seconde équipe. Ou bien alors qu'ils aillent effectuer des tâches administratives dans un bureau, il y' aurait sûrement bien des amateurs de fantastique qui seraient prêts à prendre leur place sans regimber, même si le tournage avec certains effets spéciaux s'avère parfois fastidieux !...

"- Je trouve la phrase de mon prédécesseur excellente "Finalement chaque nouvelle version est comme un lifting: c'est plus lisse et ça perd en charme." S'il veut casser l'ancienne trilogie pour la rendre aussi insipide que l'actuelle, c'est très dommage car l'ancienne était vraiment réussie. Ce n'est d'ailleurs pas ma mémoire qui l'embellit. Au moment de la sortie du premier film de la nouvelle trilogie j'avais revu l'ancienne trilogie.

Sinon à propos de "Lucas"; rien ne dit qu'il voulait à l'époque faire comme il dit maintenant. Je pense qu'il a mal tourné comme VAN HAMME pour la BD. La différence c'est qu'il n'a quasiment fait qu'un type de film. A ce propos quand on regarde "THX 1138" on est à des années lumière du clean, gnangan et politiquement correct actuel de sa nouvelle trilogie."

( source: http://www.geekzone.fr/ipb/index.php?showtopic=15998&st=30 )


"- Bien qu'il ne s'agisse pas véritablement d'un chef-d'œuvre, notamment à cause des séquences décevantes du dénouement - plus particulièrement avec une fin survenant de manière trop abrupte, LE LOUP-GAROU DE LONDRES est certainement un des meilleurs films de loups-garous de tous les temps. Il possède une histoire prenante avec une vraie atmosphère, interprétée par des acteurs appréciables, employant de superbes trucages d'avant le virtuel qui n'ont pas vieilli. La scène de transformation reste la meilleure scène de transformation d'homme en loup pour la majeure partie des amateurs - voire sa hideuse suite de 1997 AN AMERICAN WEREWOLF IN PARIS."


Le Loup-Garou de Londres a du mordant; c'est quand même autre chose que du virtuel...

"- Quel est l'un des films les plus effrayants que les gens disent avoir jamais vu? LES DENTS DE LA MER (1975) et seulement parce que l'énorme requin mécanique était si réaliste, j'ai été horrifié de voit ce gars étant entièrement dévoré par lui. Le requin mécanique « pas très avancé sur le plan technologique » était si bien conçu que j'avais complètement oublié qu'il était, en réalité, un robot."

( source : http://www.lovehatemedia.com/is-cgi-ruining-film )

"- Bien sûr, ils peuvent, comme annoncé, refaire THE THING en utilisant des images de synthèse pour créer ce qui était presque arrivé à bout des forces de l'artisan, mais ce ne serait pas la même chose. Aucun monstre soigné ne pourra se mesurer avec ce que Bottin fit avec du sang, de la sueur et beaucoup d'ingéniosité. C'est pourquoi même en son absence, Rob Bottin demeure inégalé. Il est le modèle que rien ne peut imiter - ou remplacer."

—Bill GIBRON

"-Je me souviens d'avoir été époustouflé au regard du travail exécuté par Bottin sur HURLEMENT. J'avais treize ans à l'époque et tout ce que je pouvais dire était à quel point les loups-garous étaient remarquables et quant aux transformations!! Je n'avais jamais vu quelque chose comme cela. Ces effets de la vieille école étaient vraiment comme un tour de magie à l'époque. De nos jours avec les effets conçus par ordinateur, nous ne sommes jamais impressionnés parce que c'est devenu banalement courant. Je peux aller sur n'importe quelle chaîne et je vois toujours la même daube virtuelle surexploitée dans chaque publicité. Ah.. BOTTIN et BAKER sont toujours mes héros."

"- L'industrie du cinéma s'est appauvrie en n'ayant plus quelqu'un comme Rob BOTTIN. Ah, nous connaissons tous les fanfaronnades sur les merveilles des trucages virtuels qui peuvent réaliser "tout ce que l'imagination conçoit". Maintenant, nous avons toujours ce même genre de Dinosaures, de Robots et de trucages pauvrement conçus année après année. Auparavant, nous avions de l'imagination avec des trucages basés sur des moyens limités et maintenant nous avons tristement l'inverse, avec des moyens illimités et pas d'imagination. On ne nous a pas donné à voir de loup-garou virtuel se rapprochant du travail de BOTTIN sur HURLEMENT et assurément nous n'avons rien vu d'aussi inventif avec les effets par ordinateur que son travail sur THE THING. Compte tenu de son âge d'alors et des budgets réduits, je suis toujours impressionné par la qualité de ses premières réalisations comme ses costumes pour LES MONSTRES DE LA MER. J'ai toujours souhaité qu'ils aient engagé Rob pour créer les costumes de LA CREATURE DU MARAIS de Wes CRAVEN de triste mémoire,parce que je sais qu'il aurait pu rendre justice aux créations et aux personnages inventés par Bernie WRIGHTSON."

"- Peut-être que Rob ( BOTTIN -ndr ) est une autre victime des effets numériques. La dernière fois que j'ai vu Steve JOHNSON - il y' a quelques années à la première de SCI-FI BOYS - il a dit qu'il quittait le domaine parce que, si je me souviens bien, son genre de création était remplacé par l'ordinateur. Le très talentueux Lyle CONWAY ( il a été congédié d'UN CRI DANS L'OCEAN en même temps que Rob BOTTIN - ndr ) n'a plus rien fait dans sa discipline depuis quelques années. Par ailleurs, tous ces gens prennent de l'âge. Il y' a une polarisation sur l'âge dans l'industrie du cinéma et la volonté générale de promouvoir les images par ordinateur renforce le problème."

( source : http://www.popmatters.com/pm/post/rob-bottin-rocks/#comments )

"- Si jamais il font le remake, j'espère réellement qu'ils utiliseront de vrais effets spéciaux au lieu des trucages virtuels. Les effets par ordinateurs me paraissent toujours si faux."

( source : http://www.monstershack.net/sp/index.php/the-thing-1982/ )

Le réalisateur John CARPENTER : "Laissez-moi sortir, je veux réaliser des films sans trucages virtuels !.."

Un autre internaute rétorque ( forum www.gamefaqs.com ) à un commentateur bien-pensant qui démontre son manque de considération pour ceux qui osent contredire le credo ( J'espère que ( sa détestation du virtuel ) est un sarcasme, étant donné qu'un tel niveau d'ignorance est ridicule. Les images de synthèse libèrent la créativité du monde réel ) :

"- Si je me réfère aux films d'horreur, je déteste réellement l'imagerie virtuelle. Je ne discute pas de combien de temps et d'efforts sont nécessaires pour faire une scène virtuelle, mais passons. Le style d'effets spéciaux de la vieille école et le vrai « gore » ( trucages sanglants - ndr ) était bien meilleur. Personnellement, les images numériques me paraissent toujours si factices et irréalistes. Cela ne me semble pas réel avec son côté policé et clinquant. C'est une honte que les films oublient les vrais trucages, l'animation image par image, et toute la méthode traditionnelle de faire les choses. Je pense absolument que THE THING de John CARPENTER est toujours convaincant aujourd'hui et que ce sont les effets spéciaux qui rendent convaincant le film. Je suis désolé, mais s'il avait été fait avec l'imagerie virtuelle, il n'aurait pas été le même.

Et je ne crois réellement pas que ce qu'on fait par ordinateur n'aurait pu être réalisé avec de vrais effets spéciaux et de l'animation image par image. Si nous n'avions pas les images numériques, je ne peux que songer au niveau des effets spéciaux physiques et de l'animation image par image auquel nous serions parvenus à présent."

* Même si Ray HARRYHAUSEN a tiré un trait sur sa carrière, il serait peut-être, même encore aujourd'hui, ravi de superviser une équipe d'animateurs s'inspirant de son travail; mais l'industrie du cinéma ne paraît pas décidé à lui offrir le plaisir de pouvoir voir à l'écran un de ses projets non financés réalisé avec ses techniques.


PS : n'hésitez pas à laisser des commentaires pour démontrer que les Anglo-saxons ne sont pas les seuls à cultiver la liberté d'esprit contre les conformismes...

jeudi 15 octobre 2009

LA "PEOPLISATION" DU MONDE VIVANT

Un Lichen quelconque, sans "personnalité" ? Pas vraiment... Auparavant, seules les effigies de présidents américains sculptées dans la pierre au mont Rushmore pouvaient induire un rapprochement entre le responsable suprême de l'exécutif américain et un Lichen, susceptible de coloniser les fameuses statues à leur image, jusqu'à ce que, très récemment, un chercheur décide de conférer à l'une de ces modestes formes de vie le nom du détenteur actuel du titre, au lendemain de son élection. Yes, he did !

UNE NOMENCLATURE DE PLUS EN PLUS BOUSCULÉE

L'attribution toute récente du Prix Nobel de la paix au nouveau président américain au nom de ses "bonnes intentions" - ce que l'intéressé a estimé, non sans raison, comme prématuré - rappelle ainsi que dès son élection, un spécialiste des Cryptogames tout aussi empressé avait baptisé une nouvelle espèce de Lichen du nom du nouveau maître de Washington, Caloplaca obamae, "au nom du soutien" supposé de celui-ci à la science, ce qui ne peut effectivement pas nuire lorsqu'on requiert des crédits publiques pour financer sa recherche.

Et cependant, il semblerait que le procédé ait déjà été usité, puisque son prédécesseur, George BUSH junior, dont l'intérêt pour la préservation du monde vivant n'était pas plus frappant que celui de son devancier Bill CLINTON ( lequel avait tout autant refusé de ratifier la Convention sur les espèces menacées ), avait eu également l'honneur de voir son patronyme accolé à celui d'une nouvelle espèce de Scarabée, de même que Donald RUMSFELD et Dick CHENEY, l'ancien vice-président dont la passion pour les sciences naturelles est circonscrite à la géologie prospectant les hydrocarbures...

Cette obséquiosité n'est pas la seule dérive que l'on observe au sein de la nomenclature, destinée à attribuer un nom scientifique aux dernières espèces vivantes découvertes.

Le show-business fait en effet une irruption croissante dans la taxonomie. Déjà, un célèbre Australopithèque de sexe féminin avait été surnommé Lucy parce que les paléontologues écoutaient en boucle cette chanson des Beatles lorsqu'ils mirent à jour les restes de ce pré-hominien dans la savane africaine.

Depuis quelques années, les noms scientifiques formés à partir de patronymes d'artistes de variété se multiplient. Le procédé pourrait être éventuellement admis lorsque les vedettes versent une somme importante pour soutenir des programmes de recherche, comme cela se pratiquait parfois dans les siècles précédents pour remercier les mécènes qui avaient financé d'importants chantiers de fouilles, en particulier ceux visant à découvrir des squelettes de Dinosaures en Amérique du Nord; ainsi, le Diplodocus carnegii, nommé d'après Andrew CARNEGIE, qui a financé notamment des institutions culturelles ( ci-dessous ).

Un Lapin s'est ainsi vu attribuer le nom du fondateur de Playboy en reconnaissance du financement accordé par le groupe à la protection de ces animaux emblématiques de la marque. Le sympathique acteur John CLEESE des Monty Python ( par ailleurs interprète d'un scientifique dans le FRANKENSTEIN de Kenneth BRANAGH ) qui, depuis sa désopilante comédie sur les difficultés financières d'un parc zoologique ( CRÉATURES FÉROCES ), s'investit avec constance pour la protection des Lémuriens, s'est vu justement remercié, par la formation à partir de son patronyme du nom d'une de ces espèces au pelage laineux.

Un exemple de nom de célébrité donné à bon escient à une nouvelle espèce : le Lémurien Avahi cleesei nommé d'après le comique John CLEESE, qui soutient la fondation protégeant les Lémuriens : http://www.savethelemur.org/
L'argent rapporté par la première du film CREATURES FEROCES ( les deux photos du haut ) a été grâce à son initiative reversé à la fondation.

C'est bien légitimement qu'un Dinosaure a reçu un nom formé à partir de celui de Michael CRICHTON , écrivain qui a largement contribué au regain d'intérêt du public au sujet des Dinosaures au travers de sa trilogie JURASSIC PARK, adaptée au cinéma ( Créatures et imagination lui avait rendu hommage à l'annonce de sa disparition en novembre 2008 ): ci-dessus, squelette du Crichtonsaurus, Dinosaure cuirassé, et sa reconstitution. Il est probable qu'une nouvelle espèce de Fourmi recevra un jour un nom en rapport avec Bernard WERBER, auteur de plusieurs romans popularisant leurs mœurs. D'autres noms basés sur des célébrités paraissent en revanche plus contestables.

C'est également un appel au mécénat qui a conduit une institution, the Australian Marine Conservation Society, à offrir au meilleur enchérisseur qui se manifesterait sur le site Ebay le droit de donner l'appellation de son choix à cette nouvelle espèce de crevette du genre Lebbeus aux étranges coloris (ci-dessous).



DES CHANTEURS PRÉFÉRÉS AUX NATURALISTES MÉRITANTS ?

Mais bien souvent, des espèces nouvelles se voient attribuer des noms de chanteurs principalement en raison de leur notoriété. Ainsi, un nouveau genre de Pogonophore, animal vermiforme tubicole sans tube digestif, à la position systématique quelque peu contestée, a reçu le nom du chanteur Bob MARLEY : cette discrète créature des profondeurs à la teinte écarlate, Bobmarleya, est ainsi malgré elle chargée de propager la mémoire d'un promoteur de la toxicomanie "douce" et de l'inventeur d'une musique préfigurant la "techno"- on pourrait malgré tout supputer une intention ludique à travers une vague analogie entre le paquet de tentacules de l'animal et les tresses "rasta" du chanteur jamaïquain. Si le Dinosaure Cryolophosaurus a été surnommé "Elvisaurus" en raison de sa crête, assimilée à la coiffure "en banane" du chanteur Elvis PRESLEY, un Dinosaure a réellement été baptisé du nom d'un autre "rocker" appelé Mark KNOPFLER, dont la musique de sa chanson la plus populaire n'aurait pourtant pas de quoi réveiller un Brontosaure ( ou plutôt en l'occurrence un Masiakasaurus ) endormi. Récemment, une Mygale ( grosse Araignée velue ) fouisseuse a reçu comme nom d'espèce celui d'un rocker canadien du nom de Neil YOUNG. Une espèce de Trilobite a hérité du patronyme du Beatle Paul McCARTNEY tandis que le chanteur Freddie MERCURY a inspiré le nom d'une espèce de Crustacé isopode ( parent du Cloporte ) ainsi que celle d''un Insecte. Diverses créatures brillent ainsi des feux un peu artificiels et quelque peu éphémères du show business, comme si les sciences naturelles voulaient pasticher le Hollywood Boulevard. Un autre nom de genre a été directement emprunté à un artiste de variété, un Poisson de la famille des Gobiidés ayant été baptisé Zappa en référence à un guitariste célèbre; le nom d'espèce d'une Méduse a aussi été forgé sur son patronyme, son découvreur ayant utilisé ce procédé comme biais pour rencontrer le musicien... ( ajoutons pour faire bonne mesure qu'une Araignée a également été gratifiée de son nom en raison d'une ressemblance entre les moustaches de la vedette et le dessin de la marque qu'elle présente sur son abdomen ).

