vendredi 24 mars 2017

IL AVAIT IMAGINE LA CREATURE DU MARAIS

     
           On savait que Bernie Wrighston luttait contre une grave maladie depuis ces dernières années ; le cancer aura finalement eu raison de cet artiste renommé, disparu à l’âge de 68 ans ce 19 mars 2017, comme annoncé par son épouse Liz sur son site officiel. Le style très reconnaissable de cet illustrateur excellant dans le macabre était bien connu des amateurs de fantastique.


Né le 27 octobre 1948 à Baltimore, dans l’État du Maryland aux Etats-Unis, il suit une formation artistique le préparant à devenir auteur de bande-dessinées, et débute comme illustrateur dans le journal Baltimore Sun. Il est engagé par Dick Gordiano, l’éditeur de D.C. Comics, à qui il livre sa première contribution au genre pour le numéro 179 du périodique House of mystery, et il travaille aussi pour le concurrent Marvel comics.


                 Bernie Wrighston a conféré toute son étrangeté à la forme tourmentée de ce monstre.

En 1971, il crée avec le scénariste Len Wein son personnage iconique, la Créature du marais (the Swamp Thing), l’histoire du biologiste Alec Holland (nommé initialement Alex Olsen lorsqu’il est apparu pour la première fois dans le numéro 92 du périodique House of secrets paru au début de l’été 1971) transformé en humanoïde végétal suite à sa contagion par ses cultures de cellules végétales pourvues d’un noyau d’origine animale. Bernie Wrighston saura par son trait évoquer à la perfection la mélancolique solitude de ce justicier malgré lui, en butte aux manigances du savant fou avide de pouvoir Arcane aspirant à utiliser ses connaissances, et qui est dorénavant condamné à demeurer aux marges de l’humanité, au sein des marécages avec lesquels il fait corps. Le caractère douloureux s’attachant au personnage est encore amplifié par son mutisme, limitation sur laquelle reviendra plus tard le scénariste Alan Moore en lui permettant d’échanger verbalement avec les autres protagonistes. Celui-ci lui conférera aussi une version différente de son origine, en postulant que le scientifique est mort dans le marais et que son organisme a été absorbé par un agrégat végétal, en faisant une sort d’"élémental", le rapprochant encore davantage de L’Homme-Chose (the Man-Thing), engendré de la même manière dans la série dont il est le personnage éponyme, créée en mai 1971 notamment par le scénariste Stan Lee – on pourrait ainsi imaginer que la Créature du marais a été inspirée par l’Homme-Chose si ces deux personnages apparus presque simultanément n’avaient été précédés d’une autre créature assez analogue, celle de The Heap imaginée le scénariste Harry Stein en 1942, à savoir un ancien soldat allemand de la Première guerre mondiale ayant survécu à la mort, couvert d’un amoncellement de détritus, ce qui dissuada les éditions Marvel d’entamer une action en justice sur la base des similitudes existant entre La créature du Marais et leur propre personnage. La série de La créature du Marais, reprise par d’autres auteurs, fut promise à une grande postérité, et le personnage aura l’honneur d’être transposé à plusieurs reprises au cinéma, d’abord avec le film de Wes Craven en 1982, La Créature du marais (The swamp Thing), pour lequel le maquilleur William Munns aura la tâche de créer les effets spéciaux avec un budget modeste, incluant la régénération très réussie d’un bras, dans lequel le personnage-titre est interprété par Ray Wise (Robocop) et le cascadeur Dick Durock sous le costume  parfois suppléé par William Munns lui-même, puis dans La Créature du lagon (The Return of the Swamp Thing), réalisée en 1989 par Jim Wynorski, avant de donner lieu à une série télévisée.


La Créature du Marais née de la main de Bernie Wrighston aux prises avec une incarnation monstrueuse d'Arcane accompagnée du résultat de ses expérimentations.

Le personage solitaire porté au cinéma en 1981, qui affronta à l'occasion de deux films Arcane interprété par Louis Jourdan - disparition récente évoquée brièvement en ces pages en mars 2015, où on signalait aussi le combat que livrait Bernie Wrightson contre la maladie).