Si les paléontologues se sont contentés de surnommer "Elvisaurus" ce Dinosaure carnivore à la crête un peu incongrue, d'autres géants du mésozoïque ont réellement reçu une dénomination inspirée de "stars du rock" !

Bobmarleya n'est pas l'épouse d'un chanteur jamaïquain, mais un animal vermiforme de l'embranchement des Pogonophores.


Si le nom d'espèce de ce Crustacé, Cirolana mercuryi, fait référence au chanteur du group Queen, Freddy MERCURY, celà ne se rapporte guère à la contribution de ce dernier à la zoologie...

Nous sommes loin de l'image un peu stéréotypée, mais aussi glorieuse, du chercheur totalement absorbé par ses recherches au point d'être un peu en retrait de la réalité quotidienne. On éprouve quelque difficulté à s'imaginer les célèbres naturalistes de l'ancien temps, de Georges CUVIER à Théodore MONOD en passant par Jean-Henri FABRE, l'œil rivé au "top 50" afin de savoir quel nom de chanteur à la mode conférerait le plus de faste à leur découverte - en attendant peut-être de célébrer de nouveaux sportifs ( il y'a quelques précédents ) ou encore les tristes "héros" de la "télé réalité" - même si le lectorat concerné se limite aux quelques abonnés d'une publication à l'accès souvent restreint aux seuls membres dûment enregistrés des institutions de recherche.

On pourrait presque en sourire si tant de naturalistes méritants et dévoués ne demeuraient pas dans une ignorance proche du mépris de la part des institutionnels ( ce qui d'ailleurs n'incite plus les amateurs de fossiles à faire part de leurs découvertes importantes aux musées comme par le passé et à contribuer ainsi à l'avancée des connaissances ), alors que la désignation d'espèces en leur honneur serait l'occasion de leur accorder un peu de reconnaissance.

L'apport de certains amateurs est pourtant parfois considérable : on connaît l'exemple de Gaël de PLOËG, ce jeune Français qui, à la manière du prologue du film JURASSIC PARK tiré du roman de Michael CRICHTON, a découvert en 1996, en étudiant de vieux ouvrages de géologie, un site exceptionnel dans le département de l'Oise, contenant 20 000 Insectes conservés dans l'ambre, représentant environ 300 espèces, dont une Mante religieuse présentant certains caractères rappelant les Blattes, confirmation que les ordre des Blattoptères et des Mantoptères sont bien apparentés, comme celà était supposé jusque là; des entomologistes du muséum de Paris se forgèrent une belle notoriété dans leur discipline en publiant des articles sur ces découvertes inespérées, ces reliques parfaitement préservées, tandis que le jeune chômeur les approvisionnait chaque samedi en matériau en prenant le train à ses frais - l'aumône, pour une durée limitée, d'un "emploi-jeune", en tant que guide pour scolaires au sein de l'établissement, lui fut finalement accordée tardivement, avant, quand même, d'être intégré à une équipe de chercheurs après ces années d'incertitude et de précarité et que, exception suffisamment rare pour être mentionnée, une Tortue fossile découverte sur le site dont il est l'inventeur porte son nom depuis 2006.

Un des Insectes conservés dans l'ambre d'un site du département de l'Oise en France découvert par Gaël de PLOËG; en dessous, cette Tortue fossile, Merovemys ploegi, représentée par Alain BÉNÉTEAU, a été nommée d'après le jeune homme, cas rarissime de naturaliste amateur finalement reconnu par les institutions.

Un autre amateur a cartographié en Amérique du sud l'aire de distribution d'une espèce de Singe en voie de disparition, le Tamarin lion, recensement qui a entraîné la mise en place d'une zone de protection ayant permis de sauver de l'extinction la petite créature au pelage roux ( ci-dessous ).

Il existe d'autres exemples célèbres d'amateurs dont on reconnut jadis les mérites, comme ce fut le cas pour Charles WALCOTT, paléontologue réputé à qui on doit notamment la découverte du fameux schiste de Burgess, après celle de nombre de Trilobites fossiles - un groupe prolifique d'animaux marins disparus à pattes articulées - qui n'eut jamais de diplôme universitaire, ce qui ne l'empêcha pas de devenir le président de la prestigieuse Smithonian Institution au début du XXème siècle. On a aussi déjà évoqué dans l'article sur "DARWIN et la controverse sur l'évolution" en février 2009, le Français Henri Marie DUCROTAY de BLAINVILLE, étudiant en musique à qui le paléontologiste et anatomiste renommé CUVIER a donné sa chance en le choisissant rapidement comme collaborateur attitré puis en en faisant son égal. Rappelons par ailleurs que l'Allemand WEGENER, qui a révolutionné la géologie en découvrant la dérive des continents, était un géographe, et a toujours pour cette raison enduré l'opprobre des pontes de la discipline - son alter-égo en biologie, DARWIN, était lui-même dans une situation universitaire assez peu établie lorsqu'il effectua ses grandes découvertes à la suite à son embarquement sur le Beagle.

Charles Doolittle WALCOTT, paléontologue américain autodidacte devenu un membre éminent de la communauté scientifique ( et un conseiller du philanthrope Andrew CARNEGIE déjà évoqué ). Un parcours pratiquement inenvisageable en France de nos jours, avec le manque d'ouverture d'esprit manifesté par l'establishment scientifique actuel. Les sciences naturelles auraient été privées d'un nombre important d'hommes de valeur si elles avaient recouru au recrutement fermé qu'elles pratiquent à présent de plus en plus. Si l'on veut sincèrement familiariser davantage le public avec les sciences, comme le besoin s'en fait grandement sentir, il conviendrait de rompre avec les pratiques de caste qui engendrent le conformisme et renforcent la coupure entre citoyens et institutions, dont les passionnés ont vocation à être les intermédiaires.

Ci-dessus, comme un certain nombre de fossiles de Burgess Shale, le curieux animal aux allures de larve de Crustacé, Marria walcotti, baptisé quatre ans après sa disparition, porte un nom d'espèce faisant référence au célèbre inventeur du site.

Nonobstant, ces exemples éclairants sont loin d'avoir fait école. Une véritable ségrégation persiste entre les chercheurs rémunérés, zoologistes professionnels nimbés du prestige de leur statut et bien peu désireux d'avoir le plus petit échange avec ceux qui ne sont pas de leur rang, et les passionnés œuvrant bénévolement, maintenus obstinément à l'écart de toute possibilité d'évolution de leur statut - comme en témoigne la fermeture d'autorité, en France il y'a une quinzaine d'années, de la section des sciences de l'évolution à l'Ecole pratique des hautes études, institution établie qui avait auparavant accueilli nombre de futurs scientifiques qui n'avaient pas transité par le "cursus officiel" et qui, par exemple, sont pourtant aujourd'hui, pour certains, des spécialistes reconnus des Coraux de l'Outre-mer, puisque l’Institut des récifs coralliens du Pacifique y a été créé par arrêté ministériel du 21 janvier 2009, intégrant les chercheurs en place; on pourrait aussi évoquer la véritable nature de certains concours nationaux dont le recrutement prétendument "ouvert" masque pauvrement la cooptation ; l'éloge de "la diversité" vantée par les pouvoirs publics ne vaut pas pour tout le monde...

Il se trouve pourtant quelques esprits libres pour contester la sélection basée exclusivement - particulièrement dans les pays francophones - sur les sciences exactes et les mathématiques, comme le grand paléontologue Stephen J. GOULD, et jusqu'au prix Nobel de physique Pierre-Gilles de GENNES qui estimait exagérée cette polarisation des sciences sur sa composante mathématique. Mais ils ne sont guère entendus et c'est peu dire que les médias ne mettent pas particulièrement en valeur cette position, tant et si bien que ni le quotidien "Le Monde" ni la radio "France info" n'y firent allusion suite au décès du premier, à la différence de d'autres précisions biographiques plus anecdotiques comme ses équipes sportives préférées...

Les naturalistes amateurs méconnus aux mérites avérés mériteraient au moins autant de considération, de la part de ceux qui ont eu l'opportunité de pouvoir faire de l'étude du monde vivant leur profession, que ceux qui se déhanchent sur une scène sur un rythme saccadé... S'il n'est pas interdit à un scientifique de se passionner pour le travail pour lequel il est payé, on peut être assuré que l'amateur qui investit de son temps sans aucune rémunération est, lui, nécessairement un passionné*.

AU TEMPS DES PIONNIERS

Dans le passé, depuis la création du standard binominal ( un nom de genre accolé à un nom d'espèce, tous deux en latin ) par le Suédois Karl Von LINNE, la dénomination d'un nouveau genre ou d'une nouvelle espèce correspondait à certaines règles.

Il arrivait certes qu'un naturaliste confère à sa trouvaille le prénom de son épouse, mais on pouvait y consentir au nom du soutien matériel que celle-ci lui apportait ( les génériques des films ne mentionnent-ils d'ailleurs pas tous les salariés assurant la maintenance et la logistique même s'ils n'ont pas pris part directement à l'œuvre cinématographique ) - et aussi comme hommage au sentiment et au dévouement, témoignage d'une époque révolue au cours de laquelle l'attachement entre deux personnes était plus durable que de nos jours.


D'autres noms ont été inspirés par la mythologie, de l'Hydre aux Gorgones.

Plus fréquemment, les nouvelles espèces portaient le nom de grands naturalistes que ceux-là avaient été les premiers à décrire, tels LAMARCK, OWEN ou PALLAS, ou bien parce que des confrères avaient voulu leur rendre hommage par ce biais.

On retrouve ainsi dans le nom d'espèce le patronyme de naturalistes célèbres, comme celui du scientifique et religieux italien Lazzaro SPALLANZANI, accolé au Spirographe, célèbre ver annelé tubicole de nos plages, ou celui du Français Felix DUJARDIN, découvreur des Kinorhynques, un petit groupe d'animaux marins microscopiques revêtus d'une cuirasse articulée, à travers leur espèce-type, Echinoderes dujardini, forme qu'il avait à l'époque considérée comme "intermédiaire entre les Crustacés et les Vers".

Le Spirographe de SPALLANZANI; en dessous, portrait du célèbre expérimentateur.


Felix DUJARDIN et le Kinorhynque Echinoderes dujardini (une vidéo en ligne permet de voir un Echinodère in vivo, créature discrète qu'on n'a guère de probabilité de voir dans les documentaires télévisés: http://www.youtube.com/watch?v=6adgt3wA9so )

Un certain nombre d'espèces portent le nom d'HUXLEY, en référence à Thomas HUXLEY, célèbre disciple de DARWIN, comme le petit Dinosaure pourvu d'une aile à chaque membre, Anchiornis huxleyi découvert tout récemment en Chine ; un genre de Mammifère ongulé disparu parent du Toxodon ( ce dernier a été évoqué dans l'article "DARWIN et la controverse sur l'évolution" ) est même désigné de manière transparente sous le nom générique de Thomashusleyia.

Décrit en 2009, un Lémurien fossile ( reconstitution ci-dessus ) a été nommé Darwinius en hommage au célèbre naturaliste anglais dont l'article de février 2009 a commémoré le 200 ème anniversaire ( en haut, célèbre caricature le représentant en Chimpanzé pour tourner en dérision la parenté entre l'Homme et les grands singes qu'il a été le premier à postuler, au grand effroi d'une partie de la bonne société anglaise ).

Quand à un autre naturaliste italien, spécialiste des parasites, Francisco REDI, son patronyme est devenu un nom commun, servant à désigner, sous le terme de "rédie", l'une des générations participant du cycle vital complexe de la Douve du foie. Il en va de même pour certains termes utilisés dans l'anatomie animale, qui sont suivis du patronyme de leur descripteur, comme en médecine.

Francisco REDI et le stade de développement asexué de la Douve du foie dénommé rédie en référence à ses travaux.

A l'inverse, on est en droit de se demander ce que des célébrités actuelles sans rapport avec la zoologie, tels que des chanteurs, ont apporté à la discipline.

Cette "peoplisation", cette trivialisation, comme dirait le philosophe Alain FINKIELKRAUT, n'est malheureusement pas le seul facteur qui contribue à dénaturer le latin scientifique permettant de nommer précisément les espèces.


D'AUTRES ÉCARTS D'AVEC LA TERMINOLOGIE SCIENTIFIQUE HABITUELLE

Alors qu'il avait été établi lors de conférences internationales fondatrices que les nouvelles espèces conserveraient définitivement le nom qui leur avait été attribué par ceux qui les avaient découvertes, la règle semble de plus en plus remise en cause, au point de brouiller les repères. La plupart des genres de "concombres de mer", des parents des Oursins au corps allongé, vivant dans les grandes profondeurs ont été rebaptisés assez récemment. Si certains animaux disparaissent, l'absence de certains autres d'internet s'explique simplement par le changement de nom... De même, la Douve du foie a vu son type éclaté en un nombre important de nouveaux genres. Seul un spécialiste des familles concernées peut encore s'y retrouver. Créer de nouveaux genres et de nouvelles espèces est naturellement bien légitime lorsqu'on peut établir qu'un type regroupe en fait plusieurs animaux auparavant confondus et qui doivent être distingués les uns des autres. Cependant, pourquoi ne pas conserver le nom établi pour celui qui est le mieux connu, en se contentant de créer de nouvelles appellations pour les formes apparentées qui s'avèrent présenter des caractères distincts ? Il arrive même quelquefois qu'un animal soit pourvu de plusieurs noms scientifiques; ainsi, le plus grand Mammifère de tous les temps, un énorme Rhinocéros sans corne, le Baluchitherium, d'après la province du Baluchistan où son fossile fut découvert, est également nommé Indricotherium, et le terme de Paracetherium a aussi été utilisé pour une description qui se rapporte très probablement au même animal : trois noms de genre pour le même animal est un record !

(illustration originale)

Pour compliquer la situation, beaucoup de nouveaux noms n'ont plus aucun rapport avec les racines gréco-latines de la systématique linnéenne. Ces dernières années, la Chine s'est distinguée par une intense activité scientifique, talonnée par le Japon. Les scientifiques chinois ont ainsi inventorié nombre de sites très intéressants, comme ceux de l'époque cambrienne, dans le Chengjiang, qui ont livré des espèces anciennes assez similaires à celles du célèbre schiste de Burgess Shale en Colombie britannique, ou ceux comportant une grande quantité de Dinosaures présentant un revêtement de plumes bien préservées. Certaines de ces espèces ont reçu un nom en rapport avec leur localisation géographique à consonance extrême-orientale, ce qui est habituel ( le Mosasaure signifie "Saurien de la Meuse", l'Iguanodon, un Dinosaure, également découvert en Belgique, dans une carrière de la commune de Bernissart, a été nommé Iguanodon bernissartensis ), mais les zoologistes de ces contrées désignent maintenant souvent leurs découvertes selon une terminologie comprise d'eux seuls, difficilement prononçable pour un Occidental, et aussi ardue à mémoriser qu'à orthographier.

Le "Serpent de mer de Maastricht", le Mosasaure - littéralement "lézard de la Meuse", faisant ici une terrifiante apparition dans le film de Kevin CONNOR, LE SIXIEME CONTINENT, adapté d'un roman d'Edgard Rice BURROUGHS : un nom scientifique classique, combinant racine gréco-latine et toponymie.

Le nom de ce Dinosaure parent du Brachiosaure, Qiaowanlong kangxii, a une signification poétique, mais seuls les zoologistes chinois qui lui ont attribué peuvent en comprendre la signification.

DE QUOI EN PERDRE SON LATIN ( SCIENTIFIQUE )


Il ne s'agit nullement de défendre ici un prétendu "impérialisme culturel occidental", même si les fondements des disciplines concernées ont été établis en Europe, mais de regretter la liberté prise avec les conventions internationales qui avaient été acceptées universellement et qui permettaient d'user d'un vocabulaire reconnu dans la totalité de la communauté scientifique, avec une étymologie qui puisse être largement comprise, au moment même où certains tentent de relancer l'espéranto, dans leur aspiration à proposer un langage commun à tous les citoyens de l'Union européenne. Même les enfants ignorant le latin connaissent le sens du mot Dinosaures ("terribles Sauriens"). On peut de la même manière retrouver bien des racines d'un groupe à l'autre. Le paresseux géant du Quaternaire s'appelle Megatherium, ce qui signifie tout simplement "grande bête"; Mouches et Moustiques sont des Diptères, pourvus de "deux ailes"; les Insectes, Arachnides et Crustacés appartiennent aux Arthropodes, littéralement "à pieds articulés", ce qui désigne les articulations externes de leurs pattes; Oursins et Etoiles de mer sont des Echinodermes, "à peau de Hérisson" en raison de leurs piquants; quant aux Acanthocéphales, des parasites intestinaux, le terme de "tête épineuse" fait allusion sans ambiguïté possible aux redoutables crochets qui ancrent ces animaux dans la muqueuse de leur hôte. Quelquefois, la connaissance de l'étymologie permet même de porter un regard critique sur certains choix un peu hasardeux; ainsi, un Batracien disparu dépourvu de pattes a été baptisé Ophiderpeton, ce qui signifie "Serpent qui rampe"; outre que l'animal n'est nullement un Serpent ( ce dernier appartenant à la classe des Reptiles ), l'expression paraît pour le moins pléonastique. L'exemple du Rhinocéros noir est plus connu, son nom Diceros bicornis signifie de manière redoublée "qui a deux cornes".

reconstitution d'Ophiderpeton, le "serpent qui rampe"

Aucun zoologiste ne peut connaître l'étymologie de toutes les langues du monde; dorénavant, les noms d'espèces deviennent obscurs, ce qui n'est pas un progrès pour la connaissance, sans parler de la vulgarisation.

Terminons ce constat sur la déperdition de l'étymologie scientifique, qui nous mène loin des idéaux des encyclopédistes, par un peu d'humour. Puisque les scientifiques actuels ne sont plus investis de la culture spécifique qui s'attachait à leur discipline et que, dorénavant, l'attribution de noms d'espèces obéit plus que jamais à la fantaisie, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? L'inventivité des découvreurs d'espèces risque avec de tels précédents de conduire à bien d'autres incongruités. Verrons-nous prochainement apparaître dans les classifications les plus sérieuses des systématiciens des "Johnnyhallidayi perceptorofugis" ( d'après un chanteur régulièrement exilé car faiblement disposé à l'égard du fisc ), des "Dickrivers ringardus","Joeystarro violento","Loftoloanna deprava" ( qu'on trouve occasionnellement dans les piscines où elle vient s'adonner à la copulation ) "Steevypederastus" ( espèce commensale du Ruquier ),"Dalida strabisma","Larafabiana hurlantissima", "Roccosiffredus megalubricus","Sammynaceris dangeriosus", "Sharonstona impudica" à la célèbre toison blonde abdominale? Et pourquoi pas encore des "Emmanuelli oculopilosi","Jacklangus semillantus","Rachidadata karlagerfeldae" aux ornements variés, "Bayroueuhius inutilis", "Rocardus fletrissus" ( dit "Petit gris" de CHARASSE - dixit ce dernier ),"Besancenotus** druckerophilis", espèce prompte à l'agitation, qui ne rechigne pas pour autant à se chauffer sous les projecteurs des grands studios télévisés, en attendant bien sûr le premier qui osera la surenchère avec un "Obama mirabilis" ("le merveilleux OBAMA" - pléonasme selon certains), annoncé par le dessin de PLANTU dans le quotidien français "Le Monde" montrant une Marianne plus qu'énamourée devant le nouveau président américain ?

D'AUTRES NOMS SCIENTIFIQUES PARTICULIERS

Des zoologistes facétieux bien qu'officiels se sont déjà amusés à attribuer des noms saugrenus, usant d'un latin scientifique qu'on dirait écrit par les humoristes Jean YANNE et Jacques MARTIN pour leurs sketchs sur la Rome antique, avec leur idiome volontairement approximatif. Un site francophone recense un grand nombre de ces noms qui, bien que saugrenus, semblent avoir été validés par la communauté scientifique internationale, comme le Mollusque bivalve Abra cadabra, le Boa fossile Montypythonoides bien connu de tous ceux qui s'intéressent aux Reptiles géants et dont la source d'inspiration est assez évidente, ou le Reptile volant Arthurdactylus conandoylensis, dont le nom de genre et le nom d'espèce se partagent le rôle de rendre hommage à l'auteur du MONDE PERDU, premier du nom, roman à la fin duquel le Professeur Challenger ramène en Angleterre un spécimen vivant de Ptérosaure découvert au Brésil comme le fossile. Plus tristement, le petit Perroquet des Marquises baptisé Vini vidici a disparu, comme nombre d'espèces d'Oiseaux à la suite de l'arrivée de l'homme sur les îles. Le site de Godzillius - appellation qui désigne d'ailleurs un représentant des Crustacés vivants les plus primitifs, les Rémipèdes récemment découverts, qui se sont vus attribuer les noms de monstres du cinéma japonais ( un Chélonien fossile porte quant à lui le nom d'espèce de "gamera" d'après une Tortue géante du cinéma nippon ) - est divertissant même pour les lecteurs étrangers à la discipline, en dépit de quelques approximations*** ;

http://www.procrastin.fr/blog/?2005/10/10/41-taxonomie


Le nom d'espèce de ce parent du Protoceratops ( dont la lignée engendrera le fameux Triceratops ), appelée Serendipaceratops arthurcclarkei, a été nommée d'après le célèbre écrivain de science-fiction passionné par l'espace, Arthur C. CLARKE. L'auteur de DRACULA a également donné lieu à un hommage n'ayant qu'un lointain rapport avec son œuvre, puisque le nom d'espèce inspiré de Bram STOKER n'a pas été donné à une Chauve-souris comme on aurait pu l'attendre, mais à une espèce d'un groupe d'Arachnide récemment découvert, les Schizomides.

Un second site, anglophone, recense d'autres noms scientifiques, en rapport avec le fantastique et la science-fiction : les amateurs de fantastique y apprendront avec plaisir qu'une espèce de Trilobite est nommée en l'honneur du grand écrivain américain LOVECRAFT, Calycoscutellum lovecrafti, en bonne compagnie puisqu'une espèce voisine, elle, fait référence au peintre espagnol surréaliste Salvador DALI ; si on considère le temps qu'il a fallu pour que LOVECRAFT entre dans le dictionnaire, on peut être convaincu qu'il s'agit bien d'une valeur sûre ( en plus d'un concepteur de divers monstres mémorables apparaissant dans ses nouvelles ). Les amateurs de TOLKIEN ne sont pas oubliés avec, entre autres, le Gollumjapyx, terme formé par l'addition du nom d'un personnage célèbre du cycle du SEIGNEUR DES ANNEAUX avec lequel il partage le mode de vie souterrain et le teint blafard, et de celui du Japyx, parent du nouveau venu, un Insecte primitif sans ailes, qui possède une pince terminale rappelant celle du "Perce-oreille"; une nouvelle preuve de rencontre entre créature réelle décrite par la science et être imaginaire, justifiant une nouvelle fois l'existence du présent site. Un Trilobite a quant à lui été nommé Han Solo, comme le héros de la trilogie de LA GUERRE DES ETOILES; le responsable a cependant allégué pour brouiller les pistes que l'animal portait le nom de l'ethnie qui vit en Chine là où le fossile a été trouvé et que le nom d'espèce signifie qu'elle est la seule de son genre; l'interprète du personnage, Harrison FORD, s'est lui-même vu dédier une espèce de Fourmi en remerciement de son investissement en faveur de la préservation de l'environnement****. Une espèce de Scarabée appartenant au même genre que celles qui portent les patronymes de BUSH, CHENEY et RUMSFELD a été nommée Agathidium vaderi car d'aspect luisant comme le costume du personnage de Dark Vador - Darth Vader dans la version originale, et un Acarien porte de manière encore plus transparente le nom générique de Darthvaderum : http://scifisoundtrack.com/30-real-animals-with-science-fiction-names-triviagasm


Tiens, ne serait-ce pas un Agathidium vaderi ?

Citons aussi le site anglophone le plus complet, même si sa présentation est plus austère et que tous les noms ne sont pas explicités; on se réjouira notamment d'apprendre qu'un genre de Crabe fossile a été dénommé Harryhausenia d'après le nom du grand créateur de monstres Ray HARRYHAUSEN - qu'on évoquera de nouveau incessamment - qui avait animé un Crustacé géant dans le film L'ILE MYSTERIEUSE de Cy ENFIELD :
http://www.curioustaxonomy.net/index.html.

Enfin, il faut prendre garde aux homonymies; un fossile assez célèbre de l'époque cambrienne a reçu en nom d'espèce le patronyme de KIERKEGAARD par admiration pour le philosophe danois, lequel ne doit pas être confondu avec son compatriote KIRKEGAARD, zoologiste décédé en 2006 qui avait notamment décrit les espèces de Pogonophores trouvés par la fameuse expédition Galathea au début des années 1950, et dont le nom a servi à baptiser plusieurs espèces de vers annelés.

(* On privilégie ici d'ordinaire bien davantage le règne animal si diversifié; pour rétablir un peu l'équilibre, et puisqu'on a inauguré l'article avec le "Lichen d'OBAMA", on indiquera ici bien volontiers le site d'un naturaliste amateur néo-zélandais, électricien de son métier, Clive SHIRLEY, qui a recensé et photographié avec une incroyable qualité la diversité cryptogamique des sous-bois de son pays, Mousses, Lichens et Champignons - et a fait paraître un ouvrage sur ces derniers. A voir pour la beauté des images de ce monde en miniature (exemple ci-dessous), même si l'on n'est pas spécialiste de la question : www.hiddenforest.co.nz/intro.htm ).

(** à ne pas confondre bien sûr avec le Besanosaurus représenté dans l'article de février 2009 !)

(*** on a déjà signalé qu'Elvisaurus est un surnom et non le nom scientifique officiel d'un Dinosaure, que Godzillius ( formé d'après Godzilla ) et les formes apparentées ne sont en rien des Crabes mais font parti des Rémipèdes, des Crustacés ancestraux ressemblant davantage à des "milles-pattes" marins, ou encore que Darthvaderum n'est pas un Papillon, mais un Acarien, ce qui devrait lui valoir beaucoup moins d'admirateurs... Quand au Daemonelix, si la structure évoque la coquille torsadée d'un Gastéropode gigantesque, il s'agit en fait de la galerie spiralée creusée par une espèce disparue de Castor ! )

(**** on peut lire à ce sujet cette page: http://www.ourplanet.com/imgversn/142/french/ford.html)

mercredi 9 septembre 2009

RETOUR ANNONCE DE DEUX GRANDS MONSTRES

Contrairement au pilote extraterrestre, le film ALIEN ne s'est pas fossilisé dans l'esprit des cinéphiles.

On se souvient que Barry LEVINSON avait réalisé un film, LE SECRET DE LA GRANDE PYRAMIDE, imaginant la jeunesse de Sherlock Holmes, plutôt réussi et étonnamment sombre pour une œuvre en principe destinée au jeune public. Le personnage d'Indiana Jones s'était lui vu gratifié d'une série décrivant les jeunes années de l'archéologue aventurier. Georges LUCAS a conçu plus récemment une trilogie de LA GUERRE DES ETOILES antérieure à celle qu'il avait préalablement initiée, narrant le dévoiement de chevaliers Jedi au service de sombres desseins, et montrant comment ceux-ci avaient évolué pour devenir les personnages maléfiques de la première saga, laquelle chronologiquement devint donc la seconde.

Le défi que représente l'élaboration d'œuvres conçues comme le prologue de films connus, à plus forte raison quand il ne s'agit pas de sagas se prêtant à de multiples épisodes, est particulièrement ardu, car même en admettant que les films parviennent à se hisser à la hauteur des chefs-d'œuvres initiaux, ce qui n'est pas une entreprise aisée, il leur manquera néanmoins toujours la touche d'originalité de leur modèle. La meilleure solution, difficile à appliquer au concept d'une préquelle, est d'instiller une nouvelle perspective lorsqu'on décline un concept connu, comme avec ALIENS adoptant une perspective plus guerrière mettant l'action au premier plan, POLTERGEIST 2 se focalisant sur un personnage maléfique central et ses surprenantes métamorphoses, ou encore LA MOUCHE 2, reprenant des éléments délaissés du scénario car jugés alors accessoires, notamment les enjeux financiers de la téléportation pour la société technologique qui veut s'accaparer l'invention, en les combinant intelligemment avec le thème du fils de Brundle soumis aux aléas génétiques imputables à son géniteur.

A présent, le concept pourrait être appliqué à deux grands chefs d'œuvre du cinéma de science-fiction, sans doute les deux films majeurs narrant les agissements de formes de vie extraterrestres prédatrices, ALIEN de Ridley SCOTT et THE THING de John CARPENTER - même si pour le second nous avions été bien peu à l'époque, au milieu des critiques condescendantes, à l'identifier comme un chef-d'oeuvre et un futur classique; les deux font actuellement l'objet d'un projet décrivant la situation antérieure aux événements portés à l'écran ( bien qu'un premier projet pour THE THING avait d'abord été envisagé comme une suite et qu'il a même été question de remake ) ; il est vrai que celle-ci est déjà évoquée explicitement dans les deux œuvres.

La filiation entre les films originaux et les préquelles: Ridley SCOTT, réalisateur du premier ALIEN ( en haut ), devrait diriger le film qui va narrer les évènements antérieurs au classique de 1979; il faut espérer qu'il saura livrer un nouvel opus à la hauteur de l'oeuvre fondatrice, mais au moins peut-on supputer qu'il sera peu enclin à en trahir l'esprit. Stuart COHEN (en bas ), co-producteur de THE THING, avait été l'initiateur du projet d'adapter la nouvelle de John CAMPBELL en en préservant l'essence même à l'écran, et a aussi oeuvré avec constance pour que la réalisation en soit confiée à John CARPENTER qu'il supposait avec raison comme le directeur le plus approprié à la peinture de ce huis-clos horrifique; COHEN étant à nouveau aux manoeuvres, on peut là encore raisonnablement envisager qu'il va s'efforcer de renouveler le prodige du chef d'oeuvre de 1982.