Bernie Wrighston illustre aussi en noir et blanc des classiques du genre, livrant des adaptations d’histoires d’Edgard Allan Poe et d’Howard Philip Lovecraft pour Warren Publishing, maison pour laquelle il travaille à partir de 1974 après avoir quitté D.C. Comics, puis cinquante illustrations pour une nouvelle édition du roman Frankenstein, exécutées à la plume et à l’encre, qu’il considère comme la quintessence de son travail. Il honore aussi de son talent l’œuvre de l’auteur contemporain Stephen King. Il crée ainsi l’affiche du film à sketchs Creepshow, réalisé par George Romero en 1982, basé sur un scénario agencé par l’écrivain à partir des bandes dessinées d’humour noir E.C. Comics, et, retour aux sources qui confine à la mise en abyme, se charge de l’adaptation en bandes dessinées du long métrage - à l'exception de la couverture exécutée par Jack Kamen évoqué dans l'hommage à Al Feldstein de mai 2014. Il illustre le roman de King Le cycle du Loup-garou (Cycle of the Werewolf), dans un style comparable à son travail pour Frankenstein, ainsi que Le Fléau, (The Stand), La Tour sombre V (The dark Tower V) et son roman plus récent Roadmaster (From the Buick 8).


Frankenstein



L'affiche du film Creepshow par Bernie wrighston, et le monstre de la caisse recréé dans l'adaptation en bande dessinée du film.


                                                                                                                                           Une formidable retranscription des créatures de Roadrunner d'après Stephen King.                                                                                                                                            

         Bernie Wrighston a aussi contribué à dessiner certaines des aventures de super-héros connus comme The punisher, Batman et Spiderman auquel il a notamment consacré l’album La Fureur à mille têtes (The amazing-spider man : Hooky) en 1986 dans lequel l’Homme-araignée combat une monstruosité protéiforme, prétexte pour l’artiste à laisser libre court avec maestria à ses capacités de retranscrire les chairs torturées et les gueules béantes pleines de fureur, dont on retrouve quelque écho en 1996 sur la couverture du tome 1 du portfolio de l'artiste



 Un assortiment de gueules et mâchoires qui empruntent à la lamproie et à la murène.



La Fureur à mille têtes ne trompe pas le lecteur sur la marchandise.

Un autre amoncellement monstrueux pour la couverture de The Ghoul 3 qui n'est pas sans rappeler l'extraterrestre polymorphe de The Thing de John Carpenter, dont Bernie Wrighston s'est plu à recréer l'une des manifestations iconiques (ci-dessous).


Comme ses confrères Mike Ploog, Kerry Gammill, William Stout ou encore Neal Adams, Bernie Wrighston se devait d’intéresser le cinéma. Il a ainsi fait partie des artistes conceptuels engagés pour imaginer les créatures de films comme S.O.S. Fantômes (Ghostbusters), Galaxy Quest, The Faculty, Four of One, ou encore de l’adaptation cinématographique du roman de Stephen King The Mist.




Les chiens de l'Enfer de S.O.S. Fantômes (Ghostbusters).

Autre monstre de de S.O.S. Fantômes

Créature de Four of One

monstre de Chosen Ones


créature de the Faculty avant retouche par Kerri Gammill

 version fortement teintée d'exotisme pour l'hybride de La Mutante (Species)

Un Thermien de la comédie de science-fiction Galaxy quest.


Créatures de The Mist, un insecte de l'au-delà (en haut) et la "Grande Bête" (en bas), laquelle devait être animée sous forme de marionnette à fil avant que les producteurs prennent la décision contestable de la remplacer par une version créée par ordinateur.

Travail conceptuel pour la préquelle de The Thing


Nul doute que la disparition de Bernie Wrighston peinera plus particulièrement tous ceux qui avaient plaisir à le retrouver dans les conventions de bandes dessinées dans lesquelles il se rendait régulièrement, y signant de nombreux autographes, comme lui même dans sa jeunesse y avait rencontré le fameux auteur de bandes dessinées Frank Frazetta, décidant alors de concevoir à son tour des aventures pour le neuvième art. Il appartient dorénavant à son fils John, sculpteur et créateur de masques avec Neal Kennemore, petit-fils du maquilleur Michael McCracken évoqué en ces pages et fils de Jeff Kennemore, de continuer à porter bien haut son célèbre patronyme au travers de nouvelles créations. Qu’il soit ici assuré de nos condoléances les plus sincères.






Bernie Wrighston avec son Frankenstein et la Créature du Marais.

site officiel : http://berniewrightson.com/

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Signalons la sortie d'un recueil consacré aux créatures fabuleuses aux éditions Sombres Rets, rassemblant des textes inédits : 
http://sombres-rets.fr/tag/anthologie





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