Bien que cela n'ait guère été noté, le début des deux films s'inscrit dans un schéma similaire: les protagonistes découvrent que l'organisme terrifiant qui les attaque s'en ait pris auparavant à une autre expédition, à ceci près que cette dernière est extraterrestre dans ALIEN, mais la barrière de la langue ( aucun Américain de l'avant-poste 31 dans THE THING ne connaissant le norvégien ) empêche dans les deux cas que les futures victimes puissent être instruite par l'expérience malheureuse de leurs devanciers. Le procédé permet à la fois de révéler l'intrigue progressivement tout en lui conférant une touche de réalisme puisqu'il présente des faits qui se sont déjà déroulés et que le spectateur considère ainsi spontanément comme avérés.

Les épaves des vaisseaux extraterrestres de ALIEN (en haut) et THE THING (au-dessous)

La découverte des restes de l'expédition décimée dans ALIEN (haut) et THE THING (bas)

ALIEN et THE THING ont été produits à peu près en même temps; les difficultés des producteurs du second à s'accorder sur le traitement de l'histoire et finalement les hésitations du studio quant à la rentabilité du projet, jusqu'à ce que le succès d'ALIEN démontre qu'un film de monstre à gros budget pouvait rapporter des bénéfices, explique que THE THING ne soit sorti en salles que trois ans plus tard. Le scénario d'ALIEN était pour l'essentiel défini dès le début; il reposait sur une idée originale de Dan O'BANNON - même si on peut toujours trouver une filiation avec d'autres œuvres comme un petit film de monstre des années 1950, IT ! THE TERROR FROM BEYOND SPACE, et que le célèbre écrivain VAN VOGT entama une action en estimant qu'il s'inspirait de son roman LA FAUNE DE L'ESPACE, notamment les passages mettant en scène un extraterrestre du nom d'Ixtl. THE THING est par contre l'adaptation déclarée d'une nouvelle remarquable écrite en 1938 par John CAMPBELL - et dont seul le point de départ avait été conservé lors d'une première transcription à l'écran par Christian NIBY en 1951. Les premières approches du projet tiraient naturellement profit des potentialités cinématographiques de l'histoire, en prévoyant des scènes spectaculaires de poursuite dans les glaces, incluant des avalanches. Cependant, aucune ne faisait réellement l'unanimité, jusqu'à ce que soit engagé le scénariste Bill LANCASTER, fils du célèbre acteur Burt LANCASTER - interprète entre autre d'un Docteur Moreau particulièrement sadique dans l'adaptation de Don TAYLOR de 1976 ; celui-là, même s'il ouvre l'histoire sur une poursuite entre ce qui paraît être un chien de traîneau et un hélicoptère qui le traque, relègue l'action au second plan au profit du huis-clos, restant fidèle à l'esprit du texte originel. Même si le procédé d'introduction de l'intrigue de THE THING n'est pas totalement sans rappeler celui d'ALIEN ( qui lui-même avait eu un prédécesseur en la matière avec PLANET OF THE VAMPIRES de Mario BAVA et sa découverte de l'épave d'un vaisseau spatial ainsi que des restes squelettiques de ses occupants attaqués par des entités meurtrières ), on peut penser que sans l'habileté de Bill LANCASTER, ce chef d'œuvre qu'est THE THING serait probablement demeuré l'un de ces innombrables projets de film qui n'ont jamais vu le jour.

En haut, le scénariste d'ALIEN, Dan O'BANNON ( à gauche) en compagnie du peintre suisse GIGER, concepteur des éléments extraterrestres du film. En dessous, le scénariste de THE THING, Bill LANCASTER, dont sa participation au chef d'oeuvre de CARPENTER est l'élément majeure de sa brève carrière, écourtée par sa santé précaire - même s'il s'était montré à l'époque déçu que certaines scènes qu'il avait écrites n'aient pas été portées à l'écran, notamment une scène de panique au moment où la station est subitement plongée dans l'obscurité.

On peut se demander ce que donnera le nouvel épisode, rétrospectif, d'ALIEN, basé sur un scénario signé par Jon SPAIHTS. Logiquement, celui-ci devrait nous montrer, entre autres, les gigantesques humanoïdes extraterrestres aux prises avec les créatures meurtrières qui ont causé leur perte ( le film montre l'un d'entre eux, fossilisé sur son siège, devant ce qui semble être un poste de pilotage, les côtes ayant été percées de l'intérieur par le stade parasite de l'organisme surnommé "Chest burster"). Le spectateur jusque là mystifié par l'extraordinaire atmosphère d'ALIEN risque alors de découvrir que les Face-huggers, le stade initial qui se fiche sur le visage et pond dans le corps la génération suivante, et dont la morphologie paraît calquée sur l'anatomie humaine ( conformément aux indications du scénario ), paraissent un peu menus comparés à leurs premières victimes, comme représenté ci-dessous.

Les Extraterrestres en proie aux Face-huggers ( illustration originale ).

Il avait été un temps entendu que Sigourney WEAVER pourrait y faire une nouvelle apparition, bien qu'on ne voit pas trop comment son personnage pourrait être impliqué dans l'histoire, à moins d'imaginer à la manière d'ALIEN IV de CARO et JEUNET que le personnage d'Helen Ripley qu'elle interprétait dans le premier film était
déjà un clone réalisé par la compagnie, et qu'elle joue ainsi le personnage original, probablement elle-même un membre de la Compagnie ou/et une scientifique.

Il sera en tout cas un peu ardu d'inclure dans l'intrigue des protagonistes humains étant donné que la rencontre entre l'Alien et les humains étaient censée être une première. Peut-être pourrait-on imaginer une intrigue sur un contact dramatique entre des humains et les extraterrestres, en espérant que les auteurs joueront habilement sur les effets de perspective et l'inclusion à l'image des interprètes par des trucages visuels classiques pour représenter la différence de taille, sans recourir à des créatures créées banalement par ordinateur. Néanmoins, un élément troublant de l'œuvre de 1979 n'a guère été relevé jusqu'à ce jour : alors qu'un détachement explore l'étrange épave extraterrestre conçue par le peintre suisse H.R. GIGER, le responsable scientifique Ash ( brillamment interprété par Ian HOLM ) découvre, mais trop tard - ou feint de découvrir seulement à ce moment-là, en raison de son rôle trouble ( il s'agit en réalité d'un androïde chargé par la Compagnie de ramener, quoi qu'il puisse en coûter, l'organisme inconnu à des fins de recherche appliquée ) que le signal extraterrestre qui a attiré le Nostromo sur l'astéroïde n'est pas un appel au secours mais un avertissement. Malgré toute la ressource de l'ordinateur de bord, on ne peut qu'être déconcerté par la capacité du système à interpréter un message dans une langue totalement inconnue. Pour que l'ordinateur puisse distinguer entre ces deux types d'émissions, il paraît évident qu'il dispose d'un minimum d'informations sur la syntaxe et la sémantique des extraterrestres ( rappelons pour point de comparaison que la langue des Etrusques, peuple européen qui a précédé les Romains - et dont les habitants du Latium pourraient être plus ou moins les descendants, ces derniers ayant fondé l'Empire romain qui s'est étendu à toutes les provinces d'Italie avant de conquérir les contrées étrangères - n'a à ce jour pas pu être déchiffrée en dépit des nombreux objets étrusques mis à jour ). De là, on pourrait imaginer que la Compagnie ait déjà eu connaissance d'un certain nombre de données avant que l'équipage du Nostromo ne fasse la funeste rencontre, ce qui ouvre quelques pistes scénaristiques.

Ridley SCOTT paraît enclin à envisager les créatures meurtrières comme étant des créations de l'ingénierie génétique conçues par les extraterrestres, un genre d'arme biologique comme celà avait aussi été évoqué pour la Chose mise en scène par John CARPENTER à l'occasion d'une monture abandonnée de THE THING. Celà pourrait expliquer une similitude quant à l'apparence "bio-mécanique" des extraterrestres et celui de leur création; celà conduirait aussi à porter un regard cynique sur les civilisations, puisque les Extraterrestres qui auraient créé les Aliens et la Compagnie qui veut se les accaparer, comme elle le démontre aussi dans ALIENS de James CAMERON à travers le personnage de Burke, auraient le même dessein, s'assurer de la puissance technologique en croyant obtenir le contrôle d'une effroyable arme biologique : on est loin de la vision optimiste de certains auteurs qui imaginent que l'avènement de civilisations hautement développées irait de pair avec une grande sagesse et qu'elles seraient nécessairement pacifiques.

Le scénario d'ALIEN avait initialement envisagé que les œufs des créatures carnassières étaient hébergés dans une mystérieuse structure extraterrestre, comme représenté ici par Hans Rudi GIGER.

Quand à THE THING, il est vrai que le dénouement laissé quelque peu en suspens à la fin du film de John CARPENTER fait davantage travailler l'imagination que les faits qui précèdent l'histoire et qui sont approximativement connus, d'autant que les 45 premières minutes y étaient consacrées au dévoilement progressif de l'intrigue.

Le dénouement de THE THING : l'un des deux survivants n'est-il pas une nouvelle incarnation de la "Chose" ?

Néanmoins, la "préquelle" permettrait sans doute de découvrir quelle forme avait originellement la Chose lorsqu'elle a été découverte,avant qu'elle n'e
ntreprenne d'imiter des formes de vie terrestres ( dans le film, elle apparaît essentiellement sous une forme composite, passant d'une apparence à une autre en empruntant certains attributs de ses victimes ), même si cela ne résoudrait pas nécessairement la question de savoir si elle reproduisait alors l'aspect des extraterrestres pilotant le vaisseau qu'elle a attaqué, ou si la silhouette trouvée dans le bloc de glace était bien sa véritable forme comme l'imaginait apparemment CAMPBELL, à moins qu'on la représente comme une masse informe à l'instar de celle entraperçue à la fin de la séquence du chenil et qui paraît en effet représenter la conception de ses concepteurs - d'ailleurs, avant que Rob BOTTIN ne s'attelle à la tâche avec son monstre indéfinissable et organique, sorte de masse cellulaire indéfinie, le scénario de Bill LANCASTER envisageait la forme extraterrestre pratiquement comme une sorte de virus, un programme génétique qui s'incarnait en détournant les organismes dont elle s'emparait, bien loin de la créature à trois yeux et aux bras tentaculaires de la nouvelle.

Un premier scénariste, Ron MOORE, avait proposé un traitement réitérant l'intrigue du film de John CARPENTER, transférée dans le camp norvégien, lieu initial du déferlement de l'horreur; un nouveau scénariste, Eric HEISSERER, a achevé un travail de réécriture. La nouvelle mouture devrait se concentrer en premier lieu su
r la découverte de la soucoupe volante telle que relatée dans la nouvelle originelle de John CAMPBELL - d'autant que l'épave explorée par MacReady et Norris ne paraît pas avoir été totalement consumée par l'explosion destinée à la dégager de sa gangue de glace contrairement à ce qui survient dans la nouvelle originelle, ce qui pourrait ouvrir quelque possibilité d'exploration, puis se poursuivre par la destruction de la base norvégienne par la redoutable créature mimétique.

MacReady (Kurt RUSSELL) devant le bloc de glace ramené dans la base de recherche norvégienne (photo du haut), ayant contenu le corps de la créature extraterrestre revenue à la vie, dont l'apparence initiale demeure inconnue; peut-être pourrait-elle présenter quelque ressemblance avec la version de la Chose dessinée ci-dessus par un artiste pour un jeu vidéo inspiré du film de John CAPENTER.

Il est question de recourir pour l'essentiel à de "vrais" effets spéciaux, notamment sous l'égide de Vincent GUASTINI, qui a notamment oeuvré sur de petits films de monstres comme SPOOKIES et ALIEN FACTOR : METAMORPHOSIS, et a aussi sculpté les créatures goulues du téléfilm LES LANGOLIERS, malheureusement réduits à une version virtuelle; Rob BOTTIN, concepteur des effets spéciaux de maquillage du film de CARPENTER, injustement boudé par les producteurs depuis trop longtemps, ne paraît quant à lui pas avoir été contacté. Celà dit, il vaut mieux rester prudent, il y'a déjà eu tant de films pour lesquels leurs promoteurs faisaient la même profession de foi, comme pour THE MIST, LE PACTE DES LOUPS, PITCHBLACK, qui se révélaient au final comporter principalement au montage final des trucages virtuels, quand bien même des animatroniques avaient été effectivement réalisés... Néanmoins, si jamais le nouveau film était fidèle à l'original et qu'il remportait suffisamment de succès, celui-ci pourrait peut-être contribuer à relancer la vogue des films de monstres utilisant des effets physiques - voire permettre le retour des maquilleurs délaissés comme Rob BOTTIN, Chris WALAS et Steve JOHNSON ( voir "Les grands créateurs déclarent forfait", article de mars 2009 ); ce serait une belle revanche pour un extraterrestre qui, en raison de recettes décevantes et de critiques assassines lors de sa sortie, a été surnommé "le monstre le plus mal aimé du cinéma"...

Comme les premiers artistes engagés sur THE THING avant l'arrivée de Bill LANCASTER, le studio GUASTINI a proposé sa version de la "Bête d'un autre monde" de la nouvelle initiale de John CAMPBELL.


Si ce chien en cours de transformation ne ressemble guère à un husky, c'est qu'il est directement réminiscent du travail de GUASTINI sur le "Terminator canin" du film ROTTWEILER.

Cette main dans laquelle un œil est apparu rappelle la main vue dans LEVIATHAN, dans laquelle s'ouvrait une mâchoire.

Autre monstruosité mutante, cette masse de chair hétéroclite combinant des caractéristiques de différentes victimes, incluant Poisson et Manchot, évoque les formes à la fois inquiétantes et grotesques entraperçues dans un autre film de John CARPENTER, L'ANTRE DE LA FOLIE.

La plupart des versions envisagées par le studio GUASTINI sont des hybridations d'homme et d'Insecte, à la manière des mutants du film THE NEST; une inspiration que Vincent GUASTINI pourra de nouveau illustrer avec son engagement sur le projet de remake de LA MOUCHE. D'autres variations peuvent être vues sur le site original :
http://www.moviesonline.ca/gallery.php?movie=VGP-TheThing


vendredi 17 juillet 2009

L'HOMME QUI FAISAIT CHANTER LES MOGWAI

Malgré toute l'implication du spécialiste d'effets spéciaux Chris WALAS, la petite créature pelucheuse de GREMLINS aurait pu ne rester qu'un jouet animé comme son apparence enjoignait à se la représenter, si le compositeur Jerry GOLDSMITH, auteur d'un nombre important de musiques de films, ne lui avait conféré cet extraordinaire gazouillis tellement attendrissant. L'apparition de créatures hors du commun au cinéma survient généralement une fois qu'une impression d'étrangeté, de mystère, a été engendrée chez le spectateur, par la combinaison judicieuse de différents éléments tels que les mouvements de caméra, le choix d'un éclairage approprié ou encore la musique de film participant de la création d'une atmosphère particulière. Ainsi, la musique inquiétante qui ouvre le film LEVIATHAN, réalisé par Georges Pan COSMATOS, prépare-t-elle le spectateur à l'immersion dans le monde ténébreux des abysses, où règne une pesanteur écrasante, et le met-elle en condition pour la tragédie qui s'annonce, la plongée dans l'effroi avec les mutations qui s'emparent bientôt de l'équipage et changent les victimes en créatures d'épouvante.

A mi-chemin du Rongeur et du Lémurien, Gizmo le Mogwaï. Avec son délicieux roucoulement et la délicate musique de Jerry GOLDSMITH, ce petit personnage pelucheux à de quoi attendrir les plus endurcis ( à l'exception naturellement de ses affreux rejetons dans GREMLINS et de l'odieux vivisecteur interprété par Christopher LEE dans GREMLINS 2: THE NEW BATCH )

Le final féérique de GREMLINS

Le genre de la musique de film, genre à part entière - à ne pas assimiler à la bande originale du film, qui peut inclure des succès de la variété, ce qui n'a rien à voir - est souvent mésestimé, tenu pour de la musique d'arrangement sans valeur artistique par les musicologues et autres puristes de la musique classique, ou bien ignoré en grande partie par les spectateurs qui, à l'exception de quelques thèmes célèbres, ne la remarquent pas particulièrement tant celle-ci fait partie intégrante du film. Mais elle peut néanmoins, en dépit de sa fonction utilitaire, être une création à part entière, digne d'intérêt.

La musique de film vise principalement l'efficacité, cherchant à suggérer une atmosphère plutôt qu'à se complaire dans une sophistication formelle, ce qui permet de la définir comme une "musique réaliste" ; on pourrait identifier parmi ses précurseurs Richard WAGNER et ses superbes ouvertures souvent très mélancoliques, dont John WILLIAMS ( LA GUERRE DES ETOILES ) semble être un héritier; s'il avait vécu à notre époque, il est fort probable que le compositeur allemand aurait fini par œuvrer sur des films dans le genre de CONAN LE BARBARE. Jerry GOLDSMITH, par l'originalité dont il fait souvent preuve, se rattacherait quant à lui plus précisément à un compositeur comme Eric SATIE et son CLAIR DE LUNE.

La disparition de Jerrald King GOLDSMITH il y'a cinq ans, le 21 juillet 2004, n'a pas eu le moindre écho dans les médias, audiovisuels français* alors même que ses partitions ont contribué au succès de nombreux films - et que la télévision ne se prive pas d'utiliser ses partitions pour renforcer l'impact de ses documentaires sans cependant jamais l'indiquer au générique... ( il semble d'ailleurs que la célèbre série radiophonique d'"histoires extraordinaires" narrées par Pierre BELLEMARE ait utilisé comme générique un thème de QB VII composé par Jerry GOLDSMITH en 1974 ). Il est vrai qu'il n'était pas une icône médiatique, mais juste un compositeur de musique de film particulièrement inventif, ayant signé des centaines de compositions dont celles de nombre de films célèbres, et ayant été sélectionné dix-huit fois pour l'Oscar. Privilégiant souvent les films d'action, d'aventures ou relevant du fantastique ou de la science-fiction, Jerry GOLDSMITH n'a de la sorte pas eu davantage de reconnaissance en provenance du monde culturel, puisque cette orientation l'assimilait au "divertissement" plutôt qu'aux "films d'auteurs".

Jerry GOLDSMITH dirigeant l'orchestre. Un extraordinaire compositeur disparu il y'a cinq ans, le 21 juillet 2004, auxquels les médias audiovisuels français n'ont pas, c'est le moins qu'on puisse dire, rendu justice, et qui n'a pas eu réellement la consécration qu'il mérite. Né en 1929 à Pasadena, en Californie, il s'est passionné très jeune pour la musique, à laquelle il s'est voué toute son existence.

Pragmatique, le compositeur perçoit très rapidement que l'audiovisuel représente un débouché susceptible de lui permettre de vivre de sa passion pour la composition, et aussi, au travers du divertissement, de pouvoir toucher un large public sur une grande échelle - jusque dans ses derniers instants, il appréciait de recevoir les témoignages de ses admirateurs qui le touchaient particulièrement. Jerry GOLDSMITH a appris l'efficacité en illustrant des séries télévisées comme THE TWILIGHT ZONE (LA QUATRIÈME DIMENSION) de Rod SERLING - il écrira à nouveau pour le petit écran en 1981 à l'occasion de MASADA qui colle parfaitement à l'ambiance de cette série historique, laquelle bénéficiait par ailleurs des deux excellentes prestations de Peter O'TOOLE et David WARNER. Très éclectique, il a conçu aussi bien des partitions inspirées de la musique contemporaine brute comme LA PLANÈTE DES SINGES que LA GRANDE ATTAQUE DU TRAIN D'OR marquée du sceau du classicisme. Les amateurs ont surtout remarqué le rythme trépidant des thèmes les plus violents; cependant, ces passages soulignant l'action, moins harmonieux et plus standardisés, ne doivent pas faire oublier la qualité de son travail, la manière dont il suscite de légères variations d'un thème pour lui conférer une tonalité distincte et une qualité d'émotion différente lors de sa reprise.

Durant la première partie de sa carrière, la production de Jerry GOLDSMITH reste, souvent, il faut l'admettre, assez conventionnelle. A l'exception des thèmes romantiques de LA MALEDICTION (1976) et de MORTS SUSPECTES (1977) qui, sans rompre complètement avec les standards de la musique hollywoodienne, laissent affleurer une certaine propension à l'expression des sentiments, il demeure pour l'essentiel, plus encore que Bernard HERRMANN, dans une optique visant principalement l'illustration sonore des œuvres, avec une forte similarité avec la musique contemporaine, compositions qui se prêtent peu à une écoute indépendante du support. Dans le genre fantastique, notamment, la musique de film s'est longtemps cantonnée à souligner, avec plus ou moins d'ingéniosité, les moments de tension ou d'horreur, comme Max STEINER pour le premier KING KONG en 1933 ou James BERNARD et ses violons stridents pour les films anglais produits par la Hammer. Jerry GOLDSMITH s'inscrit tout à fait dans cette lignée avec LA PLANETE DES SINGES (1968), très violente et cacophonique, celle de MORTS SUSPECTES, proche du bruitisme industriel, ou encore L'AGE DE CRISTAL (1076) à base de dissonances électroniques qui créent une ambiance technologique austère. De la même manière, PAPILLON (1973) est extrêmement efficace, générant une atmosphère moite, oppressante, suscitant une impression de malaise, mais il ne s'agit pas nécessairement du type de composition qu'on se sent spontanément enclin à écouter pour elle-même hors du contexte filmique. Jerry GOLDSMITH voit cependant sa notoriété croître, jusqu'à obtenir un Oscar - qui demeurera étrangement le seul de sa carrière - pour LA MALEDICTION, (1976) composition qui consiste essentiellement en des chants évocateurs de messe noire en latin ( même si la suite comporte quelques rares mesures instrumentales plus élaborées qui laissent percer l'étrangeté ).

Jerry GOLDSMITH recevant un Oscar pour la musique du film d'épouvante satanique LA MALEDICTION, le seul de sa carrière. Plusieurs Emmy awards lui ont par contre été attribués, notamment pour STAR TREK VOYAGER en 1995.

Le compositeur John BARRY est l'un des premiers à rompre avec cette conception de la musique de film fantastique, à l'occasion de sa partition pour le remake de KING KONG en 1976. Il conçoit différents thèmes mélodieux retranscrivant la personnalité romantique de l'héroïne, l'esprit aventureux qui anime l'expédition, celui de l'île évocateur de son mystère, ou encore celui de la captivité du grand singe, aux accents si douloureux qu'il faudra attendre LA MOUCHE 2 de Christopher YOUNG pour en retrouver de comparables. Pour la première fois, la musique supporte très bien d'être écoutée pour elle-même, hors la vision du film ( à noter que quelques mesures de L'HOMME SANS OMBRE (2000) par Jerry GOLDSMITH évoquent quelque peu cette œuvre; on retrouve aussi l'espace de quelques mesures quelque ressemblance d'un passage de LEVIATHAN de Jerry GOLDSMITH avec le thème romantique d'OUT OF AFRICA de John BARRY, compositeur digne d'intérêt qui s'est cependant sans doute un peu gâché en étant accaparé par la série des JAMES BOND - même si DANSE AVEC LES LOUPS dont BARRY est aussi l'auteur s'est avéré un peu répétitif et sans relief ). Aussi, on pourrait se demander si Jerry GOLDSMITH, qui avait une culture musicale très étendue, n'a pas entrevu à ce moment la perspective de concevoir des thèmes plus mélodieux pour illustrer, au moins en partie, les films car il se détache alors progressivement de l'influence de la musique contemporaine plus rugueuse.

Jerry GOLDSMITH dans les années 1970-1980.

Jalon de cette évolution, CAPRICORN ONE (1978) orchestre la dichotomie entre le rythme saccadé martelant le thème principal incisif et le débordement d'émotion du thème sentimental qui le contient et qui trouve son plein sens lorsque surgit au grand ébahissement de sa famille, et des bureaucrates qui l'ont trahi, un astronaute au cours de son propre enterrement, celui-ci ayant échappé à la mort programmée devant dissimuler l'imposture d'une fausse mission sur Mars.

Le final de CAPRICORN ONE : une veuve et son mari revenu d'entre les morts.

1979 marque l'année charnière pour Jerry GOLDSMITH, qui se voit confier la responsabilité de l'illustration de deux grandes productions de science-fiction. Si les thèmes appuyant les scènes d'horreur d'ALIEN, avec leurs staccatos, leurs percussions violentes et leurs coups de cymbales, ne s'écartent guère de ceux de LA PLANETE DES SINGES, la partition recèle d'autres passages tout à fait marquants. Certaines mesures, tout en retenue, avec quelques notes suspendues, évoquent tout à fait l'impression de vide intersidérale, d'espace profond nimbé de mystère et d'inconnu, comme si le silence lui-même était partie prenante de la composition. L'atmosphère du film bénéficie aussi de l'expérience d'une composition précédente de Jerry GOLDSMITH, aux notes très inquiétantes, celle de FREUD (1962), dont le réalisateur Ridley SCOTT aurait repris quelques passages pour ALIEN. L'autre grand film de genre de l'année, STAR TREK-LE-FILM, s'ouvre sur une fanfare très glorieuse digne d'un péplum, conformément à la demande du studio, le compositeur ayant initialement proposé une partition moins solennelle; néanmoins, sa reprise ultérieure avec un rythme plus posé au cours de la suite du film, lui confère une plus grande gravité et un intérêt musical plus évident, se combinant avec davantage de facilité avec la musique cérébrale et métaphysique qui accompagne les évolutions des personnages au gré de l'investigation de l'énigme cosmique presque insondable.

Le réveil de l'équipage cryogénisé dans ALIEN. La partition lumineuse de Jerry GOLDSMITH nimbe la séquence d'une touche d'aventure - mais celle-ci basculera dans l'horreur avec l'irruption d'un prédateur extraterrestre.

Jerry GOLDSMITH avait confié ne pas avoir un intérêt particulier pour le fantastique ou la science-fiction; cependant, il va apporter sa contribution à bien des films s'y rapportant. En 1981, il propose avec OUTLAND une nouvelle plongée dans l'univers industriel, le ramenant à ses compositions assez austères. POLTERGEIST (1982) comporte des tutti frutti très agressifs, mais, comme pour ALIEN, offre également quelques passages mémorables. L'apparition d'un spectre dans le salon est accompagnée d'une utilisation très particulière, irréelle, des cordes, à la manière d'Eric SATIE, compositeur favori de Jerry GOLDSMITH. Quant au morceau "The Light", il est en parfaite adéquation avec le discours de la paraspychologue sur l'au-delà, renforçant chaque phrase, chaque intonation, sans jamais cesser d'être une composition mélodique à part entière, retranscrivant à la fois l'appréhension que suscite le monde surnaturel et la grâce des âmes rendues à leur pureté immatérielle. POLTERGEIST 2 (1986) est quant à lui baigné dans une musique envoûtante, évocatrice du monde chamanique. Sa partition pour le remake de LA MAISON DU DIABLE (1999) retrouve l'atmosphère inquiétante des meilleurs passages de POLTERGEIST, suggérant la résurgence d'un passé douloureux; on peut parier qu'il sera longtemps utilisé pour illustrer des reportages télévisés sur des crimes ou des histoires de maison hantée.

L'apparition du spectre dans le salon de POLTERGEIST sous le regard ébahi de la famille Freeling, ainsi que des parapsychologues qui ne s'attendaient pas à une manifestation si spectaculaire. Une ambiance d'autre monde due aussi bien aux effets spéciaux de John BRUNO qu'à la partition de Jerry GOLDSMITH.

En 1983, THE TWILIGHT ZONE -THE-MOVIE (LA QUATRIEME DIMENSION) fait tour à tour surgir l'insolite avec grâce ("That's a good life") et l'émotion empreinte de nostalgie autour de la prestation empreinte d'humanité chaleureuse de Scatman CROTHERS ("Kick the can"), sensibilité que l'on retrouve également dans GREMLINS (1984) au travers du merveilleux thème de Gizmo et de l'épilogue empreint d'une délicate mélancolie ainsi que dans GREMLINS 2 (1990).

FIRST BLOOD (RAMBO) assume en 1982 toute la gravité du thème du soldat perdu, délaissé par la société après avoir risqué sa vie pour son pays. Les quelques mesures durant lesquelles John Rambo s'échappe d'une mine abandonnée, quittant le monde des ténèbres et de la mort où il avait été laissé, pour retrouver la lumière, préfiguration des envolées de TOTAL RECALL, méritent d'être également évoquées. Jerry GOLDSMITH a déclaré en réponse à une question portant sur ce qu'il avait retiré du film, qu'il lui avait permis de s'offrir une belle demeure à Hollywood; cette saillie ironique ramenant son art à un exercice strictement mercantile pourrait être perçue comme une marque de modestie tant la formidable transcription musicale du sentiment de solitude de l'ancien militaire, marqué par la souffrance indicible de ses frères d'armes ( repris en 1985 dans RAMBO 2 au travers du morceau "Day by day" ), devenu un surhomme pathétique, un colosse aux pieds d'argile, témoigne d'inspiration et d'implication du compositeur. Son incroyable talent s'exprime encore au travers de PSYCHOSE 2 (1983). Pour une fois, un instrument se détache de l'ensemble orchestral, un piano dessinant une complainte triste augurant le combat impossible du psychopathe Norman Bates contre sa déraison. Les morceaux illustrant le basculement irrésistible dans la folie sont réellement dérangeants.

"Tout ce que je voulais, c'était manger un morceau.." La détresse de John Rambo, soldat perdu, dans FIRST BLOOD, si bien rendue par Jerry GOLDSMITH, ainsi que dans RAMBO 2 mettant au premier plan le thème de la trahison, et même dans le troisième volet, dont la partition est l'intérêt principal ( en ce dernier cas, l'écoute de la bande originale s'impose plus que la vision du film.. )

Jerry GOLDSMITH a longtemps considéré, vraisemblablement jusqu'à BASIC INSTINCT (1992), que LEGEND était sa composition préférée. Le thème du Mal y est cependant un peu succinct, et la grâce délicate, éthérée, de l'ensemble, à l'image du film qui n'est qu'une suite de belles images, rend peut-être cette composition moins marquante que d'autres. Le compositeur n'était en tout cas pas rancunier, puisqu'il avait accepté de travailler à nouveau avec Ridley SCOTT bien que celui-ci ait retouché sa partition d'ALIEN contre son gré; cette fois, l'expérience fut plus amère, puisque la totalité de sa musique fut éliminée de la version américaine. Jerry GOLDSMITH avait pourtant toujours à coeur l'intérêt du film, ne cherchant pas à se mettre particulièrement en avant; il proposa ainsi lui-même que LA PLANETE DES SINGES s'achève sans musique, estimant que le jeu de Charlton HESTON était suffisamment puissant à lui seul sans qu'il soit nécessaire de le souligner par des effets musicaux.

Plus étonnamment, RAMBO 3 ( 1988), qui, en dépit de sa distribution notable ( dans les seconds rôles, Richard CRENNA, Marc de JONGE et même Kurtwood SMITH, même si sa présence relève plus de la figuration ) n'est qu'une sorte de bande dessinée d'action d'un intérêt très discutable, bénéficie en sus des musiques d'action de quelques thèmes sublimes, comme "Another time" et"I'll stay". Jerry GOLDSMITH s'est encore surpassé là où il aurait été tout à fait fondé à se limiter à une partition de commande, comme il le fit en 1998 pour UN CRI DANS L'OCEAN - dont le réalisateur avait supprimé la créature conçue par Rob BOTTIN par gain de temps, celà n'incitait pas à la qualité. Quant à L'AVENTURE INTERIEURE, (1987) la partition comporte quelques perles au sein d'un ensemble conventionnel faisant prééminer l'action.

Le thème principal de LEVIATHAN (1989) réussit le prodige, au travers de son thème ample et puissant, de retranscrire le dépaysement représenté par les grandes profondeurs marines, la pression et la lenteur qui y règnent, le danger, le mystère et l'inquiétude, la peur et l'angoisse de la maladie engendrée par une mutation génétique. Comme pour ALIEN, la réapparition au sein de la violence orchestrale de quelques petites touches épurées qui amorcent un thème mélodique avec une pureté cristalline signe la résurgence d'un espoir possible au sein de l'épouvante et du chaos.

LEVIATHAN, enfer sous-marin.

Tournage avec le monstre - fugitivement vu à l'écran - aux membres changés en tentacules; la couleur argentée rappelle les Poissons auxquels il emprunte une bonne part de son héritage génétique.

Stan WINSTON, grand maquilleur auquel le premier article de ce blog a rendu hommage deux jours après sa disparition il y'a un an, devant un prototype de l'abomination génétique de LEVIATHAN.

Ce n'est sans doute pas un hasard si les toutes premières mesures de TOTAL RECALL (1990) rappellent celles du thème principal de CONAN LE BARBARE composé par Basil POLEDOURIS, film qui a fait connaître Arnold SCHWARZENEGGER. La suite est par contre empreinte d'une atmosphère futuriste, alternant le dynamisme martial du thème principal avec des plages plus oniriques et avec le souffle cosmique d'une envolée puissante et éblouissante accompagnant la plongée dans les fascinants décors de Mars. Le final avec ses notes appuyées et sa tonalité un peu évasive se rapproche quelque peu de certains passages composés par VANGELIS pour BLADE RUNNER.

L'arrivée sur Mars dans TOTAL RECALL, époustouflante grâce aux superbes maquettes et à la composition puissante de Jerry GOLDSMITH, illustration brillante de sa faculté à mêler orchestre et synthétiseur.

Rencontre au sommet entre deux immenses artistes dans TOTAL RECALL : SCHWARZENEGGER face à une stupéfiante création du maquilleur Rob BOTTIN ( voir article "Les grands créateurs déclarent forfait" de mars 2009 ), le mutant Kuato, sur la formidable et vertigineuse montée chromatique de Jerry GOLDSMITH. Le morceau intitulé "The big jump" a dans la réédition été rebaptisé "The Mutant", associant ainsi davantage les deux créateurs - le compositeur avait cependant déjà été précédemment engagé sur des films mettant en scène des créatures du maquilleur, notamment EXPLORERS et LEGEND.

Jerry GOLDSMITH n'avait pas fait d'allusion au thème de la série télévisée STAR TREK lorsqu'il a signé la musique de la première adaptation cinématographique, contrairement à James HORNER qui ouvrit STAR TEK 2 et 3 avec quelques mesures caractéristiques. Celà n'empêcha pas une grande considération mutuelle entre le compositeur de musique de film et le créateur du générique de la série, Alexander COURAGE, qui eut pour bien des films la responsabilité de conduire l'orchestre lorsque Jerry GOLDSMITH ne le dirigeait pas lui-même. Le nom de Jerry GOLDSMITH devait être à nouveau associé à l'univers STAR TREK, avec la partition de nouveaux films ainsi, pour l'essentiel, que celle des nouvelles séries télévisées. Les bandes originales de STAR TEK V (1989), STAR TREK INSURRECTION (1998) et STAR TREK NEMESIS (2002) sont tout en retenue, empreintes de sérénité. Le thème principal de STAR TREK FIRST CONTACT (1996) est quant à lui tout particulièrement remarquable, exprimant une sorte de noblesse contenue avec une touche nostalgique. Le générique de la série STAR TREK VOYAGER (1995), d'un genre très différent, s'impose par sa majesté et son originalité.

La saga STAR TREK marquée durablement par les sublimes compositions de Jerry GOLDSMITH.

En dehors du cinéma fantastique, Jerry GOLDSMITH a conçu bien d'autres musiques de film remarquables et touchantes; parmi ces réussites, citons LIONHEART (1987), FIRST KNIGHT (1995 ) - dont quelques passages évoquent ALIEN ainsi que le final de TOTAL RECALL - et LE 13EME GUERRIER (1999), qui restituent l'esprit chevaleresque, FOREVER YOUNG (1992) et POWDER (1995) bouleversantes de sensibilité et de sentimentalité, ou encore THE SUM OF ALL FEARS (2002) aux allure de liturgie apocalyptique en dépit de sa sobriété.

Dans FOREVER YOUNG, Mel GIBSON incarne un homme découvert dans un caisson cryogénisé, fruit d'une expérience militaire abandonnée, à qui on a volé sa vie. La partition de Jerry GOLDSMITH rend poignante cette évocation de la fuite du temps. Jerry GOLDSMITH forever.

Le romantisme n'était pas chez Jerry GOLDSMITH une posture artistique. Il fut semble-t-il fort éprouvé lorsque sa femme le quitta en 1970. Il se remaria en 1980 avec une épouse plus jeune avec laquelle il partagea toujours une grande complicité; loin de toute prétention, il s'amusa d'ailleurs à faire une courte apparition à ses côtés dans le film GREMLINS 2. Le compositeur savait aussi se montrer accessible comme il le prouva en prenant comme agent un admirateur rencontré dans un supermarché alors qu'il faisait ses courses, lequel avait entrepris de lui demander un autographe - un exemple qui devrait en inspirer beaucoup qui manquent dramatiquement d'humilité...

Jerry GOLDSMITH a été un innovateur particulièrement brillant, combinant au plus haut degré la fusion entre orchestre philharmonique et synthétiseurs. Il en résulte une osmose parfaite; à l'inverse du soliste accaparant l'attention en voulant faire montre de sa virtuosité comme dans nombre d'œuvres classiques, tous les instruments participent d'un même mouvement, d'une respiration commune, à la manière d'un organisme vivant. Ce qu'il y'a peut-être de plus spécifique chez ce compositeur - même si on peut trouver une approche voisine avec GOONIES de Dave GRUSIN - est peut-être aussi ce mélange fascinant et assez bouleversant de mélancolie indissociable d'un merveilleux réminiscent de l'univers magique de l'enfance, comme pour les épilogues de GREMLINS et SMALL SOLDIERS, contraste détonant qui donne de la profondeur à ses œuvres sans que celles-ci soient pour autant totalement déprimantes, comme peut l'être par exemple à contrario le final d'IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST d'Ennio MORRICONE. Le génie du compositeur réside dans les variations subtiles qui déclinent les thèmes sans monotonie, et son incroyable propension à, une fois le thème principal exposé, obtenir un surcroît d'émotion par une utilisation habile et fort remarquable de l'orchestration dans ce qui est à l'opposé d'une simple redondance, comme c'est bien souvent le cas chez d'autres compositeurs pourtant fort estimables - on pourrait à contrario citer DRACULA et FURY de John WILLIAMS, CABAL et BATMAN de Danny ELFMAN... Il fait ainsi prendre conscience que la musique ne se réduit pas à un thème, aussi original soit-il, mais procède aussi d' une interprétation, d'une exécution dans laquelle l'expression de la subtilité et des nuances est tout aussi déterminante que la structure mélodique. Ainsi, même un thème comme celui d'A COUTEAU TIRE, qui n'est pas le plus mémorable de son œuvre, emporte l'adhésion par son caractère épique, aventureux et tragique à la fois, qui contribue immédiatement à hausser la portée du film.

Dans les années 1990, Jerry avait adopté une coiffure fort différente avec les cheveux attachés à l'arrière.

Jerry GOLDSMITH continua à composer malgré le cancer qui lui fut finalement fatal à l'approche de ses 76 ans. Il a communiqué son amour de la musique à son fils Joël GOLDSMITH, qui l'assista sur la composition de RUNAWAY en 1985. Ce dernier a depuis signé les partitions de diverses séries de science-fiction comme celles de AU DELA DU REEL - L'AVENTURE CONTINUE, avec sa composition un peu atonale aux accords étranges frisant avec la dissonance, générant une atmosphère très particulière, et STARGATE ATLANTIS - qui se rapproche quelque peu de la veine de STAR TREK VOYAGER. Il a d'ailleurs créé son site avec humour puisque "personne d'autre ne s'était dévoué": http://www.freeclyde.com/index.html

Le nom de GOLDSMITH est toujours présent dans la création musicale au travers de son fils Joël, qui jusqu'à présent a surtout écrit pour les séries télévisées.

Jerry GOLDSMITH a eu raison d'œuvrer dans le cinéma. Même s'il lui arrivait de livrer des œuvres d'un intérêt supérieur à celui de certains films, il a pu diffuser de la sorte largement son travail. Un compositeur classique contemporain talentueux comme Samuel BARBER aurait pu sombrer dans un oubli assez général si le cinéma n'avait pas remis au goût du jour son pathétique et sublime ADAGIO FOR STRINGS entendu dans l'épilogue de THE ELEPHANT MAN de David LYNCH ( repris peu après dans PLATOON ).

Il est vrai que Jerry GOLDSMITH n'est certes pas le seul compositeur remarquable du cinéma fantastique - on pourrait citer John WILLIAMS ( la saga STAR WARS, JURASSIC PARK ), Ennio MORRICONE ( THE THING, MISSION TO MARS ), James HORNER ( STAR TREK 3, KRULL ), Howard SHORE ( LA MOUCHE ), Basil POLEDOURIS ( CONAN LE BARBARE, CONAN LE DESTRUCTEUR ), Trevor JONES ( THE DARK CRYSTAL, LOCH NESS ), Michael KAMEN ( THE DEAD ZONE, BRAZIL, HIGHLANDER ), ou encore Angelo BADALAMENTI et ses complaintes planantes et envoûtantes de nombre de films de David LYNCH, mais il en est probablement le plus représentatif et inventif, bien que son nom soit curieusement souvent omis.

Récemment, une compilation des 30 musiques de films préférées des Français, selon les résultats d'un sondage, intitulée Les élections de la musique de film, était commercialisée. Beaucoup de compositeurs connus y figuraient, Ennio MORRICONE, Howard SHORE, John WILLIAMS, John BARRY, VANGELIS, Georges DELERUE, Bernard HERRMAN... Parmi les laissés pour compte, un grand absent, Jerry GOLDSMITH. Mais l'ignorance récurrente de ce grand nom de la culture contemporaine n'abuse pas les vrais connaisseurs : une recherche image par google indexe 171 000 résultats... Il ne fait aucun doute que l'art de Jerry GOLDSMITH sera tôt ou tard intégré dans les enseignements dispensant une formation à la musique de film et deviendra une véritable référence. Pour l'heure, les mélomanes n'auront sans doute jamais l'idée d'aller rechercher dans la bande originale d'un film commercial une belle partition, à fortiori quand il ne s'agit pas d'un film "prestigieux" comme LE DERNIER EMPEREUR; ils ne savent pas ce dont ils se privent...

Depuis, malgrè tout, un site français a été créé pour rendre hommage au grand compositeur et tenter de pallier en partie le faible écho de sa disparition. On peut ne pas partager nécessairement l'enthousiasme des auteurs pour la partition de LA PLANETE DES SINGES, aux staccatos violents et aux sonorités discordantes, et il semble par ailleurs que Jerry GOLDSMITH et le compositeur attitré des films d'Alfred HITCHCOCK et de plusieurs œuvres de Ray HARRYHAUSEN, Bernard HERRMANN, n'auraient pas nécessairement éprouvé une forte sympathie mutuelle comme évoqué ( Le premier trouvait d'ailleurs ironique de succéder au second sur la saga PSYCHOSE ), mais il convient d'indiquer que ceux-ci ont rassemblé pour le lecteur français une masse d'informations biographiques impressionnantes, notamment sur les débuts de sa carrière au sein de la communauté juive de compositeurs d'Hollywood, ainsi que sous l'égide de Miklos ROZSA, que les connaisseurs ne se priveront pas de consulter et qu'on recommande bien volontiers : http://www.goldsmith-themusicallaw.net

Evidemment, il existe aussi pour les anglophones un beau site très complet sur Jerry : http://www.jerrygoldsmithonline.com

Une courte vidéo lui rend aussi un petit hommage: http://www.youtube.com/watch?v=M3XF8j6xjqQ

Il y'a cependant encore toujours à faire pour faire connaître et reconnaître son talent pourtant éclatant, ce à quoi on s'est efforcé bien modestement de contribuer ici. Monsieur GOLDSMITH, où que vous soyez à présent, sachez que vous manquez à beaucoup d'admirateurs, et que vos compositions si marquantes ont contribué à rendre notre existence un peu moins désenchantée, à préserver notre capacité à faire preuve de sensibilité et d'émotion dans un monde moderne affreusement cynique. La disparition de la musique de Jerry GOLDSMITH, s'additionnant à la suprématie écrasante des images générées par ordinateur, signe définitivement la fin d'une certaine magie au cinéma.

* la télévision belge a par contre produit un documentaire intitulé "Film music-Jerry Goldsmith" en 1987.

PS: n'oublions pas malgré tout au passage deux autres compositeurs de musiques de films disparus à peu près à la même époque que Jerry GOLDSMITH : le grec Basil POLEDOURIS, auteur des thèmes si variés et remarquables de CONAN LE BARBARE et CONAN LE DESTRUCTEUR, à qui l'on doit aussi la musique de ROBOCOP, autre fresque sur l'émergence d'un héros purifié par l'ascèse d'une légitime vengeance, et Michaël KAMEN, à qui l'on devait la partition très mélancolique de THE DEAD ZONE, le noble romantisme de HIGHLANDER ou encore la composition éclectique et tout à fait digne d'intérêt de BRAZIL. Conservons encore longtemps au travers de leurs œuvres le souvenir de ces créateurs qui ont contribué à porter le cinéma fantastique jusqu'à l'excellence dans les années 1980 et qui ont donné ses lettres de noblesse à la musique de film.

Les lecteurs qui estimeraient qu'il n'existe qu'un rapport assez ténu entre cet article et le thème des créatures seront peut-être curieux de savoir que Jerry GOLDSMITH est indirectement à l'origine de ce blog, créé il y'a un peu plus d'un an. L'auteur ayant appris quelque peu fortuitement la disparition du grand créateur de monstres Stan WINSTON deux jours plus tôt s'attendit à ce que les médias audiovisuels fassent preuve à son égard de la même indifférence que lors de la disparition du compositeur, ce qui le décida à écrire de mémoire en trois quart d'heures un hommage spontané que vous avez pu lire en juin 2008 en ces pages. Ce blog fut ainsi créé pour, à cette échelle modeste, honorer la mémoire du maquilleur, l'auteur ignorant que Mario GIGUERE, avec qui il avait correspondu à plusieurs reprises, le trouverait suffisamment digne d'intérêt pour avoir l'amabilité de le mettre sur son propre site - qu'il soit encore remercié ici pour son soutien et ses encouragements. Ce blog néanmoins créé entre temps appelait d'autres articles, aussi, bien que sa création n'ait en rien été préméditée, il devint rapidement l'opportunité de traiter avec un regard non conformiste des sujets en rapport avec la diversité des créatures vivantes et avec les créations imaginaires qu'elles peuvent inspirer, les Dinosaures et monstres de Stan WINSTON en fournissant le prologue idéal. L'hommage à Jerry GOLDSMITH, même s'il se situe à la périphérie de sa thématique, renoue donc avec l'histoire de la genèse de ce blog. A noter que l'auteur a été un jour été pratiquement possédé, non par un thème comme celà arrive de temps à autre lorsqu'un air vous trotte dans la tête, mais par la totalité des morceaux de TOTAL RECALL, y compris ceux qu'il aimait moins, d'une manière telle que celà ne lui était jamais arrivé. Le lendemain, il apprit que le compositeur avait disparu la veille. Curieuse coïncidence.

mardi 23 juin 2009

RETOUR SUR LE GRAND VOYAGE DE CHARLES DARWIN

On avait signalé récemment à l'intention des lecteurs, à la suite de l'article de février 2009 évoquant le 200ème anniversaire de la naissance du grand naturaliste britannique, la diffusion sur la chaîne franco-allemande Arte du documentaire retraçant sa vie, LE GRAND VOYAGE DE CHARLES DARWIN, réalisé par Hannes SCHULER et Katharina Von FLOTOW, représentant le savant au travers de reconstitutions, tournées en Bretagne, que le montage mêlait assez habilement à des plans issus de documentaires réalisés dans les contrées lointaines, séquences assortis de commentaires par des spécialistes.

DARWIN n'était sûrement pas du genre à voir des Iguanes roses partout; pourtant, il n'aurait pas été inconcevable qu'il en vît s'il avait séjourné plus longtemps dans l'archipel des Galapagos; cette espèce récemment découverte ne se trouve que sur les pentes d'un unique volcan.

Mettant en exergue la rupture que l'on pourrait qualifier de "révolution darwinienne" ( même si, de la même manière que je l'avais évoqué dans mon article sur "Darwin et la controverse sur l'évolution", le commentaire semble à un moment sous-entendre que les naturalistes précédents étaient déjà enclins à déceler dans la classification les affinités naturelles entre les espèces, soit en germe à esquisser une parenté entre elles ), le documentaire s'attache particulièrement à démontrer que cette nouvelle théorie explicative de la diversité du vivant s'est constituée avant tout en réaction contre la religion, le naturaliste anglais apparaissant comme une sorte de figure iconoclaste, prométhéenne, s'extrayant par son audace de l'obscurantisme chrétien, même si la fin du documentaire rappelle brièvement les états d'âme ayant baigné l'existence du savant. Ainsi, selon cette lecture, la science, s'appuyant sur les faits observables, rendrait compte de la réalité du monde en opposition directe avec la religion demeurant prisonnière de conceptions mythiques totalement obsolètes.

Il est bien connu que la religion chrétienne a commis effectivement de redoutables excès lorsqu'elle était avant tout un pouvoir, réfutant toute interprétation s'écartant de la vérité officielle, et dont l'un des faits les plus consternants fut l'exécution, non sans lui avoir préalablement coupé la langue, du théologien et astronome Gordiano BRUNO, accusé d'interprétation trop libre des textes sacrés, et notamment d'avoir postulé, pour exalter la Création divine dans toute sa richesse, la pluralité des mondes ( il semble bizarrement qu'à l'époque, pour une raison qui mériterait d'être précisée par les historiens, il aurait été considéré comme acceptable d'émettre des doutes sur la virginité de la Vierge Marie ou de la divinité du Christ, mais pas d'évoquer l'existence d'autres planètes susceptibles d'abriter la vie* ). Cependant à l'époque de GALILEE, le bûcher n'était déjà plus aussi certain pour ceux qui s'avançaient à remettre en cause les représentations du monde de l'époque. Au XIXème siècle en Europe, la religion imprégnait fortement les esprits mais n'interdisait plus les idées philosophiques variées et les théories scientifiques audacieuses - on se rappelle qu'auparavant, le Français Jean-Baptiste LAMARCK avait déjà connu quelque notoriété en postulant, en d'autres termes, la transformation des espèces. Ce rappel permet de relativiser quelque peu le clivage absolu esquissé par le documentaire, même si l'on n'omet en rien les réactions virulentes qui accueillirent la publication de ses travaux dans les milieux traditionnels et qui continuèrent longtemps à animer ses détracteurs.

Gordiano BRUNO, théologien et esprit audacieux à l'époque lointaine à laquelle, en Europe, les précurseurs de Camille FLAMMARION devaient faire preuve du plus grand courage pour affronter la censure religieuse.

Le documentaire présente dans cette optique le père de Charles DARWIN comme un chrétien obtus qui aurait porté sur la science le regard outragé d'un gardien du Temple face au dévoilement profane. Là encore, le temps était passé depuis que les institutions religieuses avaient proscrit toute étude du corps humain, et le père de DARWIN encourageait son fils à poursuivre des études de médecine, lesquelles ne convenaient d'ailleurs guère à ses dispositions personnelles.

Charles DARWIN, effaré notamment par l'âpre lutte pour la survie dans la jungle sud-américaine ( tout autant cependant que par son étonnante profusion ), aurait été selon les auteurs animé d'un envie d'en découdre avec les conceptions chrétiennes. En réalité, le jeune homme était un vrai naturaliste passionné par la multiplicité de la vie. Il se consacra notamment à des études très complètes sur des espèces atypiques comme les Plantes carnivores et comme les Cirripèdes, ces Crustacés vivant fixés à l'âge adulte par la tête, telle la Balane de nos côtes, dont il étudia tous les types - à l'exception du sous-groupe des Rhizocéphales renfermant les espèces parasites spécialisées. Un polémiste essentiellement motivé par la volonté d'élaborer une grande théorie iconoclaste contre la religion, avec la fougue d'un NIETZSCHE, n'aurait certainement pas investi tant de temps à étudier les détails anatomiques et le fonctionnement particulier de tant d'organismes avant d'élaborer ses hypothèses, avec la passion de l'entomologiste FABRE cherchant avant tout à comprendre le monde le plus discret qui nous entoure.

Une des planches illustrant la monographie qu'à consacré DARWIN aux Cirripèdes, curieux Crustacés sessiles ( en bas, au milieu, un Conchoderma auritum de profil, animal parfois fixé aux Baleines, qui possède deux siphons aux allures d'oreilles de Lapin ; ci-dessous un groupe de ces plaisantes créatures conservées au Musée d'histoire naturelle de San Diego ).

DARWIN avait confié que, marqué par son éducation religieuse, ce n'était pas sans réticence que, progressivement, l'accumulation de ses observations l'avait amené à remettre en cause la représentation du monde qui était enseignée par la religion. Il semblerait même que ce soient en fait des raisons personnelles tragiques, la disparition de sa petite fille, qui aient fini par le faire douter définitivement de la bonté divine et de la Providence. Et cependant, alors même qu'il n'accompagnait plus le dimanche matin son épouse à l'office, Charles DARWIN continuait de faire des dons à des œuvres religieuses.

L'opposition entre science et religion n'est donc pas un clivage aussi absolu que les auteurs tendent à l'indiquer. D'ailleurs, comme évoqué dans l'article précédé, le Père Theilard de CHARDIN avait considéré que l'évolution était tout à fait compatible avec l'existence de Dieu, même si, contrairement à DARWIN, il imaginait qu'elle obéissait à un schéma directeur général univoque, ce qui paraît beaucoup moins évident de nous jours en dépit de son mouvement général vers la complexification, de la Bactérie à l'Homme.

Le Père THEILARD de CHARDIN.

Evidemment, le récit de la Genèse n'a plus qu'un rapport lointain avec l'histoire de notre planète telle que les disciplines scientifiques l'ont reconstituée, avec de plus en plus de précision. La naissance d'un individu plutôt que d'un autre semble effectivement relever de la plus incontestable contingence. L'évolution quant à elle, comporte encore des points demeurant partiellement obscurs en raison de la complexité des phénomènes, mais il est vrai qu'on pourrait admettre que le hasard a une part prépondérante dans l'histoire de la vie sur notre planète. Par contre, l'origine et la finalité de l'univers, ainsi que la question du sens qu'il conviendrait éventuellement de lui prêter, sont des interrogations qui demeurent problématiques, et la science, du moins en l'état actuel des connaissances, ne peut établir de manière irréfutable ni l'existence d'un Créateur, ni au contraire la nier fermement. Quant aux valeurs que chacun décide de donner à son existence, à la conception qu'on se fait de la morale, de l'éthique ou encore de la sexualité, aucun scientifique le plus brillant soit-il ne peut à bon droit s'en imposer le prescripteur, car cela relève des intimes convictions de chacun - point de vue que partageait également le fameux paléontologiste Stephen J. GOULD, évoqué dans l'article de février 2009, détracteur résolu des créationnistes, ce qui ne l'empêchait pas de fustiger l'ingérence des scientistes hors de leur discipline.

Dans l'article précité, j'avais réfuté les différents procédés des auteurs se réclamant du créationnisme, qui visaient à discréditer l'idée d'une transformation progressive des êtres vivants au cours des âges au nom de la défense de la religion. Symétriquement, des auteurs utilisent les enseignements de DARWIN pour promouvoir une conception athée militante, voire même comme Richard DAWKINS, le célèbre auteur du GÈNE ÉGOÏSTE, pour organiser une campagne de dénigrement des prescriptions du christianisme, déviation contestable qui conduit un chercheur reconnu à quitter le terrain scientifique pour s'ingérer dans les valeurs morales de chacun.

Une nouvelle fois, en tout cas, on vérifie la passion que les découvertes de Charles DARWIN continuent de susciter, de la part des fondamentalistes chrétiens en Amérique ainsi que de musulmans en Europe qui les rapportent à la religion dans la perspective de faire interdire, ou dans le meilleur des cas, de relativiser, leur enseignement en classe, tandis que des zélateurs du naturaliste instrumentalisent ses théories pour un combat qui relève d'un tout autre plan.

Il est tout de même un peu surprenant que ce débat, qui a été tranché à l'extrême fin du XIX ème dans le milieu scientifique par le ralliement de l'écrasante majorité des naturalistes, ne cesse de resurgir en étant mêlé à d'autres enjeux; on n'imagine pas, à l'inverse que les controverses au sujet de l'héliocentrisme défendu par GALLILE se soient maintenues jusqu'à notre époque, ou qu'il y'ait encore des esprits forts affirmant que la Terre est plate et que la rotondité qui se révèle depuis l'espace est soit une illusion d'optique soit une imposture scientifique. La réaction des religions paraît en retour engendrer, au-delà de la contre-argumentation légitime qu'on a présentée précédemment, un activisme anti-religieux qui, là aussi, dépasse le cadre du débat et concourt à son tour à radicaliser les positions.

L'horreur engendrée chez beaucoup par l'idée que l'espèce humaine trouve son origine dans l'évolution animale est d'autant plus anachronique que le moindre journal télévisé laisse voir une barbarie - parfois même commise au nom de la religion - qui excède la cruauté parfois observée chez les bêtes, comme l'illustre John FRANKENHEIMER dans son remake de L'ILE DU DOCTEUR MOREAU, dans lequel le prologue avec l'âpre lutte entre naufragés et l'épilogue sur fond d'images d'actualités sont comme un écrin pathétique enserrant l'épisode sur la sauvagerie des Hommes-Bêtes créés par le savant fou, dont l'auteur, H.G. WELLS, notait déjà les convergences profondes du comportement avec celui, à peine enfoui par le vernis de la civilisation, de nos semblables. Ce qui caractérise la grandeur humaine n'est pas son éloignement d'avec le monde animal où il puise ses origines, mais au contraire les efforts qu'il accomplit pour s'élever, en privilégiant le raisonnement en place de la brutalité, la compassion plutôt que la loi du plus fort, la défense de valeurs et d'idéaux au lieu de la satisfaction immédiate des pulsions instinctuelles.

De l'autre côté, au contraire, certains matérialistes prosélytes paraissent se délecter de tout ce qui peut nier toute perspective de transcendance chez l'homme, voire de liberté individuelle, par une vision triviale de la condition humaine, qui, sous le prétexte théorique d'en ériger l'autonomie et la raison, aboutissent en fait souvent à le rabaisser plus ou moins au niveau de l'entité physiologique. DARWIN, promu malgré lui en prophète, n'a semble-t-il pas encore fini d'enflammer les passions...

* c'est en tout cas ce que rapporte le célèbre astronome français Camille FLAMMARION dans son essai LES MONDES REELS ET LES MONDES IMAGINAIRES, dont le titre a inspiré la dénomination de ce site.

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Les médias ont évoqué la disparition de l'actrice Farrah FAWCETT, victime du cancer comme récemment l'écrivain Philip José FARMER évoqué tantôt, laquelle était connue notamment pour sa participation à la série policière DRÔLES DE DAMES. Elle avait aussi joué en 1980 au côté de Kirk DOUGLAS et Harvey KEITEL dans le souvent injustement sous-estimé SATURN 3 de Stanley DONEN, en compagnie d'un robot inspiré de dessins de Leonard de VINCI, qui annonçait l'endo-squelette en acier chromé conçu par Stan WINSTON pour TERMINATOR. Le film convoque toutes les inquiétudes liées aux potentialités de la cybernétique.

La partie d'échecs de SATURN 3 : jouer une partie avec une machine peut s'avérer périlleux.

Hector semble tout aussi doué pour le bras de fer...

Ceux qui n'ont pas vu le film pourront lire un résumé et un petit commentaire intéressant indiquant notamment que c'est John BARRY ( pas le compositeur de musique de film mais le chef décorateur ) qui devait initialement le réaliser : http://www.scifi-movies.com/francais/dvd.php?data=saturn31980film


dimanche 31 mai 2009

UN AUTEUR DES ANNEES 1930 MIS A L'HONNEUR

L'existence humaine est parfois tragiquement courte, comme l'a illustré tout récemment le décès à l'âge de 28 ans de l'acteur Heath LEDGER, acteur dans plusieurs films de Terry GILLIAM, dont LES FRERES GRIMM, décédé dans son sommeil d'un abus médicamenteux, comme avant lui le maquilleur français Benoît LESTANG ( article de 2008 ).

Certains écrivains ont aussi connu des carrières brèves, à l'image du Français Michel BERNANOS, auteur du cycle fantastique réputé LA MONTAGNE MORTE DE LA VIE, qui a mis fin à ses jours dans la forêt de Fontainebleau avant son quarantième anniversaire. Le créateur du personnage de CONAN LE BARBARE, Robert E. HOWARD, s'est lui donné la mort à l'âge de 30 ans après le décès de sa mère. L'infortune a aussi abrégé les carrières de d' autres auteurs. On sait qu'Howard Philip LOVECRAFT a disparu à l'âge de 47 ans des suites de la maladie. Un de ses inspirateurs, William Hope HODGSON, auteur de terrifiantes histoires maritimes, qui avait été incorporé comme artilleur durant la première guerre mondiale, a lui-même été victime d'un obus près de Ypres, en Belgique, à l'âge de quarante ans, dans ce conflit que LOVECRAFT qualifiait avec raison de "suicide de l'Europe".

Il en va de même pour Stanley WEINBAUM, écrivain de science-fiction emporté par un cancer de la gorge à l'âge de 35 ans, carrière fulgurante, mais suffisante, pour, à l'instar de Robert HOWARD et William Hope HODGSON, avoir eu le temps de laisser une production significative et une trace mémorable dans l'histoire de la littérature d'imagination. Stanley WEINBAUM avait entamé des études de chimie, qu'il avait assez rapidement abandonnées pour se consacrer complètement à l'écriture. H.P. LOVECRAFT loua son imagination lui permettant de concevoir des situations, des créatures et des psychologies réellement originales. Sa nouvelle la plus fameuse, L'ODYSSEE MARTIENNE, avait ainsi été choisie en 1970 par les plus grands écrivains de science-fiction pour figurer en tête de l'anthologie "The greatest SF stories of all time" constituée par l'Association des Ecrivains de Science Fiction d’Amérique. On l'a comparé à Herbert George WELLS, avec lequel il aurait d'ailleurs partagé le sentiment que les récits de science-fiction, dont la qualité a pourtant assuré leur postérité, ne représentaient pas la part la plus "noble" de leur œuvre. Sa renommée valut même à un cratère martien d'être nommé en référence à son nom. En France, il était pratiquement le seul auteur issu des pulps des années 1930 à figurer dans les anthologies de science-fiction, et un roman avait paru, LA FLAMME NOIRE, un récit sur une terre ravagée aux prises avec des forces occultes maléfiques, comme LE FLEAU de Stephen KING, en fait deux nouvelles refondues.

L'année 2008 a remis à l'honneur cet auteur de l'âge d'or de la science-fiction américaine. Aux Etats-Unis, le prix de la "redécouverte Cordwainer Smith" * lui a été attribué; William Hope HODGSON en avait été précédemment gratifié en 2006. Un peu plus tôt, les éditions Coda** ont publié la première édition française complète des nouvelles de l'auteur, "Une Odyssée martienne, intégrale des nouvelles". Il faut aussi rendre grâce aux éditions de l'Age d'or, qui avaient déjà offert aux lecteurs francophones l'année précédente deux recueils de nouvelles de Stanley WEINBAUM constitués par Raymond SOUBIE et enrichies de nombreuses notes, "La Péri rouge et autres histoires de science-fiction" ainsi qu' "Une odyssée martienne et autres histoires de science-fiction", de même qu' une réédition complétée de LA FLAMME NOIRE, ouvrages édités à compte d'auteur, investissement qui mérite d'être salué et encouragé***. Quelques textes inédits supplémentaires figurent donc, au côté de nouvelles traductions, dans l'édition Coda, ce dont on ne peut que se réjouir même si quelques passages trahissent une traduction trop littérale, notamment pour ce qui est de celle de l'article introductif dû à la plume de l'écrivain lui-même, dont le premier paragraphe est rendu difficilement compréhensible. Le texte de Stanley WEINBAUM se lit cependant avec une certaine émotion puisqu'il l'a écrit en juin 1935, soit seulement six mois avant d'être emporté par la maladie. Les éditions Coda ont par ailleurs choisi de présenter sous forme de cahier central les couvertures en petit format des différentes éditions des œuvres de Stanley WEINBAUM, ainsi que celles des magazines littéraires de l'époque au sein desquels ses nouvelles parurent initialement, et dont les couvertures n'illustrent pas toujours un récit de l'auteur. Plus discutable est la mise en exergue pour la couverture du recueil lui-même d'une illustration de Virgil FINLAY certes attrayante, mais apparemment sans rapport avec une nouvelle de Stanley WEINBAUM. En dépit de ces petites remarques, c'est bien volontiers que l'on salue ici l'initiative de cet éditeur indépendant, de même que celles de l'Age d'or, son prédecesseur bien nommé.

La plus célèbre nouvelle de WEINBAUM traduite en français est incontestablement L'ODYSSÉE MARTIENNE, dans une veine qu'on pourrait rapprocher de celle de J.H. ROSNY AINE, en particulier de son roman LES NAVIGATEURS DE L'INFINI. Il s'agit d'un récit qu' un astronaute accidenté, Jarvis, fait à ses collègues de sa rencontre avec différentes formes de vie martiennes, racontée avec le naturel d'un récit de l'aventurier et ethnologue Paul-Emile VICTOR. La figure principale parmi celles-ci en est Tweel, bipède aux allures d'Autruche, pouvant aussi évoquer un Dinosaure coureur. L'auteur se montre bien plus imaginatif que tant de films hollywoodiens ultérieurs qui mettront en scène des extraterrestres à l'aspect humain - parfois même des starlettes en bikini - parlant souvent de surcroît un parfait anglais sans avoir jamais écouté la BBC... A l'opposé, Stanley WEINBAUM retranscrit avec réussite la tentative de communication du principal protagoniste avec ce "Vendredi" extraterrestre et la manière dont une certaine intelligibilité, certes limitée, parvient à s'établir entre les deux êtres. D'autres espèces parsèment le territoire traversé par le naufragé, représentées ci-dessous par différents artistes. Le succès de l'œuvre, et la brutale séparation entre l'humain et le Martien dans le dénouement, appelait une suite, ce qui fut réalisé avec LA VALLEE DES REVES, laquelle fut également traduite en français dans les années 1980; l'auteur imagine que l'espèce des Martiens humanoïdes a pu visiter notre planète il y'a quelques milliers d'années, les explorateurs découvrant en effet des fresques rappelant celles observées dans l'Egypte antique, le long nez de l'extraterrestre se retrouvant chez la divinité Toth - qu'on pensait avoir été plus prosaïquement inspirée par l'Ibis et son bec courbé !.

Jarvis, Tweel, et les tentacules de la Bête à rêves, qui fascine sa proie par une projection hypnotique, une belle illustration signée Robert PETILLO.

Comme dans LES NAVIGATEURS DE L'INFINI de J.H. ROSNY AINE, Stanley WEINBAUM imagine que la planète Mars est habitée par des créatures appartenant à différents règnes, comme l'illustre cet être semi-minéral ( extrait d'une adaptation en bande dessinée ).

Les créatures en tonnelet représentées respectivement pour l'édition russe et allemande ( à noter le petit air de famille de Jarvis avec le célèbre acteur Kevin McCARTHY ! )

Les créatures en forme de brins d'herbe mobiles, les Biopodes, ont enfiévré l'imagination sadique de l'illustrateur...

Stanley WEINBAUM avait aussi imaginé l'écosystème de Venus. Beaucoup d'auteurs se sont interrogés sur la manière dont la vie pluricellulaire pouvait se distinguer suivant les deux catégories essentielles des végétaux et des animaux, cherchant à définir des critères discriminants en dépit des multiples variations audacieuses du modèle végétal déclinées dans la science-fiction telles que la mobilité, la carnivorité, voire l'intelligence. Stanley WEINBAUM a très probablement proposé la plus originale et intéressante définition de la question dans sa nouvelle LES MANGEURS DE LOTUS. Il imagine qu'une espèce intelligente, pourvue d'une forme de conscience, s'est développée sur Venus à partir d'une lignée végétale, et que ce qui la différencie des véritables animaux comme leurs prédateurs tripodes est l'absence d'instinct de survie, occasionnant leur passivité et leur résignation pathétique quelque peu poignante face à leur situation de proies. Se défiant décidément de tout anthropocentrisme, l'auteur rappelle que l'omniprésence des Insectes ou des Nématodes - dont un naturaliste a écrit que ces vers minuscules sont si abondants et omniprésents que si toute matière disparaissait subitement à l'exception des Nématodes, on reconnaîtrait encore la forme des paysages, et même celle des arbres - pourrait, d'un certain point de vue, être considérée tout autant comme une réussite au plan de l'évolution que celle de l'homme.

Stanley WEINBAUM a contribué de manière notable à alimenter le bestiaire extraterrestre; on pourrait encore citer, à titre d'exemple, le ver monophtalme de la nouvelle FUITE SUR TITAN, ( ou VOL SUR TITAN, selon le traducteur ) représenté avec la bouche dilatée, conformément à la description, sur la couverture de l'édition Avon, ce qui lui confère superficiellement l'allure d'un Nématode du sol, l'Anguillule, pris au lasso du piège à nœud coulant d'un Champignon microscopique.

La nouvelle FUITE SUR TITAN ( FLIGHT TO TITAN ) a aussi été publiée sous le titre A MAN, A MAID AND SATURN'S TEMPTATION, titre qui évoque le récit biblique d'Adam et Eve au Paradis, et l' illustrateur, du nom de J. GAMA, y fait explicitement référence.

Le "Pot à colle" de LA PLANETE PARASITE, même s'il n'est pas le premier monstre informe, s'inscrit dans la lignée menant au "Blob" des films de science-fiction; la créature
a un tel appétit qu'elle a une propension, lorsque la nourriture vient à manquer, à se digérer elle-même, comme le font certains animaux marins vermiformes, les Némertiens ( évoqués dans l'article "Le tentacule d'ABYSS existe réellement" ). Quant au métamorphe mimétique protoplasmique adoptant l'apparence de ses victimes, et même une combinaison de celles de plusieurs d'entre elles, évoqué dans LA PLANETE DES MAREES, il annonce un autre archétype d'extraterrestre popularisé conjointement par John CAMPBELL dans LA BETE D'UN AUTRE MONDE ( nouvelle adaptée au cinéma par John CARPENTER sous le titre de THE THING ) qui présente les mêmes capacités. LA PLANETE DES MAREES a été achevée par la sœur de Stanley WEINBAUM suite à son décès prématuré - sa veuve quand à elle confiera en 1993 les manuscrits de son époux à la bibliothèque de l'université de Philadelphie.

Un explorateur aux prises avec un arbre Jack Ketch ( d'après le nom d'un bourreau anglais de Charles II connu pour ses exécutions particulièrement abominables ) aux intentions malignes, dans la nouvelle LA PLANETE PARASITE, qu'on trouve sur Venus, comme les formes végétales contemplatives des MANGEURS DE LOTUS, preuve que tous les plantes vénusiennes de Stanley WEINBAUM ne sont pas d'un commerce agréable - document fourni parle site de notre ami Jacques HAMON.

Au cours de sa brève carrière, Stanley WEINBAUM a abordé bien des thèmes, certains tout à fait avant-gardistes, comme ceux de l'immigration mexicaine massive aux Etats-Unis, le refroidissement de l'Atlantique Nord au cas où le courant chaud du Gulf Stream viendrait à être perturbé et les mouvements de population occasionnés par les bouleversements climatiques, ou bien encore le transgénisme, croisement entre espèces réalisé par manipulation génétique dans L'ILE DE PROTEE, un texte posthume.


Stanley WEINBAUM se dissociait de l'enthousiasme pour la science d'écrivains de son époque comme Hugo GERNSBACK, l'initiateur de la science-fiction américaine, en laquelle, malgré ses promesses, il voyait non l'avènement d'un monde meilleur, mais un instrument qui pouvait être bénéfique ou contestable suivant l'utilisation qui en était faite, comme le dit en 1972
l'un des protagonistes de l'adaptation cinématographique de SOLARIS de Stanislas LEM par Andrei TARKOVSKI : "Il appartient à l'homme que la science soit morale ou qu'elle ne le soit pas". Il était animé par la volonté de tirer le meilleur parti de la science-fiction, désirant que l'imagination, dont il était si bien pourvu, ne soit pas mise au service du seul divertissement, mais utilise sa pleine potentialité critique pour faire réfléchir aux enjeux de société, voire, ce qui peut paraître très ambitieux, proposer, au delà-de l'analyse, des solutions aux différents problèmes contemporains. Il reste à souhaiter que les textes d'autres auteurs de l'âge d'or de la science-fiction américaine puissent à leur tour être proposés aux lecteurs francophones curieux de découvrir une période trop souvent dévalorisée.

Un autre écrivain susceptible d'être ainsi redécouvert pourrait être Raymond Z. GALLUN, surtout connu chez nous au travers de la nouvelle LE VIEUX FIDELE, histoire d'un Martien fuyant sa société conformiste dominée par les mathématiques ( non, il ne s'agit pas de la France... ) et qui s'avère, comme chez WEINBAUM, faire preuve de plus de grandeur d'âme que ses interlocuteurs humains - nouvelle qui donna, comme L'ODYSSE MARTIENNE, lieu à une suite, elle demeurée inédite en France.


* Cordwainer SMITH est le pseudonyme d'un ancien diplomate américain, en poste au temps de la Chine nationaliste, Paul LINEBARGER, qui a écrit un cycle de récits sur le futur comme Robert HEINLEIN; sa nouvelle la plus connue est sans doute LA PLANETE SHAYOL. Sa fille a créé un site en sa mémoire :
http://www.cordwainer-smith.com


** http://www.editions-coda.fr/

*** http://stores.lulu.com/store.php?fAcctID=1040304